Face aux menaces asymétriques ; terrorisme, piraterie, cyberattaques et criminalité transnationale, les États africains voient leurs forces régulières confrontées à des acteurs non étatiques. Cette situation constitue un défi d’envergure, particulièrement au Sahel, où les groupes armés tirent parti de la porosité des frontières ainsi que des faiblesses institutionnelles et socio-économiques.
Les États africains font face à un défi sécuritaire majeur avec l’émergence des menaces asymétriques, où des armées régulières s’opposent à des acteurs non étatiques disposant de l’appui extérieur. Ces formes hybrides de conflictualité englobent le terrorisme, les insurrections, la piraterie, la criminalité transnationale, les cyberattaques, les réseaux transfrontaliers ainsi que les trafics d’armes et de stupéfiants. La région du Sahel en fournit une illustration frappante : des groupes armés particulièrement mobiles y mettent à profit la porosité des frontières, la vulnérabilité socio-économique et la fragilité des institutions.
“Nous avons besoin de stabilité sur ce continent et la conférence a réaffirmé sa volonté de faire taire les armes et de soutenir les réformes. Sans ces réformes, il sera très difficile d’atteindre nos objectifs de paix, de sécurité et d’économie. Le plan quinquennal 2024-2028 de l’Agenda 2063 est lancé, et nous visons de meilleurs résultats dans les délais impartis.”
Mahmoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l’Union africaine – Djibouti
Les menaces sécuritaires (guerres, terrorisme, criminalité) coûtent à l’Afrique environ 18 milliards de dollars par an en pertes directes de PIB selon les estimations de l’Union africaine. Ce chiffre atteindra des centaines de milliards si l’on prend en compte le ralentissement de la croissance, la destruction des infrastructures et le détournement des budgets sociaux. Pour les experts, il faut urgemment restreindre les flux d’armes vers l’Afrique pour préserver le développement humain et économique du continent.
“Il ne faut pas qu’on reste dans la géopolitique mondiale, c’est-à-dire dans la géopolitique de puissance, ou parfois je disais aussi dans la géopolitique des organisations. Alors si on reste dans la géopolitique de puissance ou des organisations, on ne va jamais trouver une solution par rapport au continent africain. Pourquoi ? Parce que la géopolitique de puissance doit être juste un soutien pour nous. On va continuer à répéter la même chose. La première des choses, il faut vraiment être ensemble dans un bloc complet pour faire la lutte contre le terrorisme, et pas aller faire l’appel à quelqu’un d’autre de venir faire le travail à votre place. C’est ça le vrai problème du continent africain.”
Mady Ibrahim Kanté, Enseignant-chercheur – Mali
L’Union africaine dispose déjà d’une architecture de paix et de sécurité comprenant notamment le Conseil de paix et de sécurité, le Système continental d’alerte rapide et la Force africaine en attente. Ces instruments témoignent de la volonté de l’institution de développer une capacité collective de prévention et de gestion des crises. La création d’un véritable pacte de sécurité continental suppose avant tout une volonté politique commune. Les États africains doivent accepter de renforcer leur coopération et de considérer que la sécurité d’un État est étroitement liée à celle de ses voisins.
« L’enjeu repose sur notre engagement collectif. Il faut renforcer la coopération avec les centres sous mémorandum d’entente avec l’Union africaine, essentiels contre le terrorisme. Grâce au sous-comité du CPS sur le contre-terrorisme, nous devons mobiliser ces structures. Notre priorité est d’accroître le rôle de ce sous-comité pour coordonner la réponse africaine face au terrorisme. »
Neema Chusi, Secrétariat du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine – Nigeria
Face aux menaces asymétriques et transnationales en Afrique, l’action nationale ne suffit plus. L’Union africaine offre le cadre idéal pour coordonner renseignement, coopération militaire, gestion des frontières, cybersécurité et prévention des conflits. Un pacte de sécurité continentale requiert toutefois une réelle volonté politique, des ressources adéquates et une coordination accrue pour renforcer l’autonomie stratégique et garantir la paix sur le continent.