Le Sénat américain vient de prolonger l’AGOA jusqu’en 2028, offrant une bouffée d’oxygène aux pays africains qui bénéficient de cet accès préférentiel au marché américain. Mais le Cameroun reste sur le banc de touche, exclu du dispositif depuis 2020. Une situation qui interroge sur les pertes commerciales du pays et les conditions nécessaires pour retrouver cet avantage.
Le Sénat américain a approuvé, le 07 août 2026, la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act (l’AGOA) jusqu’au 31 décembre 2028, par 90 voix contre 6. Le dispositif offre aux pays éligibles un accès sans droits de douane au marché américain pour plus de 1 800 produits. Une prolongation stratégique pour 32 pays africains, mais qui ne profite toujours pas au Cameroun, exclu du programme depuis 2020.
‘’L’accès préférentiel au marché américain à travers l’AGOA n’a jamais de façon remarquable profité aux exportations du Cameroun. Le Cameroun est un pays aux exportations diversifiées, mais les critères d’accès au marché américain n’ont pas été favorables au secteur privé camerounais pour bénéficier de façon substantielle de l’AGOA. L’exclusion du Cameroun ne s’est pas ressentie de façon remarquable dans les transactions commerciales parce qu’il y avait très peu ou de façon insignificative d’exportation du Cameroun vers les États-Unis au titre de l’AGOA. ‘’
Honoré Justin MONDOMOBE, Expert en Intelligence économique – Cameroun
En 2024, les États-Unis ont importé pour environ 247 millions de dollars de marchandises camerounaises, contre 193 millions de dollars d’exportations américaines vers le Cameroun, selon les données du Census Bureau. L’exclusion du Cameroun n’est pas liée à ses performances commerciales, mais à une décision politique américaine. Les Etats Unis ont annoncé en octobre 2019 la fin des préférences AGOA à compter du 1er janvier 2020, invoquant de graves violations des droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires, des détentions arbitraires et des actes de torture attribués aux forces de sécurité camerounaises. L’éligibilité à l’AGOA dépend en effet aussi du respect de critères portant sur l’État de droit, les droits humains, la lutte contre la corruption et les droits des travailleurs.
“Si les États-Unis veulent l’AGOA plus compétitive, plus développementale, les États-Unis changeraient les règles d’accès au marché américain et le type de produits accessibles à l’AGOA. Parce que les produits textiles et autres ne sont pas les produits d’exportation d’un pays comme le Cameroun. Il faut créer de nouveaux marchés en stimulant des produits non encore exportables, ce qui va permettre aux investisseurs de créer des industries au Cameroun pour viser le marché américain. ‘’
Honoré Justin MONDOMOBE, Expert en Intelligence économique – Cameroun
Pour mesurer l’enjeu, les importations américaines réalisées sous l’AGOA et le régime GSP associé ont représenté 8,4 milliards de dollars en 2024, après 9,7 milliards en 2023. À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, le commerce américain de marchandises a atteint 56,4 milliards de dollars en 2025. Le Cameroun reste donc un acteur de taille modeste sur ce marché, mais avec un potentiel dans plusieurs filières exportatrices.
“Le secteur qui aurait profité de l’exportation vers les États-Unis, aux cités de l’AGOA, aurait été le secteur artisanal, le secteur de la manufacture de petits objets et le secteur de l’exportation de l’art. Il est donc question, pour que le Cameroun soit bénéficiaire, de réformer le type de produit vers des intrants dans le domaine des télécommunications ou dans le domaine de la manufacture de petits équipements qui pourraient créer une émulation dans l’industrie camerounaise. ‘’
Honoré Justin MONDOMOBE, Expert en Intelligence économique – Cameroun
Pour Le Cameroun, la prolongation jusqu’en 2028 constitue surtout un délai supplémentaire pour tenter de renouer avec le dispositif. Avec près de 7,2 milliards de dollars d’exportations en 2024, dominées par les hydrocarbures, le cacao et le bois, le Cameroun dispose d’une base exportatrice importante, mais encore concentrée sur les matières premières. La réintégration à l’AGOA pourrait donc offrir un avantage supplémentaire aux produits transformés et contribuer à diversifier les débouchés, à condition que les critères d’éligibilité soient à nouveau remplis.