Face à la hausse du coût de la vie en Centrafrique, la restauration de rue s’impose comme une solution pour de nombreux ménages. Mais entre baisse de la clientèle et flambée des prix des denrées, le secteur traverse une période difficile.
Sur un trottoir de Bangui, une station de taxi-moto à Berbérati, un marché de Bouar ou une avenue de Bambari, le décor est le même répète : des stands improvisés, des fritures qui crépitent, des marinades qui fument, des mains rapides qui répètent le même geste technique et files d’attente animées où l’impatience se mêle à la bonne humeur. En République centrafricaine, la street food s’impose comme un véritable phénomène social et économique, nourrissant les habitants tout en racontant le quotidien des villes. Poisson, poulet ou encore yabanda, spécialité locale très prisée, attirent chaque jour une clientèle en quête de repas rapides et abordables, vendus entre 500 et 1 500 francs CFA, quand les restaurants classiques proposent des menus généralement compris entre 4 000 et 10 000 francs CFA. Pour des milliers d’élèves, d’étudiants et de travailleurs, ces repas constituent souvent l’option la plus accessible, dans un pays où l’agriculture représente plus de la moitié du PIB (53%).
“ Comme vous pouvez le constater, nous proposons ici du poisson, du poulet ainsi que des spécialités locales comme le yabanda. Mais depuis la fin des cours, les choses ne sont plus comme avant. Une grande partie de notre clientèle était composée d’élèves et d’étudiants. Aujourd’hui, les ventes ont considérablement baissé. Parfois, même lorsque nous réalisons 1 000 francs CFA de recettes dans la journée, cela ne suffit pas à rémunérer nos assistantes. Pourtant, nous laissons nos enfants à la maison pour venir travailler. À la fin du mois, il faut tout de même payer les factures et faire vivre la famille. ”
Marie Korinne, Restauratrice – Centrafrique
Dans un pays où, plus de 80% des entreprises évoluent dans l’informel et 70 % des Centrafricains vivant sous le seuil de pauvreté, la restauration de rue joue un rôle économique majeur. Mais avec les vacances scolaires et universitaires, plusieurs vendeurs enregistrent une baisse de leur clientèle, alors même que le coût des denrées alimentaires continue d’augmenter.
“ Je suis ouvrier dans le bâtiment et je quitte la maison très tôt chaque matin pour rejoindre le chantier. Mon travail demande beaucoup d’efforts physiques, j’ai donc besoin d’énergie pour tenir toute la journée. Faute de temps, je ne peux pas toujours attendre les repas préparés à la maison. C’est pourquoi je viens souvent manger dans ce genre d’endroit avant de commencer ma journée. Les prix sont abordables. En revanche, j’encourage les vendeuses à mettre davantage l’accent sur l’hygiène, car si les clients tombent malades, elles risquent de perdre leur clientèle. ”
Simplice Dieu Donné, ouvrier du bâtiment – Centrafrique
À l’autre extrémité du marché, certains entrepreneurs misent sur une offre plus diversifiée. Attiéké ivoirien, ndolé camerounais, fufu congolais ou encore spécialités centrafricaines séduisent aussi bien les nationaux que les ressortissants étrangers installés dans le pays. Une clientèle prête à payer davantage pour retrouver les saveurs de son pays d’origine.
“ Ce n’est pas facile, mais nous essayons de nous adapter. Pour moi, la restauration est avant tout une passion. Cette passion m’a permis de me spécialiser dans plusieurs cuisines africaines. Aujourd’hui, je propose notamment des plats ivoiriens, camerounais ou congolais. Mais en Centrafrique, il manque encore de nombreux ingrédients indispensables à certaines recettes. Nous sommes donc souvent obligés de les faire venir de leurs pays d’origine afin de garantir l’authenticité des saveurs et satisfaire notre clientèle.”
Joyce Ngakali Etong, Restauratrice – Centrafrique
Selon l’Organisation internationale du Travail, l’économie informelle représente plus de 80 % des emplois en Afrique subsaharienne. En Centrafrique, de la vendeuse de rue à la restauratrice spécialisée, la gastronomie apparaît aujourd’hui comme un véritable levier économique et une source de revenus pour des milliers de familles.



