En vue d’arrimer le fonctionnement des sociétés à capitaux publics aux exigences des lois camerounaises et répondre aux impératifs de performance, le président de la République du Cameroun, Paul Biya, a annoncé, le 10 février, un renouvellement à venir des dirigeants des sociétés d’Etat. L’annonce intervient dans un contexte de fortes attentes sociales dans des secteurs gérés par l’Etat et de dénonciation, par la société civile et des universitaires, de la longévité à certains postes de décision.
“J’entends veiller à ce qu’un plus grand nombre d’entre vous, hommes comme femmes, se voient progressivement confier des responsabilités élevées, dans la gestion des affaires publiques. Diverses opportunités me viennent à l’esprit à cet égard : le renouvellement, en préparation, des dirigeants des sociétés d’Etat…”
Paul Biya, Président de la République, Cameroun
En s’adressant aux jeunes le 10 février 2026, le président Paul Biya a présenté le cap des nominations à venir, outre les membres du gouvernement, des changements fortement attendus depuis la présidentielle du 12 octobre 2025. Au Cameroun, les sociétés d’État interviennent dans des secteurs clés : électricité, eau, télécommunications, hydrocarbures, développement local, agriculture, médias, emploi, transport aérien ou encore portuaire. Cependant, leur performance est régulièrement remise en question du fait de déficits chroniques, de mauvaises prestations de service public et de difficultés de gouvernance souvent attribuées à la longévité de certains dirigeants en poste.
“Nous avons une longévité assez impressionnante, nous avons des records impressionnants, nous avons des gens qui ont fait 36 ans, 40 ans. Je pense que le record que nous avons, c’est le directeur général adjoint de la SEMRY qui entre à sa 44ème année au poste de directeur général. Nous avons des anciens gouverneurs, des anciens ministres qui sont PCA depuis 30 ans, depuis 20 ans, alors que la loi prévoit que ce soit exactement 6 ans cumulés pour les PCA et neuf ans cumulés pour les directeurs généraux.”
Viviane Ondoua Biwolé, Professeure des universités, experte en gouvernance – Cameroun
Les mandats des administrateurs et directeurs généraux des sociétés d’Etat sont encadrés par les lois du 12 juillet 2017 sur le statut général des entreprises et des établissements publics au Cameroun et les décrets d’application desdites lois, signés en 2019. Dans une étude prospective à l’horizon 2026, produite en 2024, la professeure Viviane Ondoua Biwolé, spécialiste de management public et de gouvernance, relevait des dysfonctionnements avec des directeurs généraux cumulant des fonctions avec celles de DG, des structures avec des postes de président de conseil d’administration vacant, des dirigeants illégaux dans au moins 46 entreprises sur 53 étudiées. L’annonce du président de la République le 10 février 2026 suscite ainsi de fortes attentes.
“Du point de vue de la positivité de cette annonce, on peut se dire qu’enfin nous allons rentrer dans une République exemplaire; nous allons rentrer dans un cycle normal.” En réalité on n’a pas besoin d’être jeune pour occuper un poste, on a besoin d’être compétent et les compétences sont dans la population des jeunes et des vieux. Je pense que si le cycle se fait normalement tout le monde a sa place dans cet environnement.”
Viviane Ondoua Biwolé, Professeure des universités, experte en gouvernance – Cameroun
Le Cameroun compte 35 entreprises publiques et 75 établissements publics. Le renouvellement annoncé à la tête des sociétés d’État apparaît ainsi comme un enjeu stratégique pour la performance économique et la gouvernance publique; dans un contexte marqué par des exigences accrues de transparence, de rentabilité et de qualité de service.



