L’Afrique veut franchir un nouveau cap dans le leadership politique féminin. Lancée en août 2026 à Kigali au Rwanda, l’Académie africaine pour les femmes en leadership politique réunit 40 dirigeantes de 28 pays d’Afrique et des Caraïbes. Cette rencontre a pour objectif principal d’aller au-delà de la représentation numérique pour renforcer leur capacité à conquérir, exercer et influencer durablement le pouvoir.
La présence des femmes dans les institutions progresse, mais reste loin de la parité. Au 1er janvier 2026, elles occupaient 27,1 % des sièges parlementaires en Afrique subsaharienne, contre 27,5 % dans le monde. C’est dans ce contexte que Kigali a accueilli la première cohorte de l’Académie africaine pour les femmes en leadership politique officiellement lancée le 3 Août 2026. Les 40 participantes, sélectionnées parmi plus de 1 300 candidatures, venaient de 28 pays d’Afrique et des Caraïbes. Plus de 60 % des participantes étaient originaires de pays qui organiseront des élections dans les deux prochaines années.
Nous avons de nombreuses organisations dans les Caraïbes qui œuvrent en faveur de la participation des femmes à la vie politique. Comment créons-nous un espace pour que d’autres femmes puissent avoir confiance en elles ? Est-ce que nous défendons cette cause, est-ce que nous nous levons pour dire que les besoins et les valeurs des femmes méritent d’être reconnus, qu’elles méritent d’avoir une place égale à la table des décisions, les mêmes opportunités, une rémunération équitable et une juste reconnaissance pour leur travail acharné ? Ce sont donc des conversations que les femmes parlementaires doivent avoir parce que, vous savez, les plus jeunes nous regardent pour voir comment nous allons créer cet espace pour elles.
Lisa Jawahir, Ministre de l’Agriculture, de la Pêche, de la Sécurité alimentaire et du Développement durable – Sainte-Lucie
L’objectif n’est plus seulement d’accroître la présence des femmes dans les institutions. Il s’agit aussi de renforcer leur influence. Financement des campagnes, accès aux réseaux, visibilité médiatique, fonctionnement des partis, coalitions, violences et intimidations restent autant d’obstacles à leur ascension. L’Académie veut agir concrètement sur ces difficultés, dans un environnement politique encore dominé par les hommes.
Pourquoi me suis-je impliquée dans cette initiative visant à créer cette Académie pour le leadership féminin ? Parce que nous avons compris que nous devons constituer une masse critique de femmes engagées pour la paix et la sécurité. Ces femmes leaders contribueront à faire en sorte que la prévention reste au premier plan. En s’attaquant aux causes profondes des conflits, elles seront en mesure de les anticiper et d’apporter cette perspective à la table des décisions. Et c’est ce qui, pour nous, permettra de créer une masse critique de femmes leaders capables de prévenir les conflits plutôt que d’avoir à les guérir.
Bineta Diop, Envoyée spéciale de l’UA pour les femmes, la paix et la sécurité – Sénégal
Pendant quatre semaines, les participantes ont abordé le financement politique, la communication, le leadership éthique, les processus législatifs, les coalitions et la résilience. La formation combine sessions à Kigali, cours en ligne et mentorat. Soutenue notamment par le PNUD, l’Union africaine, l’African School of Governance et l’African Women Leaders Network, elle vise aussi à créer des réseaux durables entre responsables politiques africains et caribéennes.
L’exercice que nous voyons ici à Kigali s’inscrit dans cette volonté de faire passer les aspirations des femmes, notamment des jeunes femmes, à un niveau supérieur. Des femmes ont réussi dans de nombreux domaines, dans les affaires, l’ingénierie, entre autres. Nous en avons d’ailleurs plusieurs au sein de cette cohorte. Mais la sphère politique reste encore fermée. C’est là que nous devons être. Vous savez, nous n’avons eu que quatre ou cinq femmes présidentes sur ce continent, pas davantage. À notre époque, nous devrions faire mieux. Nous en avons les moyens. C’est pourquoi nous menons cette initiative.
Sahle-Work ZEWDE, Ancienne présidente de la République et membre éminente de l’AWLN – Éthiopie
Le choix de Kigali est symbolique. Le Rwanda affiche le taux de représentation féminine parlementaire le plus élevé au monde, avec 63,8 % de femmes dans sa chambre basse au début de 2026. L’Académie veut s’appuyer sur cette dynamique pour transformer la représentation en véritable capacité d’action. Elle s’inscrit dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui défend une participation équitable des femmes aux postes de décision. L’enjeu est désormais de passer de la conquête des sièges à celle du pouvoir réel.
