L’Afrique regorge de ressources stratégiques indispensables à la transition énergétique mondiale, 30 % des réserves minérales mondiales, mais transforme encore moins de 20 % de ses ressources sur son propre sol et une grande partie de ces richesses quitte encore le continent à l’état brut. Aujourd’hui, un tournant s’opère : celui de la transformation locale. Un enjeu économique mais surtout un enjeu de souveraineté.
Pendant des décennies, l’Afrique a été un acteur central de l’extraction minière mondiale, mais un acteur marginal dans la création de valeur. La République démocratique du Congo, à elle seule, assure plus de 70 % de la production mondiale de cobalt, un métal essentiel aux batteries électriques. De la bauxite de Guinée au lithium du Zimbabwe, les minerais africains alimentent les industries mondiales, sans toujours profiter pleinement aux économies locales. Aujourd’hui, ce déséquilibre est de plus en plus contesté. Chaque année, selon plusieurs estimations internationales, plus de 80 % des minerais africains sont encore exportés à l’état brut ou semi-transformé, limitant fortement la création de valeur sur le continent. Car derrière chaque tonne de minerai brut exportée, ce sont des opportunités industrielles, des emplois qualifiés et des milliards de dollars de valeur ajoutée qui échappent au continent.
Nous disposons des plus grandes réserves de ces métaux indispensables à la transition. Mais aujourd’hui, au sein du groupe stratégique africain sur les minerais, nous affirmons clairement que nous ne voulons plus être de simples fournisseurs, comme nous l’avons été pendant très longtemps. Cette fois-ci, nous voulons être des partenaires stratégiques.
Patrick Mulindwa Lubega, Directeur de cabinet et Directeur général, Initiative africaine pour un approvisionnement responsable en minerais
La transformation locale apparaît désormais comme une priorité stratégique pour de nombreux États africains. L’objectif est clair : passer d’économies extractives à de véritables puissances industrielles. Transformer sur place, c’est d’abord capter davantage de richesse. Un minerai raffiné ou transformé peut valoir plusieurs fois son prix initial. C’est aussi un levier pour développer des industries locales, structurer des chaînes de valeur et renforcer les compétences techniques.
Nous voulons transformer localement, même s’il s’agit d’une transformation primaire dans un premier temps. Ensuite, nous pourrons exporter. Mais surtout, nous voulons que les industries soient installées ici. Et c’est possible.
Patrick Mulindwa Lubega, Directeur de cabinet et Directeur général, Initiative africaine pour un approvisionnement responsable en minerais
Plusieurs pays africains ont déjà amorcé ce virage. Certains ont mis en place des restrictions sur l’exportation de minerais bruts. D’autres encouragent les investissements dans des unités de transformation ou développent des partenariats industriels. Mais les défis restent importants. Le manque d’infrastructures, notamment énergétiques, freine encore l’industrialisation. Les besoins en financement sont considérables, tout comme l’accès aux technologies. À cela s’ajoutent des enjeux de gouvernance et de stabilité réglementaire.
Nous devons nous asseoir autour de la table et dire : voilà ce que nous avons. Soit vous venez négocier selon nos conditions, et non les vôtres. Ensuite, nous pouvons discuter de l’extraction, de la transformation locale, et de l’accès au marché mondial. C’est là notre force. Nous ne pouvons pas être en position de demandeurs alors que nous avons les ressources.
Fortunate Mlalazi, Représentant d’Atlas Mining
L’avenir du secteur minier africain ne se jouera plus uniquement dans les sols mais dans les usines. Le continent détient, à lui seul, environ 30% des réserves minérales mondiales, dont près de 70% du cobalt, essentiel à la fabrication des batteries, ainsi que d’importantes réserves de bauxite, de manganèse et de lithium. Pourtant, moins de 20% de ces ressources sont transformées localement aujourd’hui, laissant une large part de la valeur ajoutée hors du continent. D’un continent fournisseur de matières premières… l’Afrique a désormais les moyens de devenir un acteur industriel incontournable, au cœur des chaînes de valeur stratégiques de demain.