Malgré un potentiel de 4 000 milliards de dollars de capitaux domestiques disponibles, l’Afrique est confrontée à un déficit d’infrastructures persistant qui entrave son intégration économique et son industrialisation. Pour accélérer la réalisation de ses investissements productifs, le continent s’efforce de surmonter les obstacles structurels en misant sur de grands projets stratégiques et de nouvelles initiatives de financement.
L’Afrique dispose aujourd’hui d’un potentiel financier considérable, avec près de 4 000 milliards de dollars de capitaux domestiques, selon le rapport 2026 de l’Africa Finance Corporation. Pourtant, le continent continue de souffrir d’un déficit massif d’infrastructures, évalué entre 170 et 221 milliards de dollars par an. Routes, ports, chemins de fer et réseaux énergétiques restent insuffisants pour soutenir l’industrialisation du continent et l’intégration régionale. Pour inverser la courbe, plusieurs projets emblématiques visent à combler ces lacunes, tels que le corridor ferroviaire de Lobito reliant l’Angola, la Zambie et la République démocratique du Congo, le port de Lamu au Kenya ou encore le barrage hydroélectrique Julius Nyerere en Tanzanie.
Le sommet « Africa We Build » offre une occasion unique de transformer le potentiel en action concrète en nouant des partenariats, en mobilisant des financements et en créant une synergie à l’échelle du continent. Considérer les infrastructures comme un atout isolé n’a que peu, voire aucun impact. Pour faire passer les infrastructures prioritaires du stade de la conception à celui de résultats tangibles à travers l’Afrique, il faut adopter une approche intégrée, reliant les routes, les chemins de fer, les ports, les réseaux électriques et numériques aux parcs industriels ainsi qu’aux micro, petites et moyennes entreprises
Musalia Mudavadi, Secrétaire du Cabinet aux Affaires étrangères et à la Diaspora – Kenya
La concrétisation de ces projets se heurte à des obstacles majeurs. De l’avis de certains, une partie de l’épargne locale reste immobilisée dans des obligations souveraines, tandis que le manque de projets bancables, d’études techniques et de garanties solides freine l’investissement. Le continent ne consacre que 4 % de son PIB aux infrastructures, contre 14 % en Chine, selon la Banque africaine de développement (BAD), un déficit qui coûte près de deux points de croissance annuelle et limite la compétitivité industrielle.
Nous devons considérer les infrastructures comme un moteur global de l’industrialisation, on ne peut donc pas les considérer comme un actif isolé. Il faut les envisager dans l’optique de stimuler l’industrialisation. Nous disposons de beaucoup de capitaux en Afrique.Nous avons désormais besoin de mesures politiques davantage axées sur les marchés des capitaux. Ce sont vos institutions financières de développement (IFD), vos institutions financières multilatérales, qui s’emploient aujourd’hui très activement à mobiliser des capitaux pour des projets en cours de développement sur le continent.
Donovan Chimhandamba, Président et Directeur général de Nyanza Light Metals – Zimbabwe
Pour relever le défi, les gouvernements africains et les institutions continentales misent sur des mécanismes innovants. Le 14 février 2026, lors du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, les chefs d’État ont lancé le Mécanisme africain de financement des infrastructures (AIFF), destiné à accélérer la préparation et le financement des projets transfrontaliers prioritaires liés à l’Agenda 2063 et à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). En parallèle, l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), avec plus de 70 milliards de dollars d’actifs, vise à mutualiser les risques pour attirer davantage de capitaux privés et institutionnels.
Nous réfléchissons à la manière d’intégrer divers projets d’infrastructure, car, croyez-moi, ce corridor ne commence pas aux ports. Il ne commence pas dans nos aéroports. En réalité, il commence à la ferme. Il commence à l’usine, et il commence dans les centres de production. Ce qui importe, c’est la manière dont on relie les centres de production aux marchés. C’est à ce moment-là que l’on dispose d’un corridor complet, d’un corridor qui apporte de la valeur, d’un corridor qui permet de passer de la rhétorique à l’action, car ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas des déclarations politiques. Il ne s’agit pas de rhétorique. Il s’agit d’agir. Mais cela nécessite des décisions audacieuses et parfois inconfortables.
John Mbadi Ng’ongo, Secrétaire du Cabinet chargé du Trésor national et de la Planification économique – Kenya
Le véritable défi n’est plus seulement financier, mais structurel : investir efficacement. Le secteur privé, notamment via les partenariats public-privé (PPP), est appelé à moderniser les infrastructures, comme en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou au Maroc. Avec la ZLECAf, ces investissements doivent se transformer en corridors régionaux capables de soutenir durablement le commerce, l’industrie et l’emploi africains, offrant au continent une chance unique de transformer son potentiel en croissance tangible.