En Afrique, les réseaux routiers modernes s’affirment comme le catalyseur incontournable de l’intégration économique et politique du continent. Portés par des institutions telles que la CEDEAO et la CEMAC, les États font le pari des infrastructures pour désenclaver les marchés, fluidifier les transactions et cimenter les alliances régionales.
Véritables artères du continent, les corridors routiers africains ont dépassé la simple fonction de transit pour s’imposer comme de puissants vecteurs d’intégration économique, de coopération régionale et d’alliance politique. S’inscrivant dans une dynamique ambitieuse d’interconnexion des marchés, les décideurs placent désormais ces grands axes au cœur de leur stratégie de développement. L’autoroute côtière ouest-transafricaine, reliant Nouakchott à Lagos, incarne magistralement cette mutation. Plus localement mais tout aussi stratégique, le carrefour de Dassa-Zoumè au Bénin illustre ce maillage territorial en articulant les flux reliant Cotonou à Niamey au Niger, ainsi qu’à la région de Porga dans le nord-ouest, tout en ouvrant des voies clés vers le Togo.
“ En modernisant cette route, notre pays le Bénin consolide sa vocation de portes maritimes ou les pays de l’interlangue. Nous renforçons la compétitivité de notre port. Nous réduisons les délais et les coûts de transport pour les opérateurs économiques de la sous-région.”
Georges Alé, Ministre du Cadre de vie et des Transports – Bénin
La route engendre des retombées économiques et sociales directes. Un réseau carrossable raccourcit les temps de parcours, fluidifie l’approvisionnement des entreprises, élargit les débouchés commerciaux et allège les dépenses liées aux avaries mécaniques. À Bobo-Dioulasso, carrefour stratégique du Burkina Faso ouvrant la voie vers le Mali et la Côte d’Ivoire, les autorités locales rappellent que la réhabilitation des axes routiers simplifie considérablement la vie quotidienne des ménages autant que les activités des opérateurs économiques.
“ Plus vous avez des routes de bonne qualité, praticables, mieux vous gagnez d’un point de vue économique. C’est un facteur de développement tout simplement. On a coutume de dire que la route précède toujours le développement.”
Laurent K. Kontogom, Président de la délégation spéciale de la commune de Bobo-Dioulasso – Burkina Faso
Sur le plan social, des routes mieux aménagées favorisent également l’accès aux écoles, aux centres de santé et aux services essentiels, tout en contribuant à améliorer la sécurité routière. Aux frontières, cette dynamique passe aussi par la coopération administrative : l’interconnexion des systèmes douaniers pourrait permettre de transmettre les informations sur les marchandises avant leur arrivée, réduisant ainsi les temps d’attente.
“ Il y a des comités conjoints. Les transporteurs, les transitaires et les commerçants sont aussi sensibilisés pour qu’à leur arrivée aux frontières, ils puissent faire les formalités comme il se doit, aussi bien au niveau des passagers avec les services d’immigration qu’au niveau des marchandises avec la douane.”
Tadjudini Dermane, Directeur des transports routiers et ferroviaires – Togo
Cependant, cette dynamique se heurte à un défi financier considérable. Le manque à gagner annuel pour le secteur est estimé entre 68 et 108 milliards de dollars. Actuellement, le continent n’alloue qu’environ 4 % de son PIB au développement des infrastructures, un investissement bien en deçà des exigences requises pour concrétiser ses objectifs d’intégration et d’industrialisation. Pourtant, le réseau routier demeure la colonne vertébrale des déplacements continentaux, assurant le transit de près de 90 % des passagers et du fret.