Abidjan, dernière étape de la tournée africaine du président béninois Romuald Wadagni. Reçu par son homologue ivoirien Alassane Ouattara, le chef de l’État béninois a affiché l’ambition de renforcer les échanges commerciaux entre les deux pays et coordonner davantage les politiques de sécurité face aux menaces qui pèsent sur l’Afrique de l’Ouest. Une rencontre qui s’inscrit dans la continuité d’une coopération déjà ancienne, mais qui pourrait marquer une nouvelle étape dans les relations entre Cotonou et Abidjan.
Dernière étape d’une tournée régionale qui a conduit le président béninois notamment au Togo, au Nigeria, au Niger et au Burkina Faso, Romuald Wadagni a choisi Abidjan pour conclure sa séquence diplomatique le 04 juin 2026. Face à Alassane Ouattara, le président béninois a mis l’accent sur deux priorités: l’accélération des échanges économiques et le renforcement de la coopération sécuritaire. Dans un contexte marqué par la montée des menaces terroristes au Sahel, mais aussi par les défis liés à l’intégration économique régionale, les deux dirigeants ont plaidé pour une coopération plus étroite entre les États de la sous-région. La Côte d’Ivoire demeure la première puissance économique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, tandis que le Bénin s’affirme comme une plateforme logistique et commerciale majeure du Golfe de Guinée. L’objectif affiché est de faciliter les échanges de biens, d’encourager les investissements croisés et d’améliorer les corridors commerciaux entre les deux pays.
“Il est en train de joindre, en fait, les actes à la parole, qu’il vous souvienne, lors du lancement de son projet de société, il avait dit qu’il repartirait vers ses pays pour relancer notre coopération avec eux.”
ALEXANDRE TOSSE EGBAKO, Expert en coopération internationale – Bénin
Depuis plusieurs décennies, le Bénin et la Côte d’Ivoire entretiennent des relations diplomatiques solides, notamment au sein de la CEDEAO et de l’UEMOA. Le commerce bilatéral entre le Bénin et la Côte d’Ivoire s’est élevé à 62,05 milliards de FCFA en 2024, contre 47,90 milliards de FCFA en 2023, traduisant une nette progression des échanges. Cette évolution confirme le renforcement de l’intégration sous-régionale, avec une Côte d’Ivoire qui s’impose comme le deuxième principal fournisseur du Bénin au sein de l’espace UEMOA. La sécurité apparaît comme l’autre pilier de ce rapprochement. Les attaques jihadistes au Sahel ont déjà causé plus de 20 000 morts et des millions de déplacés, avec un risque de propagation vers les États côtiers. Dans ce contexte, les pays de la sous-région renforcent leur coopération sécuritaire pour contenir la menace et stabiliser l’espace ouest-africain.
“Quand il y a des conflits, il faut mener une diplomatie qui puisse déceler, n’est-ce pas, la situation, frayer des chemins. Donc il y a cette diplomatie qui est importante. La deuxième diplomatie, c’est la diplomatie économique et commerciale. Les échanges, les investissements et la création d’emplois.”
SALIF BALOUBI, Analyste politique – Bénin
Au-delà du protocole diplomatique, cette rencontre envoie un signal clair à la sous-région. Dans un contexte marqué par les tensions sécuritaires et les défis économiques, Abidjan et Cotonou affichent une même lecture : c’est par le commerce, l’intégration et la coopération sécuritaire que l’Afrique de l’Ouest pourra consolider sa stabilité et accélérer son développement. Un axe ivoiro-béninois qui se veut désormais plus structuré, plus stratégique et tourné vers l’action.



