Face au déficit chronique de financement des infrastructures africaines, estimé entre 150 et 220 milliards de dollars par an, les investisseurs institutionnels veulent désormais placer l’épargne africaine au cœur du développement du continent.
En marge des 61èmes Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement à Brazzaville, le Forum des caisses de dépôt a mis en lumière un enjeu majeur : construire une nouvelle architecture financière africaine capable de financer le développement du continent à partir des ressources locales.
Pour les intervenants, l’Afrique ne peut plus dépendre exclusivement des financements extérieurs, alors que les Etats font face à un endettement élevé et à la raréfaction des bailleurs traditionnels. D’où la nécessité de mobiliser les ressources nationales, notamment les fonds dormants, l’épargne publique ou encore les dépôts réglementés.
“La caisse des dépôts et consignations à Tunisie a trois missions. Le soutien à l’investissement en projets structurants, le soutien des entreprises génératrices d’emploi et la dynamisation du marché financier. Nous intervenons sur forme d’apport en fonds propre, de mobilisation de ressources extérieures ou aussi de cofinancement en partenariat public-privé.”
MAROUEN SABKHI, Responsable gestion financière, Caisse des dépôts et consignations – Tunisie
Mais le défi reste immense. Selon les experts réunis à Brazzaville, les banques publiques africaines représentent près de 20% des institutions de développement dans le monde, mais à peine 1% des actifs financiers globaux. Une faiblesse qui limite fortement leur capacité d’intervention.
Autre difficulté soulevée, la faible confiance des populations dans les institutions financières. Dans plusieurs pays africains, une grande partie de l’épargne circule encore dans l’informel, notamment à travers les tontines, échappant ainsi aux circuits économiques structurés.
Les responsables des caisses de dépôt du Niger, du Gabon, de la Tunisie ou encore du Maroc ont insisté sur les contraintes réglementaires, le manque de ressources longues et les difficultés à rendre certains projets bancables.
« Il y a beaucoup de tontines qui échappent à la réglementation nationale. Il y a beaucoup de transferts qui se font aussi, beaucoup d’informelles. Ce sont des défis à relever que la CDC doit relever. La population, on ne peut pas dire qu’elle a un manque de culture financière, mais il y a quand même un manque de confiance dans les institutions. »
ANGELIQUE NZANG NZOGHE, Directrice générale adjointe, Caisse des dépôts et consignations – Gabon
Malgré ces obstacles, le forum a souligné l’importance stratégique de ces institutions pour la souveraineté économique du continent. Car pour les participants, financer l’Afrique avec l’épargne africaine constitue désormais une priorité. Une ambition portée par la BAD, qui encourage les Etats à renforcer leurs outils nationaux de financement pour bâtir une croissance plus autonome et durable.



