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Afrique : Plus de 10 000 conflits locaux résolus grâce aux réseaux de femmes 

Longtemps reléguées en marge des processus de paix, les femmes africaines s’imposent désormais comme des piliers indispensables de la stabilité régionale. De l’alerte communautaire précoce à la médiation locale, leur action est déterminante pour désamorcer les crises sur le continent. Toutefois, malgré des résultats tangibles, leur représentativité dans les instances de négociation officielle demeure un défi majeur.

Face à la persistance des conflits et de l’instabilité au Sahel, au Soudan, en Somalie et dans l’est de la République démocratique du Congo, les femmes s’imposent comme des actrices majeures de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix. Véritables sentinelles de leurs communautés, elles détectent les premiers signes de violence, favorisent le dialogue et contribuent à la médiation locale. Selon ONU Femmes, 676 millions d’entre elles vivent aujourd’hui à proximité de zones de conflit. Pourtant, leur rôle reste largement sous-représenté dans les processus officiels de paix. D’après le PNUD, leur participation à la prévention des crises est passée de 5 % à 25 % dans certaines zones transfrontalières du Sahel, contribuant à résoudre plus d’une centaine de différends liés aux ressources. En Afrique de l’Est et centrale, les réseaux de médiatrices ont également permis de régler plus de 10 000 conflits locaux, évitant de nombreuses escalades de violence. 

“L’Afrique continue de faire face à des transitions politiques, à l’extrémisme violent, à des défis liés au climat et à des menaces persistantes contre la paix. Cependant, malgré ces pressions, les femmes africaines font preuve d’un courage et d’un leadership remarquables. Je rends hommage aux femmes du Soudan qui restent résilientes au cœur du conflit, aux femmes de la région des Grands Lacs qui persévèrent dans des crises prolongées, et aux femmes du Sahel qui soutiennent leurs communautés malgré l’insécurité et les déplacements de populations.”

Mahmoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l’UADjibouti


Dans les zones en crise, les femmes sont au cœur des mécanismes d’alerte précoce. Leur proximité avec les communautés leur permet d’identifier les signes de radicalisation, de haine ou de violences imminentes. Dans le Liptako-Gourma, leur participation aux comités de sécurité a été multipliée par quatre, tandis qu’en Guinée, plus de 1 000 organisations féminines animent des « cases de veille ». Soutenues par des réseaux comme FemWise-Africa, elles contribuent à prévenir les conflits. Malgré leur impact reconnu, les obstacles patriarcaux et institutionnels limitent encore leur accès aux postes de décision. 

Vous ne pouvez pas avoir de paix et de sécurité durables, ni même de développement durable, ou encore bâtir l’Afrique que nous voulons, lorsque les femmes sont laissées de côté. En résumé, c’est ma tâche et ma responsabilité de veiller à ce que les femmes participent de manière significative aux processus politiques et de paix de l’Union africaine à travers les cadres normatifs établis, et bien sûr, à travers le partenariat avec nos amis et partenaires à travers le monde. 

Liberata Mulamula, Envoyée spéciale de l’UA pour les femmes, la paix et la sécurité – Tanzanie

Ce modèle des « cases de veille », soutenu par l’ONU, s’est particulièrement illustré en Guinée où un réseau de 1 000 groupements de femmes couvre l’ensemble du territoire. Lors de scrutins électoraux à haut risque, jusqu’à 2 000 observatrices sont déployées pour assurer un suivi sécuritaire. Au Sénégal, la plateforme des cases de veille a réuni plus de 50 organisations, désamorçant en direct des dizaines d’alertes de violences politiques. À travers les réseaux Dushirehamwe ou FemWise-Africa, plus de 10 000 micro-conflits fonciers ou interethniques ont été résolus.

« Il est de notre responsabilité de partager des récits sur le chemin vers la paix, (2:19) sur la résilience, sur le courage, et sur l’engagement des femmes bâtisseuses de paix. (2:29) Nous avons entendu ces histoires — je suis sûre que vous avez lu ces récits de courage et de résilience. »

Liberata Mulamula AU Special Envoy for Women, Peace and Security Tanzania

Au-delà de la vigilance, les femmes servent de pont entre des communautés fracturées. En s’affranchissant des clivages ethniques ou politiques, elles restaurent la confiance nécessaire au dialogue. En RDC, les comités de paix féminins ont abouti à la signature de pactes de non-agressions intercommunautaires. Sous l’égide de FemWise-Africa, cette coordination régionale a permis de clore de nombreux litiges liés au foncier ou à la transhumance, prévenant ainsi des embrasements armés majeurs.

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