À Sè, dans le département du Mono, la poterie demeure un patrimoine vivant. Ici, les gestes se transmettent au sein des familles depuis plusieurs générations. Pendant les vacances scolaires, de jeunes filles rejoignent les ateliers pour apprendre ce métier ancestral tout en préparant leur prochaine rentrée. Reportage.
Loin des salles de classe, Félicité Kpadoé et sa sœur Élise profitent des vacances pour retrouver leur mère, originaire de Sè. Elles intègrent l’atelier de poterie de sè afin d’apprendre les techniques de fabrication de la poterie , avec l’espoir de se perfectionner.
« Nous sommes venues à Sè chez notre mère et nous avons décidé de faire quelque chose pendant les vacances afin de gagner un peu d’argent. Nous avons commencé l’apprentissage de la poterie il y a peu de temps et nous avons découvert que c’est un véritable métier. »
FÉLICITÉ KPADOÉ, Élève apprenante au métier de la poterie – Bénin
À Gonfiocomey 2, l’association Akpénin Mahou, créée il y a quinze ans, rassemble une vingtaine de potières. Sous la conduite de sa présidente, Adidého Félicité, elles extraient l’argile dans le bas-fond de Dota avant de la transformer, selon une technique entièrement manuelle, en plats, marmites, jarres, canaris et objets décoratifs. Les jarres cassées sont recyclées, réduites en poudre puis incorporées à l’argile pour renforcer la solidité des nouvelles pièces.
« L’accès au bas-fond de Dota est réservé aux femmes. Selon la tradition, si un homme y prélève de l’argile, les poteries se fissurent. Vous voyez cette assiette ? Elle peut se briser en dix morceaux, voire davantage. Au fil des générations, c’est un phénomène que nous avons constaté dans tout le village. C’est pourquoi les hommes ne vont pas chercher l’argile dans ce bas-fond.
FÉLICITÉ ADIDÉHO , Présidente de l’association Akpénin Mahou – Bénin
Pour la finition, nous utilisons des pagnes recyclés pour dépoussiérer les plats, puis des morceaux de moustiquaire recyclée afin de leur donner un aspect brillant. »
Mélangée à la poudre de poteries recyclées et à l’eau de puits, l’argile est pétrie puis façonnée à la main. À Sè, ce savoir-faire se transmet de génération en génération. Alignées le long de la route, les poteries exposées témoignent d’un artisanat qui fait vivre de nombreuses familles.
« J’achète ce foyer traditionnel en terre cuite parce qu’il est solide, durable et économique. Il permet aussi une cuisson plus rapide. Il faut soutenir ces femmes en privilégiant les produits locaux. »
BERNADETTE COCO, Consommatrice – Bénin
« Ici, nous vendons des colliers, des casseroles, des marmites et d’autres ustensiles en argile. Cette casserole, par exemple, permet de préparer la sauce rapidement et de bien conserver la chaleur. Pendant la saison des pluies, les produits se font plus rares, car les femmes potières produisent moins. Les prix augmentent donc légèrement et nous sommes obligés de gérer nos stocks en attendant les nouvelles productions. »
AMÈLÈ GOUDJINOU, Commerçante d’ustensiles en argile – Bénin
Les poteries de Sè trouvent également leur place sur les marchés. Malgré une demande régulière, la production reste limitée, notamment pendant la saison des pluies. Malgré son importance culturelle et économique, la poterie de Sè est confrontée à plusieurs défis. Faute de four moderne et d’espaces d’exposition adaptés, les potières de l’atelier de poterie de Sè peinent à accroître leur production et à mieux valoriser leurs créations. Pourtant, cet artisanat constitue bien plus qu’une activité génératrice de revenus, il préserve un savoir-faire ancestral, renforce l’identité culturelle de la localité et assure la transmission d’un patrimoine vivant.



