À Brazzaville, en marge des 61èmes assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, le Groupe de travail de haut niveau sur la réforme de l’architecture financière internationale a placé la question climatique au centre des débats. Au cœur des échanges : le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne, jugé préoccupant pour les économies africaines. Le secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, Claver Gatete, appelle les pays africains à adopter une position commune pour défendre leurs intérêts commerciaux et économiques.
Réunis à Brazzaville du 25 au 29 mai 2026 dans le cadre des assemblées annuelles de la BAD, les participants à la réunion parallèle du Groupe de travail de haut niveau sur la réforme de l’architecture financière internationale ont examiné plusieurs dossiers jugés stratégiques pour l’avenir économique du continent. Parmi les sujets majeurs abordés figure le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne, connu sous le sigle CBAM. Pour Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, cette mesure européenne risque d’avoir des conséquences importantes sur les économies africaines.
“« Le climat affecte déjà notre PIB à hauteur de 5 %, ce qui est extrêmement important pour les économies africaines. Nous constatons également que la valeur de notre crédit carbone reste très faible, à moins de 10 dollars la tonne, alors qu’elle dépasse les 100 dollars dans d’autres régions comme les États-Unis ou l’Europe. Cela montre clairement les déséquilibres qui existent aujourd’hui dans le système mondial. Avec l’introduction du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne, le CBAM, nous faisons face à une nouvelle forme de barrière commerciale. Or, l’Union européenne représente l’un de nos plus grands marchés d’exportation.”
Claver GATETE, Secrétaire exécutif de la CEA – Rwanda
Selon lui, les exportations africaines pourraient être pénalisées, notamment celles des petits commerçants et des secteurs fortement tournés vers le marché européen. La faiblesse du prix du crédit carbone africain, inférieur à 10 dollars la tonne contre plus de 100 dollars dans certaines régions du monde, accentue également les déséquilibres. Face à cette situation, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique plaide pour une réponse collective du continent. Une préoccupation également partagée par plusieurs responsables africains présents à cette rencontre.
“Nous ne pouvons pas demander à l’Afrique simultanément de s’industrialiser, de décarboniser, de construire des emplois résilients et de créer des emplois pour la population de jeunes et pour l’intégration régionale en maintenant un système financier mondial qui augmente systématiquement le coût de la transformation africaine. La contradiction doit être adressée. La réforme de l’architecture financière mondiale n’est donc pas une charité, mais une politique de l’économie mondiale rationnelle.”
Ismael Nabe, Ministre du Plan et de la Coopération internationale – Guinée
À travers cette mobilisation autour du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières et des enjeux climatiques, l’Afrique veut désormais peser davantage dans les négociations internationales. Le message porté à Brazzaville est clair : face aux nouvelles règles du commerce mondial, le continent entend défendre ses intérêts d’une seule voix.



