Face à l’explosion des jeux d’argent en ligne en Afrique, les États haussent le ton. Objectif : freiner l’addiction grandissante et augmenter les recettes publiques. Mais cette stratégie fiscale se heurte à une vive résistance des opérateurs du secteur. En Afrique du Sud comme ailleurs sur le continent, un véritable bras de fer s’engage.
Longtemps marginal, le secteur des jeux d’argent connaît une croissance significative depuis 2020 en Afrique. En Afrique du Sud, premier marché du continent, près de deux tiers des adultes participent désormais aux jeux en ligne, contre seulement 30% en 2017. Pour encadrer cette expansion, les gouvernements envisagent une taxe nationale de 20% sur les profits des opérateurs. Une mesure qui pourrait plus que doubler les recettes fiscales du secteur, les portant à 540 millions de dollars par an.
“Nous essayons de miser sur la prospérité. Et ce n’est pas ainsi qu’un pays devient prospère. Notre pays est au bord du désespoir. Le chômage est très élevé.”
SIBONGILE SIMELANE-QUNTANA, Directrice exécutive de la Fondation pour le jeu responsable – Afrique du sud
Mais derrière ces chiffres, une réalité plus sombre : l’explosion des cas d’addiction. Les appels à l’aide ont bondi de plus de deux tiers en un an, et plus de 4 600 personnes ont été prises en charge récemment. Pour beaucoup, le jeu n’est plus un divertissement, mais un espoir de survie économique. Face à cette situation, plusieurs pays comme le Malawi ou le Zimbabwe ont également augmenté les taxes sur les jeux d’argent. Les opérateurs dénoncent une pression fiscale excessive, pouvant atteindre près de 40% des profits en Afrique du Sud. Selon eux, ces mesures risquent surtout de favoriser les sites illégaux.
“Connaissant les joueurs de pari sportif, je suis sur et certain que ce n’est pas une entrave pour eux. Ils vont continuer à jouer aux paris sportifs parce que les personnes qui sont addictes, n’ont rien à faire des pourcentages qu’on va leur déduire.”
SEYDINA OUMAR DIAGNE, Membre de l’association « Non aux paris sportifs » – Sénégal
Entre impératif de santé publique et enjeux économiques, les gouvernements africains marchent sur une ligne de crête. Car au-delà de la fiscalité, c’est toute la question de l’accompagnement des joueurs dépendants qui reste posée.



