L’Égypte intensifie son offensive diplomatique en faveur de l’intégration africaine. Le Caire met notamment en avant le projet de corridor reliant l’Égypte, la Libye et le Tchad, présenté comme un axe stratégique pour renforcer la connectivité et les échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique centrale. Mais derrière cette ambition affichée, plusieurs zones d’ombre subsistent quant à la concrétisation du projet.
Présenté comme un levier stratégique pour accélérer l’intégration africaine, le corridor Égypte-Libye-Tchad s’impose progressivement dans le discours diplomatique du Caire. Un projet que les autorités égyptiennes jugent essentiel pour renforcer la connectivité entre l’Afrique du Nord et l’Afrique centrale, même si ses contours restent encore flous. S’exprimant au Caire devant les représentants des organisations de l’Union africaine accréditées en Égypte, le chef de la diplomatie Badr Abdelatty a inscrit cette initiative dans une vision plus large de développement régional.
“Le Tchad étant connecté au Cameroun qui a conçu un nouveau port à Kribi, ce qui permettra à l’Egypte d’avoir un corridor qui les connectent directement au golfe de Guinée et prochainement peut être dans un avenir proche, au Sahel et au grand marché nigérian. Donc c’est un corridor très important pour desserrer l’étau sécuritaire qui commence à encercler l’Egypte.”
Kerwin MAYIZO, Analyste politique – RD Congo
Le projet s’ajoute à d’autres axes structurants, notamment le corridor Le Caire-Le Cap et la liaison entre le lac Victoria et la mer Méditerranée, présentés comme des instruments au service de la Zone de libre-échange continentale africaine et de l’Agenda 2063. Mais au-delà de cette ambition affichée, peu d’éléments concrets ont été dévoilés. Le tracé envisagé traverse par ailleurs des zones fragilisées par l’instabilité sécuritaire, notamment en Libye et dans certaines parties du Sahel, ce qui soulève des interrogations quant à la faisabilité du projet à court terme.
“Cela peut donner à l’Egypte l’accès au golfe de Guinée. Globalement, donc, au Sahel, au Nigeria et à l’Afrique centrale, donc au golfe de Guinée.”
Kerwin MAYIZO, Analyste politique – RD Congo
Si l’Égypte réaffirme son attachement aux principes de souveraineté et de non-ingérence de l’Union africaine, ce corridor illustre aussi la dimension géopolitique des grands projets d’infrastructures. Entre ambition d’intégration et stratégie d’influence, le défi sera désormais de transformer cette annonce diplomatique en initiative régionale concrète et partagée.



