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Afrique : libéralisation du transport aérien

Lancé en 2018, le Marché unique du transport aérien africain ambitionne de faciliter les liaisons entre les pays du continent et de stimuler les échanges économiques. Malgré de nouvelles avancées en 2026, notamment la Déclaration de Lomé, la libéralisation effective du ciel africain reste confrontée à des défis réglementaires, financiers et infrastructurels. 

Huit ans après son lancement en janvier 2018, le Marché unique du transport aérien africain (MUTAA) reste un chantier majeur de l’intégration continentale. À Lomé, au Togo, la Convention et l’Exposition africaines du transport aérien, organisées du 15 au 19 juin 2026, ont marqué une nouvelle étape avec l’adoption de la Déclaration de Lomé et d’une matrice de mise en œuvre. Selon les données présentées par la Commission africaine de l’aviation civile, 38 États se sont engagés dans l’initiative, tandis que les efforts se poursuivent pour transformer ces engagements en ouvertures effectives de marchés.

En 2018, notre union a lancé le Marché unique africain du transport aérien, communément appelé SAATM, en tant que projet phare de l’Agenda 2063. Le SAATM établit un cadre continental unique pour l’aviation, traitant notamment des droits de trafic, y compris les droits de cinquième liberté, de la concurrence loyale et de la protection des consommateurs, entre autres priorités. Pour adhérer au SAATM, un pays doit signer l’accord. Les travaux à mener après la signature consistent notamment à harmoniser les accords bilatéraux existants en matière de services aériens, à adopter les règles pertinentes en matière de concurrence et de protection des consommateurs, et à ouvrir de nouvelles liaisons dans la mesure où le cadre le permet.

Lerato Mataboge, Commissaire aux Infrastructures et à l’Énergie de la Commission de l’Union africaine (CUA) – Afrique du Sud  

L’enjeu est économique autant que stratégique. En facilitant les liaisons directes entre les pays africains, le MUTAA ambitionne de réduire les obstacles aux déplacements, de stimuler le tourisme et de soutenir les échanges commerciaux, en complément de la Zone de libre-échange continentale africaine. Mais sur le terrain, les restrictions sur les droits de trafic, les taxes et redevances élevées, ainsi que l’insuffisance de certaines infrastructures continuent de freiner la connectivité régionale. Dans une analyse publiée le 28 mai 2026, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique souligne justement que la libéralisation peut favoriser la croissance, à condition de lever les obstacles réglementaires et institutionnels. 

À ce jour, grâce au programme SAATM, nous avons mis en place 124 nouvelles liaisons entre des villes africaines, qui ont permis de transporter 113 millions de passagers au cours des 36 derniers mois. C’est la connectivité aérienne qui rend possible la libre circulation des personnes, des biens et des services.

Lerato Mataboge, Commissaire aux Infrastructures et à l’Énergie de la Commission de l’Union africaine (CUA) – Afrique du Sud  

Pour accélérer le processus, les autorités africaines misent désormais sur le suivi des engagements, l’harmonisation des réglementations et la mobilisation des investissements. Le 17 juin 2026, le Togo et la Commission africaine de l’aviation civile ont signé un accord d’application prévoyant une feuille de route et un plan d’action pour suivre les progrès réalisés. L’objectif est de rendre les marchés plus accessibles aux compagnies africaines et de renforcer leur compétitivité. Pour le Cameroun et l’Afrique centrale, cette dynamique pourrait favoriser les liaisons régionales au départ de Douala et de Yaoundé, à condition que les droits de trafic, les coûts d’exploitation et la coordination entre États permettent de concrétiser ces nouvelles opportunités.

L’aviation n’est pas seulement un moyen de transport, c’est un vecteur de commerce, de tourisme, d’investissement, de soins de santé, d’éducation, d’aide humanitaire et d’échanges culturels. Elle relie les personnes, les marchés et les opportunités pour l’Afrique, un continent caractérisé par une immense diversité géographique et un énorme potentiel économique. L’aviation est une nécessité stratégique.

Musalia Mudavadi, Premier secrétaire du Cabinet – Kenya 

Au-delà des avions et des aéroports, c’est donc l’avenir de la mobilité africaine qui se joue. Le succès du MUTAA se mesurera à la multiplication des vols directs, à l’accessibilité des billets et à la capacité des entreprises et des voyageurs à circuler plus facilement d’un pays à l’autre. La Déclaration de Lomé donne une nouvelle impulsion politique, mais le défi demeure celui de l’application. Faire du ciel africain un véritable espace commun nécessitera une volonté durable des gouvernements, des investissements ciblés et une coopération renforcée. Une condition essentielle pour rapprocher les peuples, dynamiser les échanges et donner corps à l’ambition d’une Afrique économiquement plus intégrée.

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