Malgré un déficit annuel de financement des infrastructures estimé entre 50 et 90 milliards de dollars, l’Afrique dispose d’une épargne importante à mobiliser. L’approfondissement des marchés de capitaux apparaît comme un levier pour financer les entreprises et réduire la dépendance aux financements extérieurs.
Les marchés de capitaux africains peinent encore à mobiliser les ressources nécessaires au financement du développement économique. En 2026, le déficit de financement des infrastructures reste estimé entre 50 et 90 milliards de dollars par an, selon les estimations couramment reprises par les institutions de développement. Pourtant, les investisseurs institutionnels africains, notamment les fonds de pension et les compagnies d’assurance, détenaient environ 1 100 milliards de dollars d’actifs en 2024, selon l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE). Un potentiel financier important, dont la mobilisation reste freinée par la faible liquidité des marchés, leur fragmentation et l’insuffisance des instruments de financement accessibles aux entreprises.
Des marchés de capitaux performants constituent un pilier essentiel de cette réussite économique. Des centaines de milliards de dollars sont nécessaires à l’échelle du continent pour financer les infrastructures, l’éducation et la santé, mais aussi, et surtout, pour soutenir la croissance du secteur privé.
Sunil Benimadhu, Ancien directeur général de la Bourse – Maurice
Pour renforcer cette capacité de financement, les réformes portent sur la diversification des investissements, la modernisation des infrastructures boursières et le développement des obligations en monnaie locale. Selon l’OCDE, les obligations d’entreprises africaines en circulation sont passées de 52 milliards de dollars en 2010 à 38 milliards en 2024. Seuls 21 des 54 pays africains ont enregistré au moins une émission d’obligations domestiques par une entreprise depuis 2000. L’enjeu est donc d’élargir l’accès des entreprises aux marchés financiers, de faciliter les transactions entre les places boursières et de réduire la dépendance aux financements en devises étrangères.
Nous considérons le développement des marchés des capitaux comme un outil permettant de mobiliser des financements externes, tant nationaux qu’internationaux, pour les priorités de la fondation. Je pense donc qu’une faible solvabilité souveraine limite l’accès aux capitaux destinés au développement, et pas seulement aux capitaux commerciaux.
Iftin Fatah, Chargée de Mission, Fondation Gates – Somalie
La concrétisation de ces ambitions dépend toutefois de réformes réglementaires et d’une meilleure intégration financière régionale. L’introduction en Bourse de la raffinerie nigériane Dangote, évaluée à 1,6 milliard de dollars en octobre 2026, a notamment mis en évidence les obstacles auxquels se heurtent les investisseurs souhaitant participer aux opérations financières dans d’autres pays africains. L’objectif est de transformer l’épargne africaine en investissements productifs, de soutenir les entreprises et les infrastructures et de renforcer l’autonomie financière du continent.



