Au Cameroun, la lutte contre le travail des enfants dans la cacaoculture prend un tournant décisif avec l’arrivée de l’International Cocoa Initiative. Face à l’ampleur du phénomène et aux exigences croissantes des marchés internationaux, cette initiative entend conjuguer impératifs sociaux et compétitivité économique, en posant les bases d’une filière cacao à la fois responsable, traçable et durable.
Une nouvelle étape s’ouvre dans la gouvernance du secteur cacaoyer camerounais avec l’arrivée de l’International Cocoa Initiative (ICI). L’organisation déploie une approche multisectorielle visant à accompagner l’État, les producteurs et la société civile dans la lutte contre le travail des enfants, tout en structurant une filière cacao plus durable. En misant sur le renforcement des capacités locales, l’amélioration de la traçabilité et la mise en place de systèmes de suivi communautaires, l’ICI ambitionne d’inscrire durablement le Cameroun dans les standards internationaux d’une production responsable.
« En tant que producteur, ce n’est pas une question qui nous influence directement, mais la sensibilisation n’est pas interdite, et il est important de continuer à sensibiliser d’autres producteurs, car la situation devient compliquée. La question du prix du cacao a beaucoup changé les choses ; par conséquent, le producteur peut être tenté d’augmenter la production, ce qui implique davantage de travail. Il se retrouve alors coincé par un prix du cacao divisé par cinq, et pourrait être tenté de faire appel aux enfants pour l’aider à produire plus tout en gagnant moins. »
Alphonse Djam Djam, Vice-président UNAPROCAM – Cameroun
Selon l’Institut national de la statistique, près de 266 594 enfants sont engagés dans des travaux dangereux au Cameroun, dont 71 % dans le secteur primaire, notamment l’agriculture et la cacaoculture (2022–2024). Face à ce constat, l’International Cocoa Initiative (ICI) mise sur une approche multisectorielle, en partenariat avec les pouvoirs publics, les coopératives et la société civile, afin de renforcer les capacités locales, améliorer la traçabilité et déployer des systèmes de suivi communautaires. L’objectif est clair : promouvoir un cacao conforme aux normes sociales et environnementales, désormais indispensables à l’accès aux marchés internationaux.
« Nous intervenons dans différents domaines : l’éducation et la protection de l’enfant, afin de garantir que tous les enfants puissent avoir un avenir radieux. Nous avons différents types d’interventions et, dans certains cas, nous travaillons en collaboration avec les gouvernements des pays producteurs, comme c’est le cas avec le gouvernement ici au Cameroun, avec lequel nous entretenons un partenariat étroit. »
Matthias Lange, Directeur exécutif, ICI – France
Au-delà des engagements institutionnels, l’impact attendu est aussi économique. En favorisant une production durable et certifiée, le Cameroun pourrait renforcer la compétitivité de son cacao sur les marchés internationaux, tout en répondant aux exigences croissantes des consommateurs en matière d’éthique et de responsabilité sociale.D’ailleurs le Cameroun a atteint une production historique de 309 518 tonnes pour la campagne 2024-2025, soit une hausse de 13 %. Toutefois, au 31 mars 2026, le kilo de fèves de cacao au Cameroun s’échangeait entre 1 200 et 1 300 FCFA dans les principaux bassins de production, soit près de trois fois moins qu’en novembre 2025 ou il s’est vendu entre 3 600 et 3 900 FCFA/kg.



