Afrique : 57% de citoyens sans identifiant numérique

À l’heure où l’intelligence artificielle transforme les économies et les administrations à travers le monde, la question de l’identité numérique s’impose comme un enjeu stratégique majeur pour les États africains. Entre modernisation des services publics, protection des données personnelles et souveraineté numérique, plusieurs pays multiplient les initiatives pour encadrer l’usage des données des citoyens. La Côte d’Ivoire et le Nigeria figurent parmi les pays engagés dans cette dynamique.

En Afrique, la mutation technologique insuffle une dynamique inédite à l’appareil étatique. Automatisation des services publics, amélioration de la santé ou encore développement de solutions financières innovantes, les opportunités sont nombreuses. Conscients de ces impératifs, divers gouvernements s’attellent à densifier leurs dispositifs de souveraineté numérique. En Côte d’Ivoire, cette problématique a constitué le pivot central du Forum sur la Protection des Données à Caractère Personnel, organisé le 19 juin 2026 à Abidjan. Cette rencontre a réuni experts et acteurs du numérique autour des défis liés à la sécurité des données, à la vie privée et à l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle.

“Aujourd’hui, la plupart des services sont devenus des services digitaux. Donc en ligne, nous sommes obligés d’inscrire nos enfants. Nous sommes obligés d’avoir nos actes administratifs comme nos casiers judiciaires comme nos extraits de naissance. Mais sans cette identité numérique, pour nous identifier et authentifier de façon forte, ce sera difficile. Tout le monde peut usurper notre identité pour se faire passer pour nous dès lors qu’il a pu usurper des documents.”

SERGE SERI, Commissaire Général du FNPDCPCôte d’Ivoire

Le Nigeria s’inscrit dans cette trajectoire par la refonte de son dispositif normatif dédié à la protection des informations privées. Cette réforme ambitionne d’ajuster le cadre réglementaire aux mutations des usages technologiques et de durcir la veille sécuritaire face à l’essor des plateformes numériques et de l’intelligence artificielle. Avec un volume de 120 millions de citoyens enrôlés au sein du système du National Identification Number (NIN) en 2025, le pays d’Afrique de l’Ouest consolide l’un des écosystèmes d’identité digitale les plus denses du continent.

«Aujourd’hui, nous sommes engagés dans un vaste chantier de démocratisation des procédures dans tous les secteurs d’activités. Aujourd’hui, vous avez donc des plateformes qui facilitent et offrent donc des services numériques aux usagers. Pour ce qui concerne l’identification, nous avons une loi qui a été adoptée en 2024 sur l’identification électronique de la personne physique. Et cette loi consacre donc en son sein un registre national de l’identifiant unique.» 

AMIDOU BANDE, Secrétaire générale de la CILBurkina Faso

Alors que près de 500 millions d’Africains ne disposent toujours pas d’une preuve d’identité reconnue, le continent accélère sa transition vers l’identification numérique. Actuellement, 49 pays ont déjà intégré des dispositifs biométriques et 35 les déploient pour sécuriser leurs rendez-vous électoraux. Pourtant, seuls 43 % des Africains disposent aujourd’hui d’un identifiant numérique fonctionnel, révélant l’ampleur du défi à relever pour bâtir des États plus inclusifs, plus efficaces et mieux préparés à l’ère de l’intelligence artificielle.


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