Le Tchad a enregistré un déficit budgétaire de 33,3 milliards de FCFA au premier trimestre 2026, révélant un paradoxe économique majeur : malgré une hausse solide de ses recettes fiscales et pétrolières à 495 milliards de FCFA, l’État fait face à un emballement sans précédent de ses dépenses publiques, qui culminent à 528,4 milliards de FCFA. Alors que le poids du pétrole recule à 24 % des ressources globales, illustrant un début de diversification, les institutions panafricaines comme la BAD tirent la sonnette d’alarme sur la faiblesse des investissements dans les secteurs sociaux de l’éducation et de la santé.
Au premier trimestre 2026, les finances publiques tchadiennes affichent une dynamique en demi-teinte, marquée par des recettes de 495 milliards de FCFA face à des charges de 528,4 milliards. Si l’État parvient à mobiliser davantage de ressources, en progression de 31,92 %, il reste fortement contraint par l’emballement de ses dépenses, qui bondissent de 45,08 %. Selon le rapport du ministère des Finances publié ce 9 septembre, cette embellie fiscale n’a pas suffi à maintenir les comptes publics à flot. À fin mars, le Tchad bascule ainsi dans le rouge avec un déficit budgétaire de 33,3 milliards de FCFA, rompant brutalement avec l’excédent de 11 milliards enregistré un an plus tôt. Ce retournement met en lumière le grand paradoxe de la gestion selon des experts.
Le Tchad, à l’instar de plusieurs pays africains, a de la peine à financer de façon suffisante les investissements, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation et, plus globalement, dans le secteur social. Et en fait, le débat autour de ces secteurs-là, c’est que la rentabilité sociale n’est pas appréciée en termes de rentabilité financière et économique. Et donc, l’Alliance se projette dans le temps pour dire que ces investissements-là n’apportent pas grand-chose.
Kwami Ossadzifo Wonyra, Professeur agrégé d’économie – Togo
Par ailleurs, si les hydrocarbures continuent de constituer une source majeure de financement pour l’État, avec des revenus en hausse de 26,4 milliards de FCFA pour s’établir à 118,4 milliards, leur poids relatif dans les ressources publiques tend à se réduire. Les recettes pétrolières ne représentent plus désormais que 24 % de l’enveloppe globale. Cet indicateur clé pourrait témoigner d’une diversification progressive des sources de financement de l’État, pour un pays qui dépendait historiquement de ce secteur à hauteur de 60 à 70 % avant 2020.
Et il faut orienter les investissements vers tout ce qui est structurant, tout ce qui est investissement infrastructurel, qui vise quand même à créer de la croissance. Sauf qu’à long terme, le capital lui-même reste le moteur qui crée la richesse et qui crée la stabilité sociale. Donc, ce qui nous concerne effectivement au Tchad est dû au fait qu’aujourd’hui, il y a un impératif qui est celui de la sécurité, et également un impératif lié au développement des infrastructures.
Kwami Ossadzifo Wonyra, Professeur agrégé d’économie – Togo
Dès lors, l’enjeu crucial pour les autorités consiste à transformer cette hausse massive des dépenses en investissements productifs et en services publics concrets. La Banque africaine de développement (BAD) pointe toutefois du doigt la faiblesse persistante des budgets sociaux : le Tchad n’alloue encore que 2,5 % de son PIB à l’éducation et à peine 0,9 % à la santé, des seuils largement inférieurs aux moyennes régionales.



