Bénin : Sébastien boko transforme le Fon en arts

De la sculpture sur bois apprise auprès de son père au métal, au bronze et à la peinture, Sébastien Boko a construit son propre langage artistique. Aujourd’hui, il consacre une résidence de création au comptage en fon, en transformant les éléments qui composent cette manière de compter en formes, volumes et installations. Une démarche qui dépasse l’œuvre pour interroger la transmission d’une langue et de savoirs culturels.

Et si compter était aussi une manière de raconter une culture .
Dans son travail actuel, l’artiste pluridisciplinaire , Sébastien Boko part du comptage en fongbé, où les nombres sont associés à différentes parties du corps et à des objets. Il cite notamment les pieds, les yeux, les reins, les boules, le bois et les cordes comme éléments constitutifs de ce système de comptage. Pour l’artiste, cette pratique révèle un ensemble de connaissances qu’il cherche aujourd’hui à traduire dans son langage plastique.

“C’est une partie des éléments qui constituent le comptage en fon, les pieds, les yeux, les reins, les boules. Le bois a deux extrémités, rond les cordes également rond , comme la terre. Bon, c’est tous ces éléments là qui constituent le comptage en fon et je trouve ça assez impressionnant.”

Sébastien Boko, Artiste plasticienBénin

À travers cette résidence de création, l’artiste défend aussi la valorisation de la langue et des savoirs culturels béninois. Il revient sur une période où, à l’école, l’usage des langues locales était découragé au profit du français. Aujourd’hui, il veut faire de sa création un moyen de réhabiliter ces connaissances et encourage les béninois à puiser dans leurs langues et leurs pratiques culturelles pour nourrir la création contemporaine.

“Nos ancêtres n’ont rien fait au hasard et bien que je ne suis pas la personne le plus désigné à le dire, je le dis quand même parce que l’histoire dit qu’à l’époque où ils ont échangé avec les cauris , il y avait des conteuses de quarantaine dans le royaume d’Abomey. Qui étaient ces femmes là qui combinaient, qui ficellaient des cauris  pour en faire des colliers.  Et ces colliers là représentent des monnaies. C’est avec ça qu’on faisait des échanges. Et aujourd’hui, dans mon travail, vous allez bien remarquer que bien que ce soit assez subtil et que ce n’est pas que j’ai collé, j’ai trouvé une manière quand même de mettre la peinture en relief, vous voyez  et ça, par exemple, c’est un tableau qui me concerne personnellement, j’ai eu 42, 41 ans et à l’époque, je voulais peindre mon âge et ça fait Et ça fait kandé lissa, kandé noukou dokpo, donc c’est ça j’ai peins et c’est là.”

Sébastien Boko, Artiste plasticienBénin

De l’héritage familial à la création contemporaine, Sébastien Boko poursuit un parcours construit autour de la matière et de la recherche. Fils de sculpteur, il commence par la sculpture sur bois avant d’explorer le métal, le bronze et la peinture. Sa rencontre avec l’artiste Dominique Zinkpè, autour de 2009-2010, constitue également une étape importante de son parcours. Depuis environ cinq ans, l’Atelier Boko prolonge cet héritage familial. Le lieu accueille des vernissages et des journées portes ouvertes et devient un espace de recherche et de création. 

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