Burkina Faso : plaidoyer pour un multilatéralisme réformé dans la lutte antiterroriste

Un discours sans concession et un changement de paradigme majeur à l’ONU. Le Burkina Faso a profité du débat général à New York pour porter haut la voix de l’Alliance des États du Sahel. Devant la communauté internationale, Ouagadougou a acté une rupture politique et juridique claire, dénonçant l’impuissance des institutions mondiales face aux défis du continent. Retour sur les temps forts de cette allocution marquante.

À la tribune de la 81ème session de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le ton n’était pas aux concessions diplomatiques. C’est en portant une double casquette que le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, s’est adressé au monde. Mandaté par le chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré, le chef de la diplomatie burkinabè a parlé d’une voix unique : celle du Burkina Faso, mais aussi celle de toute la Confédération des États du Sahel (AES). Au cœur de son message : la crise sécuritaire qui frappe la région. Le ministre a dénoncé ce qu’il qualifie de silence et de double standard de la communauté internationale face à l’hydre terroriste qui ensanglante le Sahel. Une mise au point pour exiger une réévaluation de la lutte globale contre le terrorisme

La Confédération des Etats du Sahel n’est pas confrontée à une simple addition de groupes terroristes isolés. Nous faisons face à une entreprise persistante de déstabilisation, soutenue par des moyens considérables et orientés contre le droit de nos peuples à vivre en paix, à choisir leurs dirigeants, à disposer de leurs ressources et à exercer pleinement leur souveraineté.

Karamoko Jean Marie TRAORE, Ministre des Affaires Étrangères – Burkina Faso

Mais le point d’orgue de cette intervention reste l’affirmation d’une souveraineté totale et décomplexée. Karamoko Jean Marie Traoré a profité de cette tribune mondiale pour officialiser une rupture majeure : le retrait du Burkina Faso du Statut de Rome, marquant ainsi sa séparation définitive avec la Cour pénale internationale (CPI). Devant les 193 États membres, Le Burkina Faso plaide pour une refonte profonde des institutions multilatérales, réclamant notamment une réforme équitable du Conseil de sécurité de l’ONU.

Monsieur le Président, la Confédération AES demeure résolument engagée à œuvrer aux côtés de tous les Etats membres des Nations Unies à l’avènement d’un ordre international plus juste, plus équitable et plus solidaire, fondé sur la dignité des peuples, l’égalité souveraine des Etats, la justice internationale et le règlement pacifique des différends. Mais notre coopération ne sera jamais synonyme de soumission, et notre ouverture ne signifiera jamais l’abandon de nos intérêts vitaux. 

Karamoko Jean Marie TRAORE, Ministre des Affaires Étrangères – Burkina Faso 

Loin de ne présenter que des défis, la diplomatie burkinabè a tenu à changer le narratif occidental. Chiffres à l’appui, le ministre a mis en avant la Révolution progressiste populaire et le plan de relance national, affirmant que plus de 74 % du territoire burkinabè est désormais sous contrôle des forces régulières, permettant le retour progressif  de milliers de déplacés internes. Entre réaffirmation du multilatéralisme de respect mutuel et alliance soudée avec ses voisins du Niger et du Mali, le Burkina Faso plaide pour une Afrique subsaharienne qui exige de choisir elle-même ses partenaires. 

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