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Témoignages : comment les Sénégalais réfugiés en Gambie gèrent leur trauma

United Nations Office at Geneva (UNOG)

United Nations Office at Geneva (UNOG)

Quand le conflit a éclaté dans son village sénégalais début avril, Kaddy fut obligée de laisser toutes ses possessions derrière elle pour sauver sa famille. « Nous avons tout perdu. Nous sommes partis sans rien pouvoir emporter avec nous. Nos animaux, nos vivres, tout a été détruit dans les combats. »

Avec son mari et ses sept enfants, Kaddy a fui vers le nord de la Gambie, pour finalement trouver le chemin d’un petit village du district de Janack, dans une zone couramment appelée « Foni ».

Partis sans rien, Kaddy et sa famille ont dû compter sur l’hospitalité de la communauté locale pour se nourrir et s’abriter. « Nous nous sentons comme un fardeau pour les autres communautés qui nous aident », déplore Kaddy. « Nous avons honte d’être « pris en charge », mais nous n’avons pas le choix ».

Kaddy fait partie des milliers de Sénégalais contraints de fuir vers la Gambie, selon l’Agence nationale de gestion des catastrophes du pays, après que des combats ont éclaté le long de la frontière gambo-sénégalaise, dans un territoire occupé par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), un mouvement séparatiste.

Selon l’Agence nationale de gestion des catastrophes de Gambie, 6.200 autres Gambiens ont été déplacés et 8.500 autres ont été touchés dans les communautés d’accueil par ce conflit de plus de quarante ans.

Sensibilisation au stress post-traumatique

Consciente de l’impact significatif du conflit sur le bien-être des personnes déplacées, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a mobilisé son expertise en matière de santé mentale et de soutien psychosocial. 

En collaboration avec la Supportive Activists Foundation, l’OIM a déployé une équipe psychosociale mobile – composée d’un psychologue, de deux travailleurs sociaux, d’un éducateur et d’un mobilisateur communautaire – pour fournir des services directs aux populations touchées.

L’une des approches clés employées par l’équipe mobile est la psychoéducation, où les volontaires rencontrent les communautés pour discuter des questions de santé mentale et des signes et symptômes possibles du stress. « L’objectif est de sensibiliser les personnes ayant subi un stress post-traumatique ou ayant été affectées négativement par le changement d’environnement provoqué par la crise », explique Solomon Correa, Directeur général de la Supportive Activists Foundation.

Ces séances de groupe s’appuient sur des activités socioculturelles traditionnelles comme les séances régulières d’attaya (thé), pour faciliter les discussions.

« Nous sommes en mesure de leur enseigner des mécanismes d’adaptation au cours des discussions », explique Amie, une psychologue bénévole. « Après les avoir familiarisés avec les signes et symptômes possibles de problèmes de santé mentale, ils sont souvent très intéressés pour nous parler en privé. »

Grâce aux séances de psychoéducation, l’équipe mobile est en mesure d’identifier les personnes ayant des besoins spécifiques en matière de santé mentale nécessitant une attention plus poussée et d’effectuer des visites de suivi ou des orientations, selon les besoins.

« C’est l’une des choses qui m’aide le plus dans ma vie quotidienne »

Fatou est l’une des nombreuses personnes ayant bénéficié de séances de conseil individuelles et dédiées.

Cette Gambienne qui vivait auparavant en Casamance avec son mari sénégalais a vu fuir toute sa famille quand le conflit a éclaté. Fatou a quitté sa maison en hâte, sans avoir eu le temps de rassembler ses affaires, accaparée par l’évacuation de ses dix enfants, dont l’un vit en situation de handicap. Depuis plus de deux mois, Fatou est hébergée dans la propriété de son oncle à Janack.

Pour joindre les deux bouts, Fatou vit de petits boulots. Elle offre notamment ses services dans des fermes pendant la récolte et pour vendre les productions au nom des agriculteurs. 

Cependant, le stress lié à la nécessité de subvenir aux besoins de sa famille dans ce nouvel environnement et les souvenirs douloureux ressurgis des fusillades dont elle fut témoin ont un impact négatif sur son bien-être.

« À ce jour, c’est l’une des choses qui m’aide le plus dans ma vie quotidienne », explique Fatou à propos du soutien psychosocial qu’elle a reçu. « Je suis vraiment heureuse de leur parler [à l’équipe mobile], de partager mes sentiments et mes problèmes sans hésiter. » Les séances de Fatou avec l’équipe mobile ont contribué à lui donner un sentiment de solidarité mutuelle avec d’autres personnes déplacées : « Cela m’aide de savoir que nous ne sommes pas seuls dans cette situation ».

Pas de fin en vue

Des mois après le début du conflit, il ne semble pas y avoir de fin en vue. « Nous ne savons pas si nous pouvons y retourner ou non. Pour l’instant nous n’en avons aucune idée », remarque Fatou.

Le soutien psychosocial aide les personnes les plus touchées à faire face aux changements radicaux dans leur vie et à ramasser les morceaux laissés derrière elles. Comme l’explique Kaddy, « le simple fait de pouvoir parler de nos problèmes à quelqu’un d’autre pendant cette crise nous encourage vraiment. Cela nous aide à nous sentir un peu plus à l’aise, même s’il n’y a aucune certitude quant à l’avenir. »

« Depuis que je participe à ces séances, je suis moins inquiète », convient Fatou.

Dans un monde où la santé mentale est souvent reléguée au second plan, le travail de l’équipe mobile psychosociale, composée de six personnes, démontre l’importance cruciale de sa prise en compte.

Distribué par APO Group pour United Nations Office at Geneva (UNOG).

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