En marge des 61ᵉ Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, qui se tiennent du 25 au 29 mai 2026 à Brazzaville, le recyclage des actifs publics s’impose comme une piste sérieuse pour financer les infrastructures africaines sans accroître la dette des États. À l’issue d’une table ronde consacrée à cette question, Alain Ebobisse le Directeur Général d’Africa50 a expliqué comment ce mécanisme pourrait permettre aux gouvernements africains de mobiliser des ressources locales tout en améliorant la performance des infrastructures existantes.
Le recyclage d’actifs devient progressivement l’un des outils privilégiés pour répondre au déficit de financement des infrastructures en Afrique. Réunis à Brazzaville autour du président de la Banque africaine de développement, également président du conseil d’administration d’Africa50, plusieurs ministres africains, investisseurs et responsables d’institutions financières internationales ont débattu des mécanismes capables de transformer les actifs publics en capital productif. L’enjeu est clair, permettre aux États de lever des financements sans creuser davantage leur dette publique.
“Les besoins d’investissements en Afrique sont énormes et nous pensons aujourd’hui que nous devons mobiliser beaucoup plus de financements pour les infrastructures africaines en Afrique, nous n’allons plus obtenir autant de financements que par le passé à l’extérieur de l’Afrique. Donc, le recyclage d’actifs est également un levier pour permettre de mobiliser l’épargne africaine pour financer les infrastructures africaines. Donc c’est un moment important parce que vous voyez que le contexte mondial ait fait que nous recevons moins de financements extérieurs, donc l’Afrique doit se prendre beaucoup plus en charge…”
Alain EBOBISSE, Directeur général d’Africa 50 – Cameroun
L’objectif est double, dégager de nouvelles ressources financières et améliorer l’exploitation des infrastructures existantes, qu’il s’agisse de routes, de ports, d’aéroports ou de réseaux énergétiques. Africa50 entend également favoriser une plus forte implication des investisseurs africains, notamment les fonds souverains, les fonds de pension et, à terme, les épargnants du continent. Mais pour plusieurs responsables africains, la réussite de cette stratégie passe d’abord par des réformes structurelles.
“Il y a un certain nombre d’éléments sur lequel nous devrions impérativement être prêts. Le premier élément c’est évidemment le cadre législatif et réglementaire pour lequel des assistances techniques seraient nécessaires pour que nos différents pays mais bien au-delà pour que également au niveau sous-régional, sur le continent que nous puissions avoir des textes harmonisés pourquoi? Parce qu’un certain nombre d’infrastructures sont des infrastructures sous-régionales puisque nous allons dans le sens de l’intégration également.
Hervé NDOBA, Ministre des Finances et du Budget – Centrafrique
Dans un contexte marqué par la diminution des financements extérieurs, les intervenants ont souligné l’urgence pour l’Afrique de mobiliser davantage ses ressources internes afin de soutenir ses ambitions de développement et d’intégration régionale. À Brazzaville, le recyclage des actifs publics apparaît désormais comme bien plus qu’un simple outil financier. Pour les décideurs africains, il pourrait devenir un instrument stratégique de souveraineté économique, à condition que les États harmonisent leurs réglementations et créent un environnement favorable à l’investissement africain dans les infrastructures du continent.



