Longtemps pensée à travers ses frontières, l’Afrique veut aujourd’hui se définir comme un espace global, porté par son continent et ses diasporas. Au 9ème Congrès panafricain de Lomé, une nouvelle vision émerge : celle d’une identité africaine commune, capable de renforcer l’influence du continent dans le monde.
Avec plus de 1,4 milliard d’habitants, l’Afrique est aujourd’hui le continent le plus jeune au monde : près de 60 % de sa population a moins de 25 ans. Selon les projections des Nations unies, sa population pourrait atteindre environ 2,5 milliards d’habitants en 2050. Une dynamique qui place le continent au cœur des grands défis du siècle comme abordé lors de du 9ᵉ Congrès panafricain, qui a réuni à Lomé près d’un millier de responsables politiques, universitaires, entrepreneurs et représentants de la diaspora venus de plus de 50 pays autour de la vision d’une Afrique globale.
‘’ Ce séquençage a permis de réaliser les objectifs assignés, à savoir sensibiliser la diaspora et les afro-descendants sur leur origine commune africaine et la nécessité d’aller vers la création d’une organisation fédérative de toutes les diasporas africaines. Ensuite, d’analyser les contraintes liées à l’investissement productif de la diaspora et des afro-descendants sur le continent et la troisième série de réflexions, c’était de réfléchir sur la création des conditions idoines pour la mobilisation des ressources multiformes de la diaspora, y compris les ressources humaines des afro-descendants au profit du développement du continent. ‘’
Abdoulaye Diop, Ministre des Affaires étrangères – Mali
Au 9ème Congrès panafricain de Lomé, la notion d’Afrique globale s’est imposée comme une nouvelle lecture du continent. Elle ne se limite plus aux frontières des 54 États africains, mais englobe les diasporas et les communautés afro-descendantes à travers le monde. Portée notamment par les travaux de l’UNESCO sur l’Histoire générale de l’Afrique, cette approche veut replacer l’Afrique comme un acteur majeur de l’histoire mondiale, de la culture et des échanges internationaux.
“ En se battant depuis 125 ans pour la justice, le panafricanisme se bat pour un monde plus juste. En se battant depuis 125 ans pour la réparation, le panafricanisme se bat pour la guérison des blessures profondes de l’humanité et pour une humanité réconciliée avec elle-même. Et c’est Joseph Kiservo qui disait « Chaque génération a des pyramides à bâtir ». C’est notre tour aujourd’hui de bâtir cette pyramide, notre génération, pour que les générations futures puissent se rappeler de nous. ‘’
Robert Dussey, Ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et des Togolais de l’extérieur – Togo
Derrière cette ambition identitaire se cache aussi un enjeu économique majeur : transformer la diaspora africaine en force stratégique. Reconnue par l’Union africaine comme la sixième région du continent, cette communauté mondiale représente un potentiel financier et humain considérable. Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds des Africains vivant à l’étranger ont atteint près de 100 milliards de dollars en 2024, soit davantage que l’aide publique au développement reçue par l’Afrique. Les congressistes plaident pour transformer cette puissance financière en moteur d’innovation, d’industrialisation et de création d’emplois.
‘’ Je me réjouis de voir que le Togo, je ne suis pas flatteur du tout, fait beaucoup d’efforts pour intégrer sa diaspora. Mais attention, il faut plus que d’action politique, il faut une politique de la diaspora. De même qu’il y a une politique de la culture, de même qu’il y a une politique économique, de même que vous avez une politique commerciale, il faut qu’il y ait une politique de la diaspora qui aille, m’en déplaise à monsieur le ministre, au-delà d’action. Il faut qu’il y ait une vision intégrée des diasporas. ‘’
Jean Fils-Aimé, Analyste et conférencier politique – Haïti
Cette volonté d’unité s’inscrit également dans une stratégie d’intégration économique. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ambitionne de créer l’un des plus grands marchés au monde, avec 54 pays signataires, plus de 1,4 milliard de consommateurs et un potentiel économique estimé à plusieurs milliers de milliards de dollars. Entre intégration économique, innovation, rayonnement culturel et mobilisation des diasporas, l’Afrique globale entend affirmer une identité souveraine, ouverte sur le monde et capable de faire entendre sa voix dans les grands débats internationaux.