En Afrique, le développement rural s’impose comme un levier incontournable de croissance inclusive, alors qu’une majorité de la population vit encore hors des centres urbains. Entre faibles rendements agricoles, déficit d’infrastructures et accès limité à l’électricité, les gouvernements multiplient les stratégies pour transformer les territoires ruraux, face à l’ampleur des défis à relever pour un développement réellement équilibré.
Dans de nombreux pays africains, le développement rural demeure un enjeu central des politiques publiques. Alors que près de 60% de la population du continent vit encore en milieu rural, les gouvernements font face à un double défi : réduire les inégalités territoriales tout en stimulant une croissance économique inclusive. Entre ambitions politiques et contraintes structurelles, les stratégies mises en œuvre dessinent un paysage contrasté.
Il ne peut pas y avoir de sécurité alimentaire si l’agriculture est contrôlée par des multinationales. Si nous ne résolvons pas le sujet de la terre, nous ne résolvons jamais le sujet du climat. Si nous ne résolvons pas le sujet du climat, il est important de considérer notre lutte, car, pendant des siècles, et aussi après la sélection agressive de la machine opérative de l’Apartheid, depuis 1948 jusqu’en 1993, la majorité africaine a systématiquement perdu les droits, en finissant par être déplacée par 18% de la terre.
Mzwanele Nyhontso, Ministre de la Réforme agraire et du Développement rural – Afrique du Sud
Le secteur agricole, véritable pilier de l’économie rurale, emploie environ 60 % de la main-d’œuvre active, mais ne contribue qu’à hauteur de 15 à 20 % du PIB continental. Ce décalage met en évidence un important déficit de productivité. À cela s’ajoute un manque crucial de financement, notamment pour les infrastructures, estimé entre 68 et 108 milliards de dollars par an. Dans ce contexte, les politiques publiques oscillent entre volonté de transformation et limites structurelles persistantes.
Nous disposons d’importantes ressources hydriques, notamment de l’eau et de grandes rivières, mais nous ne parvenons pas encore à mettre en place de petits systèmes permettant de produire de l’électricité dans nos villages. C’est sur cet enjeu que nous souhaitons travailler afin de contribuer à la revitalisation des zones rurales. Dans ce cadre, nous installons déjà des systèmes d’adduction d’eau dans plusieurs villages pour améliorer les conditions de vie des populations. Nous œuvrons également à l’amélioration de l’habitat.
Grégoire Mutshail Mutomb, Ministre du Développement rural – RD Congo
Face à ces défis, certains États intensifient leurs investissements dans les infrastructures, en particulier les routes rurales. Selon la Banque africaine de développement, l’amélioration des réseaux de transport pourrait réduire les pertes post-récolte de 15 à 20 %. Toutefois, les disparités régionales restent marquées. En Afrique centrale, l’indice d’accessibilité rurale figure parmi les plus faibles au monde : la Banque mondiale estime que moins de 25 % des populations rurales vivent à moins de deux kilomètres d’une route praticable en toute saison.
Un actif physique constitue un fondement essentiel de la productivité économique : une source de subsistance, un levier d’investissement, un vecteur de création de richesse et un pilier du développement national. Toutefois, la terre ne génère de valeur que lorsqu’elle est correctement administrée, gérée de manière professionnelle, allouée de façon transparente et utilisée de manière durable.
Gift Sialubalo, Ministre du Développement rural – Zambie
Parallèlement, l’électrification rurale progresse, mais à un rythme encore insuffisant pour répondre aux besoins. D’après l’Agence internationale de l’énergie, le taux d’accès à l’électricité en zone rurale en Afrique subsaharienne se situe entre 25 et 30 %, contre plus de 70 % en milieu urbain. Un écart significatif qui freine le développement des activités de transformation locale et limite la création de valeur dans les zones rurales.