Plus de trois décennies après la fin de l’apartheid, la justice demeure hors de portée pour de nombreuses victimes de crimes commis sous l’ancien régime sud-africain, dominé par la minorité blanche. L’ancien président Thabo Mbeki a nié avoir ordonné aux procureurs d’abandonner des dossiers ou avoir négocié des accords secrets visant à soustraire d’anciens responsables militaires et policiers à des poursuites judiciaires. Lors de son audition devant la commission d’enquête Khampepe, à Johannesburg, le 19 octobre, il a rejeté les allégations d’ingérence politique, alors que cette commission cherche à déterminer pourquoi tant de dossiers transmis à la justice restent sans issue.
L’ancien président sud-africain Thabo Mbeki rejette toute accusation d’ingérence politique dans les poursuites liées aux crimes de l’apartheid. Auditionné le 19 octobre devant la commission d’enquête Khampepe, il a également démenti avoir conclu des accords secrets pour protéger d’anciens responsables militaires et policiers. En toile de fond, le bilan controversé de la Commission vérité et réconciliation : sur près de 7 000 demandes d’amnistie reçues, environ 850 avaient été acceptées et 5 400 rejetées en novembre 2000. Quelque 300 dossiers avaient été transmis pour enquête approfondie, mais seuls quelques-uns ont abouti à des condamnations.
“Il n’existe absolument aucun cas, Monsieur le Président, aucun cas où l’exécutif national soit intervenu pour faire cesser les poursuites dans les dossiers transmis au ministère public (NPA) par la Commission vérité et réconciliation (TRC). Toute affirmation selon laquelle cela se serait produit est un mensonge. Rien de tel n’est jamais arrivé”.
Thabo Mbeki, Ancien président de la République – Afrique Du Sud
Thabo Mbeki a reconnu avoir rencontré d’anciens généraux de l’armée et de la police, mais a précisé que ces échanges portaient sur des exigences visant à ce que les dirigeants politiques, notamment l’ancien président Frederik Willem de Klerk et son cabinet rendent des comptes sur les décisions prises durant l’apartheid. Il a nié avoir conclu le moindre accord visant à protéger d’anciens responsables des forces de sécurité. Il a par ailleurs soutenu que la décision d’engager des poursuites relevait du ministère public (National Prosecuting Authority), et non du président ou de son cabinet. Toutefois, les familles des victimes et les organisations de la société civile continuent d’exiger des explications quant aux longs délais constatés et à l’incapacité à porter davantage d’affaires devant les tribunaux.
Que nous aurions eu des réunions, des réunions secrètes, avec ces généraux au sujet de leur amnistie. C’est une invention totale ; rien de tel n’a existé. Aucune réunion de ce genre n’a eu lieu dans le but d’obtenir une amnistie pour eux.
Thabo Mbeki, Ancien président de la République – Afrique Du Sud
Les conclusions de la commission d’enquête pourraient avoir des répercussions majeures sur l’obligation de rendre des comptes et sur la confiance du public envers le système judiciaire sud-africain. La disparition d’éléments de preuve, ainsi que le décès de témoins et de suspects, ont compliqué les efforts visant à poursuivre des crimes commis il y a plusieurs décennies. La question centrale demeure toutefois de savoir si des décisions politiques ont contribué à ces retards. Alors que la commission examine les témoignages et les documents versés au dossier, les familles des victimes attendent bien plus que de simples explications : elles exigent que les affaires non résolues fassent l’objet d’enquêtes et que les responsables soient tenus de répondre de leurs actes devant la loi.



