Burkina Faso : refonte engagée des manuels d’histoire

Au Burkina Faso, c’est une petite révolution mémorielle et culturelle qui s’organise dans les salles de classe. Le ministre de l’Enseignement secondaire, le professeur Moumouni Zoungrana, a annoncé le 7 septembre 2026, une refonte profonde des manuels scolaires d’histoire, de géographie et d’instruction civique. Objectif affiché par les autorités de transition : curer le système éducatif des biais hérités de l’époque coloniale. Fini par exemple le terme d’explorateurs pour qualifier les colons européens, la sémantique officielle parlera désormais d’envahisseurs. Comment cette réforme est-elle accueillie sur place et quels sont les défis de sa mise en œuvre ? Le décryptage de notre correspondante à Ouagadougou. 

C’est une petite révolution qui s’apprête à franchir le seuil des salles de classe burkinabè. À la rentrée prochaine, les élèves ne liront plus leur histoire à travers le prisme hérité de l’époque coloniale. Le gouvernement a acté une révision historique de ses programmes scolaires. Une urgence qui suscite des interrogations sur la méthode et la préparation réelle du corps professoral à un calendrier si serré. 

Les livres d’histoire et de géographie qu’on utilisait ne reflétaient pas en fait les  réalités de notre pays. Voilà, donc l’initiative qui a été prise par le ministre de changer ces livres-là, nous l’accueillons à cœur ouvert, voilà. 

Clément SAWADOGO, Parent d’élève

À l’origine de cette onde de choc, une déclaration du ministre de l’Enseignement secondaire, de la Formation professionnelle et technique le 7 septembre 2026. Lors d’un rassemblement patriotique, le Pr Moumouni Zoungrana a fustigé des programmes actuels jugés aliénants, qui perpétuent selon lui des contrevérités historiques.

Ce qui veut dire que dans nos manuels aussi, il y a des contreveritées qui sont consignées pour nous infantiliser, pour nous diminuer, pour nous habituer. Et nous avons passé notre temps à faire la promotion de ces antivaleurs que nous avons transmises de génération en génération, et que certain d’ailleurs défendent bête et ongles. Si nous voulons créer une rupture, il va falloir que nous ayons le courage de casser totalement la table et de la rembourser. 

Moumouni ZOUNGRANA, Ministre de l’Enseignement secondaire, Formation technique et professionnelle  

La réforme s’attaque en priorité aux choix des mots. Fini le vocabulaire hérité de l’époque coloniale. Désormais, les figures européennes autrefois qualifiées d’explorateurs ou de conquérants seront désignées dans les cours comme des envahisseurs. À l’inverse, une place prépondérante sera accordée aux figures de la résistance locale et aux valeurs nationales burkinabè.

Il y a des expressions qui ne nous honorent pas. Quand nous prenons ceux qui sont venus conquérir l’Afrique, ceux qui sont venus en Afrique il était cinq blancs, pas plus, qui ont conquis tous les Burkina Faso, avec la complicité de qui ? De nos propres frères. Et ces gens, on les appelle des explorateurs, des conquérants. Est-ce que c’étaient des conquérants ? C’étaient des espions ? Est-ce que c’étaient des conquérants ? Non, c’étaient des ambassadeurs. 

Moumouni ZOUNGRANA, Ministre de l’Enseignement secondaire, Formation technique et professionnelle  

Mais le défi reste immense, notamment logistique. La publication globale de nouveaux livres scolaires prenant du temps, les autorités ont dû parer au plus pressé. Dès cette rentrée, un livret pédagogique transitoire, ou guide d’accompagnement, sera distribué à tous les professeurs pour appliquer immédiatement ces directives avant l’arrivée des futurs manuels. 

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