Pendant des décennies, l’Afrique a davantage commercé avec le reste du monde qu’avec elle-même. Aujourd’hui, la Zone de libre-échange continentale africaine veut changer la donne. Financement, corridors logistiques, digitalisation des paiements et industrialisation : institutions africaines et États accélèrent la mise en œuvre du plus grand marché commun du monde. Mais sur le terrain, les défis restent immenses.
Routes saturées, procédures douanières lentes,coûts logistiques parmi les plus élevés au monde, pendant longtemps, ces obstacles ont freiné le commerce entre pays africains. Aujourd’hui, la ZLECAf veut inverser cette tendance. L’objectif : permettre aux économies africaines de commercer davantage entre elles, réduire la dépendance aux importations extérieures et développer des chaînes de valeur régionales. Selon plusieurs institutions africaines, le commerce intra-africain pourrait dépasser les 230 milliards de dollars dans les prochaines années grâce à l’accélération de l’accord continental.
“Dans le cadre de la ZLECAf , nous créons un marché unique. Nous ne mettons pas l’accent sur la concurrence, mais plutôt sur la collaboration. C’est cet esprit de collaboration que nous cherchons à favoriser à travers des chaînes de valeur régionales ou continentales. Ainsi, le fonds de crédit apportera effectivement un soutien pour permettre aux acteurs d’intégrer ces chaînes de valeur stratégiques.”
GAINMORE ZANAMWE, Directeur de la facilitation du commerce et de la promotion des investissements, Afreximbank – Zimbabwe
Pour accompagner cette transformation, Afreximbank déploie plusieurs instruments financiers et logistiques. La banque panafricaine affirme avoir mobilisé des dizaines de milliards de dollars pour soutenir le commerce intra-africain, les infrastructures régionales et les investissements industriels. Parmi les priorités : la modernisation des corridors commerciaux, la réduction des délais aux frontières, et la mise en place de systèmes de paiement africains en monnaies locales. Des initiatives comme le PAPSS, le système panafricain de paiement, visent notamment à réduire les coûts des transactions transfrontalières.
“Nous avons effectivement constaté que lorsque les pays s’engagent dans la suppression des droits de douane et la libéralisation tarifaire, certains d’entre eux risquent de subir une baisse de leurs recettes. C’est pourquoi nous avons mis en place un Fonds d’ajustement de la ZLECAf d’un montant de 10 milliards de dollars américains. La Banque africaine d’import-export, Afreximbank, y a déjà contribué à hauteur d’un milliard de dollars américains. Nous avons également accordé une subvention de démarrage d’environ 10 millions de dollars, qui servira de base au fonds principal destiné à compenser les pertes de recettes douanières.”
GAINMORE ZANAMWE, Directeur de la facilitation du commerce et de la promotion des investissements, Afreximbank – Zimbabwe
Autre enjeu majeur : l’industrialisation du continent. La ZLECAf ne vise pas seulement à augmenter les échanges commerciaux. Elle ambitionne aussi de transformer localement les matières premières africaines. Automobile, agro-industrie, textile, industries culturelles ou encore transformation minière : plusieurs secteurs sont identifiés comme stratégiques pour créer davantage de valeur ajoutée sur le continent. Les grandes rencontres économiques africaines, comme la Foire commerciale intra-africaine organisée à Alger en 2025, illustrent cette dynamique. L’événement a permis de générer plusieurs dizaines de milliards de dollars d’accords commerciaux et d’investissement.
“Comme vous le savez, le mandat principal d’Afreximbank est de faciliter et de promouvoir le commerce intra-africain, c’est-à-dire les échanges commerciaux entre les pays africains eux-mêmes. Comme vous le savez peut-être, le commerce intra-africain demeure relativement faible, représentant seulement entre 15 % et 18 % du commerce total. Des plateformes comme celle-ci sont particulièrement importantes, car elles permettent d’examiner certains des principaux défis qui entravent le commerce intra-africain et, surtout, de se concentrer sur les solutions à mettre en œuvre pour les surmonter. À Afreximbank, nous sommes fiers d’avoir été un partenaire clé de la ZLECAf depuis ses débuts.”
GAINMORE ZANAMWE, Directeur de la facilitation du commerce et de la promotion des investissements, Afreximbank – Zimbabwe
La réussite de la ZLECAf dépendra désormais de la capacité des États africains à transformer les engagements politiques en résultats concrets sur le terrain. Une intégration économique africaine qui pourrait redéfinir durablement les équilibres commerciaux du continent et sa place dans l’économie mondiale.