Centrafrique : appel à un soutien financier aux entreprises

La République centrafricaine dispose de ressources naturelles et d’un potentiel économique encore largement inexploité. Pourtant, créer une entreprise, acheminer des marchandises et accroître les investissements publics demeure un défi. Entre les contraintes du secteur privé et la faiblesse des recettes intérieures, une question se pose : comment transformer davantage les ressources du pays en richesse pour sa population ?

En Centrafrique, face à un taux de sous-emploi de près de 62% en 2025, de nombreux jeunes s’orientent vers des activités informelles qui concentrent plus de 90% de jeunes actifs et au moins 80% des entreprises. Pour les entrepreneurs, les difficultés ne se limitent pas à trouver une idée ou un marché. L’accès aux financements et aux partenaires capables de soutenir leurs projets constitue également un obstacle. Une situation qui interroge les mécanismes d’accompagnement du secteur privé, pourtant essentiel à la création d’emplois et à la diversification de l’économie.

“ Généralement, quand on se rapproche de certaines personnalités des autorités pour leur parler de nos projets, c’est difficile qu’elles comprennent notre approche. Quand elles nous voient, elles se disent : ce sont des jeunes qui cherchent simplement de quoi vivre. Pourtant, nous venons vers elles parce que les moyens dont nous disposons pour entreprendre sont insuffisants. Nous sollicitons leur accompagnement pour concrétiser notre vision.  ”

Jonathan Gouy Agré, Coach en entrepreneuriat – Centrafrique

Au-delà du financement, le coût de l’approvisionnement pèse sur la compétitivité des entreprises. Enclavée, la Centrafrique dépend fortement de ses corridors commerciaux pour accéder aux marchés internationaux.

Selon la Banque mondiale, le corridor Douala-Bangui, long de plus de 1 400 kilomètres, assure plus de 80 % du commerce extérieur centrafricain. Les coûts de transport peuvent atteindre 270 dollars la tonne, avec des délais de neuf à douze jours dans des conditions normales. Ces contraintes logistiques ralentissent les échanges et peuvent se répercuter sur les prix.

“Nous, Centrafricains frontaliers du Congo, préférons aller chercher nos produits au Cameroun. C’est un manque de vision. Je rappelle que si vous allez à l’ex-SOCATRAF pour vous renseigner, on vous dira que l’importation par la RDC, via le fleuve Oubangui, est 30 % moins chère. ”

Crépin Mboli-Goumba, Opérateur économique  – Centrafrique

Ces contraintes commerciales s’inscrivent dans une difficulté plus large : la capacité de l’État à mobiliser suffisamment de ressources pour financer les infrastructures et les services publics.

Dans son rapport publié en juillet 2026, la Banque mondiale indique que les recettes intérieures de la Centrafrique restent inférieures à 10 % du produit intérieur brut. Elle souligne également que la masse salariale absorbe jusqu’à 73 % des ressources publiques, ce qui limite les marges disponibles pour l’investissement. 

“ Les revenus de l’État aujourd’hui se limitent beaucoup plus aux recettes fiscales et douanières. Cela ne permet pas véritablement à l’État centrafricain de disposer de revenus suffisants pour financer son développement. La seule possibilité qui lui reste est de recourir aux financements extérieurs.  ”

Dida Sabone, Économiste – Centrafrique

L’enjeu dépasse donc la seule exploitation des ressources naturelles. Il consiste à développer la production locale, à améliorer la compétitivité des entreprises et à accroître les recettes publiques. Autant de leviers pour réduire progressivement la dépendance aux financements extérieurs et donner à la Centrafrique davantage de moyens pour financer son propre développement.

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