Face à une urbanisation galopante, les villes africaines doivent relever le défi du logement décent, de l’accès à l’eau, à l’assainissement et à un environnement sain. Pour y répondre, les autorités et les organisations régionales misent sur une urbanisation mieux planifiée, la réhabilitation des quartiers précaires, le développement d’infrastructures sanitaires, une meilleure gestion des déchets et des villes plus résilientes face au changement climatique.
L’Afrique fait face à une urbanisation qui progresse plus vite que les infrastructures nécessaires pour accueillir les populations. D’ici 2030, près de 50 % des Africains devraient vivre en ville, contre environ 60% à l’horizon 2050. Cette croissance s’accompagne de l’extension des quartiers informels, du déficit de logements décents et d’un accès encore insuffisant à l’eau, à l’assainissement et à la gestion des déchets. En Afrique subsaharienne, 418 millions de personnes ne disposaient pas d’un accès de base à l’eau et 717 millions à des services d’assainissement, tandis que l’urbanisation et le changement climatique accentuent la pression sur les villes.
Nous sommes épuisés, nos finances sont à sec. Nous étions censés payer nos mensualités de loyer. Nous enrichissons les propriétaires, ce qui est très injuste.
Elisabeth Hawases, Locataire – Namibie
Les conséquences sont directement visibles sur la santé et le cadre de vie; habitats insalubres, maladies liées à l’eau, pollution, accumulation des déchets et vulnérabilité accrue face aux inondations. La crise touche particulièrement les populations des quartiers informels, souvent éloignées des réseaux essentiels. À Accra comme à Maputo, l’accès à l’eau courante, aux toilettes et aux services de collecte des déchets diminue à mesure que l’on s’éloigne des centres urbains. Mais des solutions existent : à Dakar, les efforts ont permis d’améliorer l’accès à l’eau pour les populations les plus pauvres, tandis qu’au Cap, plus de 10 000 points d’eau communautaires et 50 000 toilettes sont entretenus dans les quartiers informels.
La demande de services dépasse largement l’offre réelle. En raison de la population, de la nature des quartiers dans les zones urbaines, des problèmes d’hygiène et d’assainissement, l’accès à l’eau pour ces familles constitue un énorme problème.
Robert Otim, Conseiller en logement – Ouganda
Face à cette situation, les autorités nationales et les organisations régionales privilégient désormais une approche intégrée : améliorer les quartiers sur place plutôt que déplacer systématiquement les habitants. Le programme participatif de réhabilitation des quartiers précaires d’ONU-Habitat, lancé en 2008, a mobilisé les autorités de plus de 40 pays et de 190 villes autour de l’accès au logement, à l’eau, à l’assainissement et à la sécurité foncière. En Afrique australe, les ministres de la SADC ont également accéléré en 2026 l’élaboration d’une stratégie régionale de transformation des établissements informels, fondée sur la fourniture de services de base, la planification urbaine, la résilience climatique et des mécanismes de financement innovants.
Le thème de l’Union africaine de cette année, qui vise à garantir une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063, marque un tournant clair. L’eau et l’assainissement ne doivent plus être considérés comme des services isolés. Ils doivent être reconnus comme des atouts stratégiques qui sous-tendent la transformation économique, la résilience climatique et la stabilité régionale.
Selma Malika Haddadi, Vice-présidente de la Commission de l’Union africaine – Algérie
Les projets se multiplient également sur le terrain. Au Libéria, un programme de cinq ans à Peace Island, dans la capitale Monrovia, a contribué à améliorer les conditions de vie de 36 000 habitants grâce aux infrastructures d’eau, d’assainissement et de gestion des déchets. Plus largement, ONU-Habitat indique avoir mené 210 projets dans 33 pays africains, pour une valeur totale de 194,1 millions de dollars depuis 2014. En 2026, l’Afrique cherche ainsi à faire de la ville un espace plus inclusif et résilient : logement abordable, infrastructures sanitaires, gestion des déchets et adaptation climatique apparaissent désormais comme les piliers d’une même ambition, celle d’améliorer durablement la santé et le cadre de vie de millions d’Africains.