Cameroun : 6 millions d’enfants sans droits fondamentaux

Après la Déclaration et le Programme d’action de Pékin de 1995 sur l’autonomisation des femmes,  les défis liés aux droits des femmes et des enfants restent nombreux sur le continent africain. Pour mieux mesurer ces inégalités et guider les politiques publiques, le Cameroun accueille du 6 au 10 juillet 2026 le premier Forum africain sur les statistiques de genre et de l’enfant, placé sous le thème, Statistiques qui comptent : droits, justice et opportunités pour tous.

Trente ans après la Conférence mondiale de Pékin de 1995, l’heure est à l’évaluation des engagements pris en faveur de l’égalité des sexes et de la protection de l’enfance. Réunis à Yaoundé, les représentants des 54 États membres de l’Union africaine entendent renforcer la production de statistiques pour mieux répondre aux défis auxquels sont confrontées les populations les plus vulnérables.

“ Les situations des vulnérabilités sont de plus en plus fréquentes, que ce soit liées à des crises internes ou des crises internationales, que ce soit des crises liées au changement climatique… Tous ces éléments justifient la pertinence de se pencher sur un groupe de populations particulièrement vulnérables. Ce groupe est identifié : ce sont généralement les femmes, mais aussi les enfants, garçons et filles, qui sont les plus impactés par ces différentes crises.“

Joseph TEDOU, Directeur général de l’Institut national de la statistiqueCameroun

Malgré les engagements pris à Beijing à l’occasion de la quatrième conférence mondiale sur les femmes en 1995, les progrès demeurent inégaux. Les données restent insuffisantes dans plusieurs domaines, notamment les violences faites aux femmes et aux enfants, l’accès à la justice, la protection sociale ou encore l’inclusion des groupes les plus vulnérables. Sans statistiques fiables, difficile pour les États de mesurer les avancées, d’identifier les besoins et d’évaluer l’impact des politiques mises en œuvre.

“Les discriminations faites aux femmes et aux filles, issues des normes sociales négatives, si elles ne sont pas mesurées, si elles ne sont pas étudiées, analysées, ne peuvent pas servir de support pour des politiques inclusives. Il est important que les inégalités soient connues, soient mesurées, et qu’elles servent de base à engager des politiques inclusives et des budgets. C’est tout l’enjeu de ce forum : améliorer la collecte, l’analyse et le partage des données.“

Marie Pierre Racky Chaupin, Représentante D’ONU-FEMMES au CamerounSénégal

Au Cameroun, les enfants représentent près de 49 % de la population, soit environ 14,6 millions de personnes. Selon l’UNICEF, près de six millions d’entre eux ne bénéficient pas pleinement de leurs droits fondamentaux. Les données disponibles montrent également que les femmes continuent de faire face à d’importantes inégalités économiques et sociales, justifiant le renforcement des systèmes statistiques.

“L’édition précédente qui avait pour année de base 2023 montrait clairement que les femmes disposaient d’environ 50 % des opportunités socio-économiques par rapport aux hommes. Là où les hommes ont 100 % d’opportunités socio-économiques, les femmes en ont moins de 50 %. Cet événement nous permettra de renforcer la méthode de collecte des données pour mieux orienter les politiques publiques.”

Koffi Marc Kouakou, Statisticien économiste, BADCôte d’Ivoire

Durant cinq jours, les échanges porteront sur les méthodes de collecte, d’analyse et de diffusion des données. Les recommandations attendues devront permettre aux pays africains de disposer d’informations plus fiables pour accélérer la mise en œuvre des engagements de Pékin, de l’Agenda 2030 des Nations unies et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

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