Vingt ans après la création du Forum africain sur les systèmes alimentaires, l’Afrique veut désormais passer des engagements aux résultats. Sur les dix prochaines années, le continent s’est fixé de nouvelles ambitions pour transformer ses systèmes alimentaires, avec notamment un objectif de 10% des dépenses publiques consacrées à ce secteur. Mais derrière les annonces, un défi demeure: faire arriver les investissements jusqu’aux producteurs et aux marchés.
Vingt ans de rencontres, d’engagements et de mobilisation des investisseurs. Le Forum africain sur les systèmes alimentaires, jadis le forum sur la révolution verte en Afrique, veut désormais mesurer ce qui se passe après les sommets. Parmi les engagements suivis figure notamment une enveloppe de 200 millions de dollars annoncée par le FIDA, le Fonds vert pour le climat et d’autres partenaires pour soutenir le secteur privé à faire face aux effets du changement climatique dans le secteur agricole. L’enjeu: savoir où vont les financements, quels projets démarrent et quels résultats ils produisent.
À la différence des autres forums, le Forum africain sur les systèmes alimentaires s’est doté d’un département même de suivi, évaluation, et un département de redevabilité. Nous, nous sommes une plateforme de redevabilité. Notre travail ne se limite pas uniquement à l’organisation de ce sommet-là qui est sur une semaine, mais notre travail est continu sur toute l’année. C’est vraiment comme une institution qui suit après les engagements au niveau politique, les engagements au niveau financier, les engagements au niveau technique et au niveau partenarial.
Amath PATHE SENE, Président de l’Africa Food Systems Forum
Car l’investissement ne suffit pas à lui seul. Sur le terrain, encore faut-il que l’agriculture soit rentable pour celui qui produit. Cela suppose de connecter la production aux besoins du marché, d’améliorer la qualité et de rapprocher les agriculteurs des industries capables de transformer leur récolte. Une condition aussi pour développer le commerce agricole à l’intérieur du continent.
Mon message aux décideurs politiques est simple et clair: la création d’un cadre favorable permettant aux agriculteurs d’acheminer et de commercialiser leurs récoltes sur les marchés locaux et internationaux ne suffit pas. Nous devons impérativement veiller à la qualité des produits afin qu’ils répondent aux exigences des acheteurs. De plus, il est crucial d’orienter la production vers les cultures réellement recherchées par le marché. Bref, ne cultivez que ce que vous êtes sûrs de vendre.
Mel OLUOCH, Directeur Régional de Sasakawa Africa Association
Cette transformation concerne aussi l’emploi. Les chaînes de valeur agricoles peuvent créer des activités dans la mécanisation, la transformation, la logistique, le numérique ou encore les services aux producteurs. Pour l’Afrique, l’objectif est donc désormais double: mieux nourrir sa population et faire de l’agriculture une source de revenus et d’emplois, notamment pour sa jeunesse. Une transformation qui passe par des investissements mieux suivis, des marchés mieux connectés et davantage de valeur créée localement.



