La CEDEAO traverse une crise de souveraineté alimentaire, avec près de 50 millions de personnes sur 381 millions d’habitants actuellement en situation de détresse. Cette crise structurelle est accentuée par l’insécurité, les chocs climatiques et une lourde dépendance aux importations alimentaires. Pour y remédier, la région doit pleinement capitaliser sur son **potentiel agricole (riz, maïs, manioc, etc.) et renforcer le commerce intrarégional. Un changement de paradigme est jugé impératif, avec l’adoption de l’agroécologie pour des systèmes alimentaires plus résilients. Les institutions régionales, telles que l’ARAA et la BIDC, multiplient les initiatives pour coordonner les politiques agricoles et renforcer la solidarité face aux crises récurrentes.
La Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est à un tournant décisif en matière de souveraineté alimentaire. Malgré un potentiel agricole colossal qui mobilise 60% de sa population active et génère 35 % de son Produit Intérieur Brut (PIB), la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est confrontée à une crise alimentaire paradoxale. Avec 50 millions de ses 381 millions d’habitants en situation de détresse alimentaire, l’heure est à la réforme radicale, notamment face à une facture d’importations qui menace l’autonomie de la région. Le contraste est frappant entre le potentiel inexploité de l’espace CEDEAO et sa dépendance aux marchés extérieurs. Mabouba Diagne, Ministre de l’Agriculture du Sénégal, met en lumière l’ampleur du déséquilibre.
“Vous savez, la CEDEAO, c’est 381 millions de personnes. Dire que 50 millions sont en situation de détresse alimentaire et que l’ARA a été créée depuis 2013, cela veut dire fondamentalement qu’il ya quelque chose qui ne marche pas. L’Afrique d’une manière générale importe plus 30 milliards de FCFA en denrées alimentaires. si on ne fait rien ça va passer à 120 milliards F CFA. Il est temps que la CEDEAO et de l’Afrique en général revoient leur méthode de faire.
Mabouba Diagne , Ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire – Sénégal
Face à ces défis structurels, la CEDEAO s’appuie sur sa Politique Agricole Régionale, l’ECOWAP. Sy Alain Traoré, ancien directeur de l’Agriculture et développement rural de la Commission de la CEDEAO, en Côte d’Ivoire, rappelle les fondations de cette initiative.
“L’ECOWAP c’est la politique agricole de la Cedeao, elle s’aligne parfaitement dans le mécanisme du PDDA, le programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique. Depuis 2005 nous essayons de mettre en œuvre la politique agricole de la CEDEAO à travers les programmes nationaux d’investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnel et le programme régional d’investissement agricole de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le programme régional s’attaque aux problématiques communes à nous tous, il s’attaque aux problèmes communs à l’ensemble des Etats membres et pour lesquels nous devons apporter des solutions.”
Sy Alain Traoré, Ancien directeur de l’Agriculture et developpement rurale de la Cedeao – Côte d’Ivoire
La transformation du secteur passe aujourd’hui par une réorientation majeure. La Politique Agricole Régionale s’est résolument tournée vers l’agroécologie pour assurer la durabilité, la productivité et la sécurité alimentaire face aux changements climatiques. Cette transition est motivée par l’échec des méthodes conventionnelles. Borgui Yerima, coordinateur PAE/CEDEAO, confirme cette nécessité de rupture.
“Les anciennes pratiques qu’on appelle conventionnelles ne répondent plus aux préoccupations des producteurs et qu’il fallait vraiment changer d’approche et l’approche qui a été adoptée c’est de passer par l’agroécologie.”
Borgui Yerima , Coordinateur PAE/ CEDEAO – Bénin
Les importations alimentaires dans l’espace CEDEAO sont massives, couvrant plus de 90 % des besoins en produits stratégiques comme le riz et le blé, dont 90% proviennent de l’extérieur de la région. Malgré un fort potentiel local, cette dépendance engendre un déficit structurel, exacerbé par une faible transformation locale et des pertes post-récolte importantes.



