Au Sénégal, la Cour suprême a annulé l’ensemble des arrêtés pris par le ministre de la Communication pour établir la liste des médias considérés comme « conformes » au Code de la presse. Une décision saluée par le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS), qui accusait le ministère d’abus de pouvoir et d’atteinte à la liberté de la presse, après la diffusion d’une liste réduisant à 258 les médias autorisés et classant 381 autres comme “non conformes”.
Un tournant majeur est intervenu au Sénégal dans le débat sur l’obligation d’examen de conformité des médias, que le Ministère de la Communication leur impose depuis octobre 2024, à travers une plateforme dédiée depuis lors désactivée. La Chambre administrative de la Cour suprême a désavoué le ministère de la Communication en annulant, ce jeudi 11 décembre, l’ensemble des arrêtés relatifs à la liste des médias dits « conformes » au Code de la presse. Cette décision donne raison au Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS), qui avait introduit un recours. Le CDEPS dénonçait un « abus de pouvoir » et une « tentative de contrôle de l’existence légale des médias par l’État ».
“ Cette décision de la cour suprême marque un moment important. Dans un état de droit c’est une victoire de la justice sur la précipitation. Le secteur des médias sénégalais doit aussi regarder ses propres faiblesses en face. Problème de professionnalisation, de régulation interne, de responsabilité éditoriale. Des défis existent. Ils sont réels. Et ils doivent être assumés par la presse sénégalaise.”
Boubacar Ba, Journaliste – Sénégal
La polémique avait débuté en février 2025 lorsque le ministère avait publié une liste de 258 médias autorisés, après une procédure débutée en octobre 2024, classant 381 autres structures comme « non conformes » et enjointes de fermer. Cette mesure, jugée unilatérale et brutale, avait été contestée par les organisations professionnelles, dont la Coordination des associations de presse (CAP), qui dénonçaient un manque de consultation.
“ Aujourd’hui, plus que jamais, il faut revenir à tout ce qui a toujours fait la force du Sénégal, c’est-à-dire le dialogue. Discuter, se parler, se retrouver autour d’une table, autorités publiques, professionnelles des médias, organisation de la société civile pour essayer construire ensemble des règles claires, juste et partager par tous.”
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Là où de nombreux acteurs de la presse dénonçaient un mécanisme administratif de contrôle de la presse, ouvrant la voie à une dérive autoritaire, le gouvernement défendait une tout autre lecture. Pour le ministère, il s’agissait d’une réforme structurelle visant à « assainir le secteur, identifier clairement les acteurs et mieux organiser les subventions publiques », conformément à l’esprit du Code de la presse.


