Réduire les délais aux frontières, simplifier les formalités douanières et fluidifier la circulation des marchandises : les guichets uniques numériques s’imposent progressivement comme des leviers essentiels du commerce intra-africain. À l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine, la ZLECAF, ambitionne de créer un marché intégré, ces plateformes pourraient transformer durablement les échanges entre les États. Mais leur interconnexion reste un défi majeur.
Des camions immobilisés aux frontières, des marchandises bloquées dans les ports et des formalités administratives interminables. Pendant longtemps, ces obstacles ont freiné les échanges commerciaux entre les pays africains. Avec des coûts logistiques élevés et des procédures complexes, le commerce intra-africain peine encore à décoller. Pour inverser cette tendance, plusieurs États misent désormais sur la digitalisation des chaînes logistiques et douanières.
« La digitalisation des chaînes logistiques multimodales est donc bien plus qu’un projet technique car elle est une priorité stratégique nationale, un accélérateur de croissance et un vecteur d’intégration régionale et mondiale. »
IBRAHIMA KALIL KONATE, Ministre du Commerce et de l’Industrie – Côte d’ivoire
Au cœur de cette transformation, les guichets uniques électroniques. Leur principe : centraliser sur une même plateforme les documents et autorisations nécessaires aux opérations d’importation et d’exportation. Une révolution qui réduit les déplacements, les délais de traitement et les risques de corruption. Sur le corridor Kenya-Ouganda, certaines réformes de facilitation ont permis de réduire les délais de traitement de 62 %. Au Nigeria, l’interopérabilité des systèmes devient également un instrument de rapprochement commercial entre pays voisins.
« La technologie joue un rôle crucial dans tout ce que nous entreprenons ; c’est pourquoi nous la plaçons au cœur de ce processus. En guidant la démarche, la technologie nous permettra de simplifier les procédures et facilitera grandement leur mise en œuvre. Nous avons conçu un système informatique que nous examinerons aujourd’hui qui se distingue par son interopérabilité. Il permet une connexion fluide entre les différentes parties : ainsi, qu’un commerçant béninois s’exprime en français et un commerçant nigérian en anglais, ou que l’un utilise le naira et l’autre le franc CFA, notre système assure l’interconnexion entre eux, rendant les échanges commerciaux extrêmement fluides et sans heurts. »
BASHIR ADENIYI, Contrôleur général des Douanes – Nigéria
Mais au-delà de la modernisation nationale, le véritable enjeu reste l’interconnexion des plateformes africaines. Faire communiquer les systèmes douaniers d’Abidjan, de Lagos ou de Douala pour faciliter la circulation des marchandises d’un marché à l’autre. Une ambition portée notamment par l’Alliance africaine pour le commerce électronique. Au Maroc, l’expérience de PortNet illustre cette volonté de développer des corridors commerciaux intelligents, notamment vers les pays du Sahel.
« L’Encote Digitas est un événement organisé par Portnet du Guichet unique national de commerce extérieur en partenariat avec plusieurs partenaires dans le commerce extérieur au Maroc. Le thème de cette édition, Guichet unique accélérateur du commerce en Afrique, vient répondre à un besoin pour l’intégration du commerce à l’échelle internationale à travers plusieurs initiatives à l’échelle continentale, notamment la ZLECAF , la zone de libre-échange africaine, mais également les initiatives lancées par le Royaume pour donner l’accès au pays du Sahel à l’Atlantique. Les Guichets uniques peuvent jouer un rôle important pour mettre en place des corridors intelligents pour faciliter le commerce, simplifier, harmoniser, pour rendre le commerce extérieur plus simple, digital et ouvrir ces marchés aux différents opérateurs économiques, que ce soit marocains ou des pays africains. »
YOUSSEF AHOUZY, Directeur général de PORTNET – Maroc
Alors que le commerce intra-africain représente encore environ 15 % des échanges du continent, les guichets uniques apparaissent comme un levier stratégique pour concrétiser les ambitions de la ZLECAF. Reste à surmonter les disparités technologiques, harmoniser les réglementations et renforcer la coopération entre États. Car pour construire un marché africain véritablement intégré, les marchandises doivent désormais franchir les frontières aussi facilement que les données.