En Afrique de l’Ouest, et particulièrement au Burkina Faso, le système éducatif fait face à un défi majeur. Alors que l’école publique est souvent perçue comme saturée ou en difficulté, les établissements privés ont longtemps fait figure de refuge et d’eldorado financier. Pour garantir l’égalité des chances, les autorités ont décidé de réglementer les frais de scolarité. Une mesure très attendue par les parents, mais qui suscite des interrogations. Notre correspondant à Ouagadougou nous fait le point.
À Ouagadougou au Burkina Faso, l’éducation est devenue un marché ultra-concurrentiel. Pour s’assurer un avenir, la majorité des familles qui en ont les moyens se tourne vers les établissements privés. Un choix guidé par la promesse de meilleures conditions d’apprentissage et d’un suivi rigoureux, loin des classes surchargées du public. Mais cette exigence a un coût, devenu insupportable pour beaucoup. l’anarchie des tarifs appliqués par certains établissements essorait le portefeuille des parents.
Les gens préfèrent plus le privé parce que souvent, on n’a pas assez d’établissements publics. C’est ça qui pose souvent le problème parce que si on avait assez, je pense que les gens préféreraient aller dans le public que dans le privé. Et puis il y a le coût de la formation aussi, donc les enseignements aussi, et essaye de fuir pour le privé. Donc c’est ce qui pose un peu le problème en fait.
Kader PARE, Parent d’élève – Burkina Faso
Pour mettre fin à ce casse-tête, le Conseil des ministres a adopté le vendredi 29 mai un décret historique. Le texte encadre strictement tout ce qui touche à la scolarité : frais d’inscription, de dossier, mais aussi frais de soutenance, d’examens et d’accès aux laboratoires. Désormais, les écoles privées, de la maternelle au supérieur, seront classées par catégories pour fixer des tarifs transparents et proportionnels aux services réels.
Il faut dire que le présent décret s’applique à toutes les structures privées d’enseignement, notamment les centres privés d’éducation préscolaire, les écoles primaires privées, les établissements privés, post-primaires et secondaires générales, techniques et professionnels, les universités privées, les grandes écoles privées, les institutions privées d’enseignement supérieur. Par contre, le décret ne s’applique pas aux institutions à statut international créé par une convention à laquelle le Burkina Faso a adhéré.
Jacques Sosthène DINGARA, Ministre de l’Éducation nationale – Burkina Faso
Dans les rues de la capitale, la nouvelle a été accueillie comme une victoire majeure pour le panier de la ménagère. Mais après l’effet d’annonce, l’heure est au pragmatisme. Les parents restent prudents quant à l’application réelle de ce texte.
Vu le coût exorbitant des frais de scolarité dans les structures privées, ce n’est pas une chose aisée. pour les parents de s’en départir. Et je pense qu’avec ce décret-là, ça serait vraiment un ouf de soulagement. Parce que quoi qu’on dise, les lycées privés dépassent largement les lycées publics ici au Burkina.
Nouhoun SANOU, Parent d’élève – Burkina Faso
En encadrant le marché de l’enseignement privé, le Burkina Faso pose un acte fort de justice sociale. Le véritable test débutera dès la prochaine rentrée scolaire. Une réforme scrutée de près par toute l’Afrique de l’Ouest, où la privatisation de l’enseignement reste un débat brûlant.



