Face à l’intensification des risques climatiques, l’Afrique veut renforcer ses capacités d’anticipation. À Addis-Abeba en Ethiopie, gouvernements, scientifiques et partenaires cherchent des solutions à l’occasion du forum africain d’alerte précoce, du 2 au 4 septembre 2026, pour mieux protéger les populations avant la survenue des catastrophes.
Avec moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l’Afrique est pourtant l’un des continents les plus exposés au dérèglement climatique. Sur les 54 pays africains, 17 figurent parmi les 20 plus vulnérables au monde. Inondations, sécheresses, tempêtes et autres phénomènes extrêmes frappent des populations déjà fragilisées. Un risque encore plus grand dans les zones vulnérables, instables ou affectées par les conflits.
“L’Afrique reste vulnérable aux impacts du changement climatique, mais aussi à d’autres défis, tels que la dégradation de l’environnement et les problèmes socio-économiques. Nous devons donc veiller à ce que tous les secteurs contribuent aux enjeux de l’alerte précoce et de la gestion des catastrophes. Une alerte précoce ne peut pas rester une fin en soi. Nous devons donc renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur de l’alerte précoce, depuis la production de la connaissance des risques jusqu’à la prévision, la diffusion, la préparation et, enfin, la réponse en temps utile.”
Harsen Nyambe, Directeur de la CUA pour l’Environnement durable et l’Économie bleue – Namibie /
Face à cette vulnérabilité, l’alerte précoce devient un enjeu de protection des communautés. Les catastrophes ont causé 3 000 décès et affecté directement 13 millions de personnes en 2025, selon un rapport publié par l’Organisation météorologique mondiale. Elles ont aussi provoqué 7,8 millions de déplacements internes et plongé 20 % de la population dans l’insécurité alimentaire aiguë, accentuant les fragilités sociales et économiques existantes.
“L’initiative « Alertes précoces pour tous » vise à garantir que chaque personne soit protégée par un système d’alerte précoce multirisques d’ici 2027. Malgré les progrès réalisés depuis 2022, des lacunes subsistent en matière d’infrastructures de prévision, de coordination institutionnelle, de communication de dernière minute et de financement durable.”
Hanna Abebe Demisse, Chef de cabinet et Conseillère spéciale, Ministère de la Planification et du Développement – Éthiopie
À Addis-Abeba, le Forum africain veut accélérer la riposte face aux risques climatiques. En 2026, 26 pays disposent désormais de systèmes d’alerte précoce multirisques, contre seulement 10 en 2015. Mais le défi reste immense : seuls 40 % des pays africains disposent de dispositifs opérationnels, alors que les pertes économiques atteignent 2,9 milliards de dollars. Face à l’urgence, l’Afrique mise sur les financements, les partenariats et l’innovation durable.
“Aujourd’hui, nous nous penchons sur les catastrophes dites naturelles, dont les risques semblent plus maîtrisables. Et pourtant, là aussi, l’empreinte humaine est bien présente. L’événement nous force à nous regarder tel que nous sommes, à reconnaître la condition humaine dans toute sa précarité.”
Ignazio Cassis, Chef du département Fédéral des affaires étrangères – Suisse
Réunis à Addis-Abeba, les participants au Forum africain plaident pour une approche davantage coordonnée de l’alerte précoce. L’enjeu est de renforcer les capacités nationales, d’améliorer le partage des données météorologiques et de rapprocher les outils d’anticipation des communautés exposées. Gouvernements, scientifiques, partenaires techniques et financiers sont ainsi appelés à conjuguer leurs efforts pour mieux prévenir les catastrophes climatiques.