FACE À L’AFRIQUE – Louise MUSHIKIWABO, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie – Rwanda : « Mon premier mandat a été consacré aux réformes et aux changements nécessaires. »

À quelques semaines du 20ème Sommet de la Francophonie, qui se tiendra du 14 au 16 novembre 2026 au Cambodge, Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, se confie dans une édition exceptionnelle de Face à l’Afrique. Élue en 2018 et candidate à un troisième mandat, elle revient sur son bilan, les enjeux de la Francophonie et les perspectives de cette organisation au cœur des dynamiques africaines et internationales.

Je suis Régine Gwladys Lebouda grand reporter, je représente ici le Groupe AFRICA24 la première chaîne africaine mondiale de l’information dédiée au continent. 

Je suis Eric Le Golfe  Kouatchou. grand reporter pour AFRIQUE MEDIA.

Je suis Rodrigue Tongue, directeur d’information CANAL 2 Internationale pionnière de la télévision privée au Cameroun. 

Rodrigue Tongue: Bienvenue Madame la Secrétaire Générale de la Francophonie 

Louise Mushikiwabo: Merci beaucoup! 

Régine Gwladys Lebouda: Louise Mushikiwabo, bonjour 

Louise Mushikiwabo: Bonjour!  

Régine Gwladys Lebouda: Vous êtes donc a la tête de l’Organisation Internationale de la  Francophonie qui rassemble aujourd’hui 80 États et Gouvernement sur les 5 continents. Élue une première fois en 2018 puis reconduite en 2022. Vous êtes à la conquête d’un troisième mandat dans un contexte inédit puisque pour la première fois un vote déterminera  le visage, l’identité du prochain dirigeant de l’OIF. 

Eric Le Golfe Kouatchou: Et cette fois le scrutin ouvre une compétition à quatre, le choix reviendra au 53 chefs d’Etats et de Gouvernement membre de plein droits qui se réuniront au    Cambodge le 16 novembre prochain à l’occasion du 20e  Sommet de la Francophonie. 

Rodrigue Tongue: Pendant cet entretien Madame la Secrétaire Générale nous allons revenir sur votre exercice à la tête de l’OIF. Pendant 8 années les transformations engagées, les résultats obtenus mais aussi les interrogations qui traversent aujourd’hui l’espace francophone. Madame la Secrétaire Générale merci d’avoir accepté notre invitation et merci de vous confronter à nos questions et à celles de nos téléspectateurs par million et dans cette édition de FACE A L’AFRIQUE nous comptons que vous nous disiez tout sur la Francophonie et le mandat. Bienvenue encore. 

Louise Mushikiwabo: Merci beaucoup! Merci à vous! 

Régine Gwladys Lebouda: Pour débuter cet entretien nous allons peut-être compter les questions de bilan, 8 ans est le temps d’une empreinte particulière de votre identité  et donc l’OIF est passé à une programmation structurée autour de trois priorités  la langue, la démocratie, la gouvernance et le développement durable. A mi-parcours de la programmation de l’année 2024 – 2027 l’organisation indique 1,7 million des Francophones qui ont bénéficié directement ou indirectement de ces actions. Donc, Madame Louise Mushikiwabo a votre avis qu’est-ce qui a le plus profondément changé à l’OIF depuis votre arrivée et quel résultat va permettre aujourd’hui de mesurer cette transformation? 

Louise Mushikiwabo: Je le dis depuis mon arrivée à la tête de l’OIF, depuis ma campagne en 2018, pour le poste de Secrétaire Générale à la Francophonie cette organisation as et garde un potentiel énorme dans ce qu’elle peut faire, dans ce qu’elle peut apporter aux populations Francophone. Effectivement, mon premier mandat a été un mandat dédié aux réformes, aux changements qui s’imposent. Après 50 ans les Chefs d’Etats et les gouvernements de la Francophonie ont voulu repenser et moderniser l’organisation. Si je devais choisir de toutes les réformes engagées depuis 2019, je dirais que la plus significative  est le resserrement des activités de l’OIF. En 2019, a mon arrivée à la tête de l’organisation j’ai fait faire un bilan de santé de l’organisation avec une Firme professionnel KPMG pour comprendre la ou en priorité l’on devrait en réalité engager ces réformes la. Vous savez  c’est assez compliquer pour toutes les organisation multilaterals, parce que l’on est tributaire de la volonté des Etats  et quand vous avez une cinquantaine des Etats qui sont membres de plein droits votant plus une trentaine de pays associé observateurs, il ya beaucoup des bonnes idées et choisir les meilleurs idées qui s’agit des idées qui vont réellement impacter les cibles de notre organisation a savoir les populations surtout les jeunes et les femmes constitue notre boussole en terme d’activité c’est pas évident. Donc pour moi nous avons structurer les activités qui etait regroupés dans 40 projets pour arrives à 15, même la l’on aurait puis resserrer un peu et je dis que c’est significatif parce qu’ elle a permis à notre organisation de voir plus claire sur les résultats immédiate directe sur les populations surtout sur la jeunesse. Ce n’est pas une chose facile parce que chaque fois que l’on apporte des changements, il y a quelques perdants. Et quand on perd, on est mécontent. Et donc ça, c’était une belle expérience pour moi qui a mon arrivée faisait partie de l’équipe de réforme de l’Union Africaine, je savais à quoi m’attendre. Mais reformer ne veut pas dire bousculer les choses non plus, donc cet équilibre entre améliorer, toiletter certains aspects de l’organisation, resserrer veut dire aussi changer l’organigramme de l’organisation parce qu’il faut travailler sur les ressources humaines également. C’est un exercice qui était vraiment nécessaire mais elle était loin d’être simple.  

Eric Le Golfe Kouatchou: Alors ces transformations engagées depuis 2019 ont concerné la gouvernance, les méthodes de gestion, la programmation et la recherche des résultats plus mesurables. l’Organisation Internationale de la Francophonie affirme aujourd’hui vouloir passer de la logique d’activité à une logique beaucoup plus fondée sur l’impact. Toute a l’heure Madame la Secrétaire Générale vous nous avez parlé des réformes et des difficultés à mener ces réformes. Quelle a été la réforme la plus difficile a conduire mais aussi celle considérer comme la plus déterminante pour rendre  la transformation de l’OIF durable? 

Louise Mushikiwabo: La partie la plus difficile des réformes engagées à l’OIF je dirais c’est le changement de mentalité comme j’ai pour habitude de dire à mes collaborateurs de ne pas faire des fonctionnaires internationaux. Il y a certaines pratiques et un certain confort qui s’installent quand l’on est dans une activité pendant 5 – 10 ans qui fait que l’on ne prend pas le recule pour évaluer ce que l’on a fait pour éventuellement ajuster, changer ou abandonner certaines activités. Pour moi c’est la partie la plus difficile même pour d’autres organisations que je connais, le fait de penser résultat au lieu de penser budget et activité l’on ne se rend pas compte à quel point que  quand l’on est dans une organisation comme celle ci l’on oubli le terrain. Par exemple ici à l’OIF l’on a beaucoup de très belles activités à savoir la formation des jeunes au métier du numérique, que ce soit le fond la Francophonie Avec Elle qui vient en soutien aux femmes en situation de précarité. Ce que l’on suit  ici a Paris a Avenue Bosquet, mais la continuité sur le terrain, et que l’on peut mesurer, récolter de ce travail n’est pas toujours évident et donc pour moi la partie la plus complex  qui prend du temps est d’être assise dans son bureau  à Paris et ne pas oublier de dire ce que je suis entrain de faire ne doit pas juste apparaître dans un rapport dans une note à la Secrétaire Générale. Mais c’est une activité qui doit même modestement changer la vie des bénéficiés pour moi, est-ce que c’est surtout ça? 

Rodrigue Tongue: Madame la Secrétaire Générale nous allons revisiter ces rapports la, nous allons dresser un petit tableau pour voir ce qui a été fait en terme de projet entre 2020 et 2025, la Francophonie a notamment soutenu 354 projets dans 36 pays pour 99 290 femmes bénéficier avec 20 million d’euros de subvention, c’est ce que vous revendiquer. Si vous deviez retenir une seule réussite parmi les plus emblématiques de vos deux mandats, laquelle choisiriez- vous et est-ce qu’il ya eut les situation ou vous avez eu l’impression d’être encore loin du coche?  Est-ce qu’il y a encore des zones ou l’OIF doit aller encore plus loin? 

Louise Mushikiwabo: Alors c’est pas juste de me demander de choisir une seule initiative qui aurait eu un réel impact. Il y’en a quelques unes qui sont peut être symboliques de cette OIF rénové. Pour moi ce fond la Francophonie Avec Elle est une des réalisation donc je suis tres fiere d’abord parce que la création de ce fond est venue avec l’urgence de la pandémie ou l’on c’est dire l’on doit faire quelque chose au delà des activités de disponibilisation des contenues educatif l’on a fait tout ca, l’on a regroupé beaucoup des jeunes de l’espace francophone qui ont créer, innover, inventer les applications  qui vient en soutien au système sanitaire qui sont dans la livraison de la nourriture, qui aide à fabriquer les masques en début de pandémie. Mais l’on s’est dit surtout avec le confinement il ya des francophones, c’est n’es pas particulier à l’espace des francophones c’est celui qui nous concerne le plus. L’on a remarqué que les femmes à travers l’espace francophone surtout en Afrique ou nous avons la majorité de nos activités de coopérations le confinement venait avec une très grande difficulté  à savoir ne pas être capable de se nourrir, par exemple. Parce qu’il y a beaucoup de ménages, beaucoup de familles. Quand on ne sort pas pour aller vendre des denrées au marché, on n’arrive pas à s’en sortir. Et donc on s’est dit, j’ai proposé à mes collaborateurs qu’on évalue ce qu’on dépense dans les voyages, dans les conférences, dans les ateliers. Et on s’est dit, on va commencer un fonds et on va essayer de sélectionner sur appel à candidature à travers le monde francophone, avec une particularité pour le Liban et Haïti, qui étaient nos pays en grande, grande difficulté. Et nous allons venir en soutien économique aux ménages et aux femmes qui sont surtout regroupées dans des associations. Et nous avons mis en place un fonds d’à peu près 3 millions d’euros. Les besoins sont immenses. Donc 3 millions d’euros, ce n’est pas grand-chose. Mais on peut faire beaucoup avec 3 millions d’euros. Et je parle du fonds surtout parce que même la méthode de la mise en place du fonds a été nouvelle, parce que l’OIF avance là. 

Rodrigue Tongue: Sous les économies de fonctionnement. 

Louise Mushikiwabo: Sous les économies de fonctionnement, mais aussi dans la rapidité de décision. J’ai demandé, convoqué les ministres, on travaillait en ligne à l’époque. J’ai convoqué une réunion des ministres et je leur ai demandé l’autorisation de créer ce fonds et de pouvoir très rapidement acheminer l’aide financière aux femmes dans un processus de sélection. Donc on a mis en place les structures de sélection, un conseil de gouvernance que je préside. Le confinement a commencé au mois de mars 2020. Au mois de juin, on était déjà en pleine discussion. Et avant la fin de l’année, autour de novembre-décembre 2020, on était déjà dans le décaissement des fonds pour les  différents projets. C’était inédit pour moi et j’en suis d’autant plus fière que j’ai pu me rendre dans différents pays et voir comment ce fonds fonctionne, aller à la rencontre de ces femmes. J’en suis vraiment très très fière. Alors on a pu, grâce aux bons résultats du fonds. Je suis revenue vers les structures dont les décisions de la secrétaire générale dépendent au niveau du conseil permanent et des ministres et j’ai demandé à ce qu’on pérennise ce fonds. Que ce ne soit pas une action d’urgence pendant la période Covid, mais qu’elle puisse faire aujourd’hui le fond de la Francophonie Avec Elle fait partie de la programmation régulière annuelle de l’OIF. Il n’y a pas que le fonds, mais vous savez, c’est le plus emblématique parce que quand on reste dans les procédures classiques, parfois on se prive de bons résultats et je peux vous dire que quand on va à rencontre des bénéficiaires de ce fonds, aujourd’hui on a beaucoup misé sur l’Afrique et avec beaucoup d’intérêt, mais aujourd’hui nous sommes en Asie, nous sommes au Moyen-Orient dans nos pays membres et c’est une action qui me réjouit et qui m’a fait comprendre, je savais déjà, mais qui m’a confirmé que parfois il faut sortir des sentiers battus, il faut prendre des risques même, parce que c’était un risque qu’on prenait à l’époque et finalement ça a été très très bénéfique.

Rodrigue Tongue: Et sur quel point vous souhaitez aller plus loin ? 

Louise Mushikiwabo: Alors les points où j’aimerais aller plus loin, évidemment la recherche des fonds privés, parce qu’on a tellement de belles activités qui ont un impact réel sur la vie des citoyens, mais on ne fait pas assez. Pour moi, j’allais dire que c’est ma frustration, aujourd’hui le fonds dont je vous parlais a bénéficié à 100 000 femmes, disons, depuis sa création et moi j’aimerais bien que ce soit au moins un million au lieu de 100 000 parce que ça marche bien. Il nous faut vraiment rebudgétiser l’organisation et amener des fonds plus conséquents sur des activités qui marchent bien. Tenez la formation par exemple des jeunes au métier du numérique, nous avons formé autour de 21 000 jeunes aujourd’hui, mais je suis frustrée de ne pas pouvoir faire plus parce qu’on est limité par nos budgets et j’ai donc approché la Banque Africaine de Développement qui est maintenant associée à l’OIF. Nous allons passer en premier temps de 20 000, disons, jeunes formés, dont 40 et quelques jeunes filles, à 100 000 pour commencer. On peut aller plus loin.Et donc pour moi, ce qui reste à faire, c’est de faire plus avec ce qui marche bien et on a plusieurs initiatives comme ça. 

Régine Gwladys Lebouda: C’est intéressant que vous soulignez justement au fond la Francophonie Avec Elle comme l’une de vos réussites les plus marquantes. Quand on sait que vous êtes la première femme africaine à tenir l’Organisation Intentionnelle de la Francophonie, je veux supposer qu’il y a derrière une vraie vision pour la place des femmes au sein de l’espace francophone, des femmes et des jeunes qui sont  évidemment les deux axes importants de l’OIF. Qu’est-ce qui pour vous est à accentuer dans cette politique-là de promotion de la parité hommes-femmes au sein de l’espace et aussi dans nos pays africains ?

Louise Mushikiwabo: Le sujet de l’égalité femmes-hommes est un sujet qui m’occupe et me préoccupe depuis longtemps. J’ai la conscience de ce que la femme apporte à la société.  J’ai des preuves tangibles pour avoir circulé dans le monde et sur le continent africain en particulier. Et je pense qu’on ne mesure pas assez l’apport de la femme, pas juste pour s’occuper des enfants, organiser les ménages. La femme est un acteur économique très important. D’ailleurs, ici à l’OIF, nous avons fait faire une étude sur le travail invisible des femmes. C’est la suggestion pour l’année 2027, pour la journée de la femme, de mettre en lumière le travail qui n’est pas comptabilisé de la femme. Et donc pour moi, c’est un sujet capital. Et puisqu’on est une organisation qui est tournée vers les peuples francophones, les femmes étant majoritaires dans la majorité de nos pays, il n’était pas possible de ne pas focaliser notre action sur les femmes. Et quand je suis arrivée en 2019,  le sommet où j’ai été sélectionnée à Erevan, dans ses conclusions, avait voulu une mise en place rapide d’une direction d’une unité égalité femmes-hommes. C’était parmi mes premières réalisations ici à l’OIF, avec une stratégie qui était le fruit de discussions au niveau des instances de notre organisation. Cette unité a été mise en place très rapidement en 2019. Mais là aussi, je reviens à ce que je disais tout à l’heure par rapport à la focalisation. Moi, j’ai voulu qu’on reste… Il y a beaucoup de choses à faire pour l’avancement de la femme et l’égalité femmes-hommes. J’ai voulu qu’on se focalise sur l’éducation des filles et l’autonomisation économique des femmes. J’étais convaincue… Il y a bien d’autres sujets de grande importance. La lutte contre les violences, les femmes et la santé, la parité dans l’éducation, la justice dans les salaires. Il y a beaucoup de sujets. Mais je suis convaincue qu’une femme éduquée et une femme qui ne doit pas mendier est capable de mener tous ces autres combats aussi. Pour moi, ces deux actions ont guidé l’activité de l’OIF en ce qui concerne l’égalité femmes-hommes. Et donc le fond, la Francophonie Avec Elle, c’est un fonds évidemment qui soutient la vie économique des femmes. Mais derrière cette autonomie économique, financière, il y a aussi un soutien aux communautés. Parce que vous savez, la femme ne se limite pas à son ménage. Elle contribue à sa famille élargie, à sa communauté. Elle s’édifie aussi elle-même. Il y a aussi un aspect très important qui est le fait de donner aux femmes un peu plus de dignité. Parce que vous savez, la pauvreté, c’est quand même quelque chose. Quand on est très pauvre, on n’a pas le luxe d’avoir la dignité. Et donc pour moi, c’était stratégique parce que ça impacte plusieurs aspects de la vie des femmes.

Régine Gwladys Lebouda: Justement, vous êtes une femme au cœur de plusieurs challenges. Ça nous amène au deuxième gros dossier de l’OIF qui est celui de la démocratie et de la gouvernance. Mme Louise Mushikiwabo, l’espace francophone, vous le savez, a été fortement marquée par des crises politiques et des coups d’État. En 2025, petit séisme ou gros séisme, vous nous diriez. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont quitté l’OIF, une première dans l’histoire de l’organisation. Et dans le même temps, l’OIF continue d’accompagner les processus électoraux et les transitions de plusieurs États. Dans ce contexte, quel est le rôle politique que l’organisation que vous dirigez peut encore réellement jouer dans les crises ? Et où est-ce que vous placez la limite entre la défense de ses principes, le dialogue et surtout le respect de la souveraineté des États ?

Louise Mushikiwabo: Ce n’est pas une question simple. Je suis femme politique, donc le sujet n’est pas nouveau pour moi. Je pense que les organisations multilatérales, intergouvernementales peuvent apporter une contribution à la résolution des crises, à la stabilité de nos États, mais il ne faut pas surestimer le rôle de ces organisations non plus.  Parce que vous savez, pour gérer les crises, pour contribuer à apaiser nos pays, nos sociétés, l’ingrédient le plus important, c’est la volonté politique des dirigeants. Sans ça, et on voit ce qui se passe dans plusieurs crises aujourd’hui, on avance mais on n’arrive pas vraiment à résoudre les problèmes. Et donc, je voudrais tout simplement dire qu’il ne faut pas penser qu’une organisation telle que l’OIF, qui apporte sa contribution, qui travaille beaucoup dans le domaine politique, est l’entité qui va enrayer les tensions et apporter des solutions. Il y a certainement une contribution, mais modeste, mais on est limité par la volonté des États. Vous savez, quand on est face à des décisions qu’on ne contrôle pas, ce n’est pas facile d’impulser un changement positif. Effectivement, nous avons trois pays qui, à mon grand regret, ont quitté notre organisation. J’espère que c’est temporaire. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, je pense que c’est de notoriété publique. Ces États ont quitté l’organisation, pas à cause de l’OIF, mais c’est un résultat de géopolitique très turbulente. Ce que j’ai beaucoup regretté, c’est que c’est quand même des pays importants pour notre organisation. Le Niger est un pays fondateur de cette organisation. La Francophonie Institutionnelle est née sur les bords du fleuve Niger, avec le président Amani Diori, qui est parmi les fondateurs. Le Mali, notre texte politique majeur qui guide notre action, qui a été voté par nos États, s’appelle la Déclaration de Bamako. C’est triste quand un pays quitte une organisation, moi qui dirige l’organisation, mais surtout pour ces pays-là. C’est aussi difficile parce que nous sommes une organisation qui, en premier lieu, s’occupe des peuples. La Francophonie a été fondée par des hommes très éclairés, trois Africains et un Asiatique, qui voulaient qu’on se mette ensemble dans un élan de coopération et qu’on apporte quelque chose, qu’on échange entre nous. Qu’on ait une coopération à travers les cinq continents et qu’on rassemble les peuples. Le mot solidarité fait partie de l’ADN de notre organisation. Et donc pour nous, beaucoup d’activités qui étaient en cours quand ces États ont quitté l’organisation, c’est devenu très difficile. Parce que je vous donne un exemple. Au Niger, nous avions une très belle activité qui était liée à l’État civil, où nos agents, nos consultants se rendaient dans les villages et travaillaient avec les autorités locales pour d’abord mobiliser les citoyens, expliquer, apporter des connaissances techniques. Pour justement s’assurer que les citoyens sont bien identifiés et ont leurs actes d’État civil. C’était un de nos meilleurs projets dans la région. Je crois qu’on avait impacté à peu près une soixantaine de villages au nord du Niger. On ne peut pas travailler sur un aspect comme ça sans les autorités. La même chose pour l’éducation d’ailleurs. On est obligé de travailler avec les autorités du pays. Et donc ça a impacté nos activités. Ce que j’ai pensé nécessaire à l’époque, c’était de ne pas laisser en cours les projets qui étaient déjà commencés. Donc j’ai voulu qu’on aille au moins jusqu’au bout. Et donc j’ai écrit au chef d’État, en leur demandant l’autorisation de nous laisser terminer les projets qui étaient en cours. Et heureusement, il n’y a pas eu d’opposition à cela. Mais cela est encore plus compliqué, encore une fois l’on a la volonté, mais l’on est limité. 

Eric Le Golfe Kouatchou: L’OIF réunit aujourd’hui 80 États et Gouvernement sur le 5 continents et représente 396 millions de francophones, mais l’organisation reste parfois perçue comme un espace ou les moyens financiers viennent principalement du Nord tandis que les besoins du Sud. Madame la Secrétaire Générale, cette lecture Nord -Sud correspond t-elle à la réalité? Comment faire de votre organisation un espace de responsabilité, d’intérêt et du bénéfice réellement partagé? 

Louise Mushikiwabo: C’est n’est pas faux de dire que les pays du Nord, je généralise les pays du Nord sont les pays bailleurs plus grand contributeur financier à l’organisation pour les activités qui sont conduite surtout au Sud mais c’est un peu normal parce que les contributions de nos Etats sont calculer sur les economies de nos pays et c’est une évidence que les pays du Nord du point de vue économique sont beaucoup plus avancées dans leurs contribution sont beaucoup plus élevé, mais une chose a lequel je tenais et je tien fortement ce de ne pas voir l’organisation en terme de Nord et Sud. Et je l’ai dis depuis mon arrivée à la tête de l’OIF que tous les États membres compte pour moi, l’on est en espace avec des grandes puissances, des pouvoir nucléaire les membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, au pays intermédiaire avec des revenues moindre mais qui ont aussi une contribution à apporter au tout petits Etats insulaire, par exemple les États de l’Océan Indien. C’est un équilibre qu’il faut trouver, les pays du Nord sont évidemment les plus grands contributeurs mais deux choses d’abord les pays du Sud ont aussi quelque chose à apporter. Par exemple, les pays du Sud sont un très bon marché pour d’autres pays, vous connaissez  l’Asie du Sud-Est par exemple nos pays membres le Vietnam, le Cambodge, le Laos. C’est par exemple vous savez les pays qui veulent faire du commerce avec l’Afrique francophone. Les membres de notre organisation tel que le Canada et le Québec cherchent à nouer des relations avec le reste du monde francophone. Il y a cet apport là, il y a toute l’énergie de la jeunesse des pays du Sud. Il y a du talent, il y a beaucoup de talent donc chacun apporte sa part. Je disais que c’est pas faux mais il n’y a pas que le pays du Nord qui sont les bailleurs et les pays du Sud qui reçoivent, il y a cette échange il y a partager entre le Nord et le Sud, ce qui est important c’est de considérer tous les Etats comme ayant les même droits  obéissant aux même règles et de ne pas appliquer certains règles en faveurs des pays qui sont les plus grands contributeurs beaucoup moins pour les pays qui sont les pays qui reçoivent. J’étais Ministre des Affaires Etrangères pendant une dizaine d’années. C’est une dichotomie que je comprends bien, mais je crois que tous les pays sont différents du point de vue financier, technologique, social, culturel. La beauté d’une organisation comme la nôtre, c’est de trouver un bon équilibre dans tout ça. Quand on peut apporter quelque chose, étant un pays du Sud, c’est une très très bonne chose. Et quand on peut contribuer, mais pas que financièrement, en étant un pays du Nord, c’est aussi une bonne chose. Ce n’est pas facile d’atteindre cet équilibre parce qu’il y a des pratiques, il y a des manières de concevoir le monde, mais pour moi ce n’est pas que pays du Nord et pays du Sud, c’est cette rencontre entre le Nord et le Sud où, d’une manière ou d’une autre, chacun y trouve son compte.

Rodrigue Tongue: Je voudrais convoquer cette statistique au Bénin. Un accord à lui seul représentait 30 millions d’euros sur la période 2022 jusqu’à nos jours. Alors que globalement, les projets générés, 22 000 entreprises notamment, vous avez suscité, les projets ont généré 45 millions d’euros de chiffre d’affaires. Alors, je voudrais vous poser cette question Madame la Secrétaire Générale, comment passer maintenant des missions économiques, des rendez-vous B2B à des investissements durables pour mettre en place la chaîne de valeur africaine ? Puisqu’on parle de l’Afrique, nous avons constaté que l’Afrique profite quand même des retombées des projets montés par l’OIF. 

Louise Mushikiwabo: Ce qu’il faut faire, c’est de faire comprendre à tout le monde qu’il y a des qu’il y a des opportunités d’investissement. Je dis souvent que les Africains eux-mêmes ne se connaissent pas. Moi, je viens de l’Afrique de l’Est. J’ai découvert l’Afrique de l’Ouest par exemple, étant étudiante aux Etats-Unis d’Amérique parce que j’ai rencontré, j’étais dans les clubs d’étudiants africains. Je me rends compte à quel point, même entre voisins, on ne se connaît pas. Donc on n’est pas sûr de pouvoir investir dans un pays qu’on ne connaît pas. Et dans nos missions économique et commerciales telle que celle qui a eu lieu au Bénin l’année

dernière. J’étais là. Les acteurs économiques se découvrent et c’est un rôle très important que I’OIF joue et peut continuer à jouer, d’être la passerelle entre acteurs économiques de différentes régions de l’espace francophone, d’être aussi accompagnateur. Parce qu’il y en a qui qui n’osent pas, parce qu’ils ne savent pas comment fonctionner dans un pays éloigné du leur et c’est mission économique. Effectivement, au Bénin, nous avions un grand grand nombre d’acteurs économiques, d’investisseurs, de personnes qui cherchaient à faire des affaires au Bénin ou avec les acteurs béninois. Mais moi qui connais l’Afrique, ça m’a frappé parce qu’ on s’est rendu compte que par exemple, des acteurs économiques de chez moi du Rwanda ne savaient pas les opportunités qu’il y avait au Bénin par exemple. Et donc ce rôle là est important. Un bon investisseur va d’abord essayer de comprendre les codes du pays, les codes économiques, les avantages. Donc, ce qui est vraiment important, et c’est un rôle que I’OIF peut continuer à jouer, c’est d’introduire les acteurs économiques francophones dans différentes régions de l’espace francophone. Dans une dizaine de jours, nous serons à Djibouti

avec la même formule de mission économique commerciale. Nous allons parler du transport maritime. C’est un aspect important aujourd’hui, vu ce qui se passe dans le transport international. Mais nous avons à ce jour à peu près 200 entreprises qui seront à Djibouti les 6 et 7 octobre. C’est à la fois une découverte, mais c’est aussi une grande opportunité d’affaires et je dois dire aussi que la Francophonie économique a connu un essor important. Moi, ça m’intéresse aussi de pouvoir aller vers les acteurs économiques, le secteur privé. Il n’y a pas que, il n’y a pas que les gouvernementaux et les fonctionnaires tel que nous autres dans les organisations internationales. Si on peut élargir notre action sur le domaine économique, les retombées sont réelles. Et j’ai insisté auprès de mes collaborateurs de la Direction économique et financière de s’assurer que chaque fois qu’on organise ces missions économiques, ce n’est pas juste une caravane. Il y a des contrats signés et donc, à chaque rencontre, nous nous assurons d’abord d’impulser des relations économiques entre acteurs qui ne se connaissent pas. Ça ne se passe pas tout de suite pendant l’émission, mais pendant les missions. On s’assure chaque fois qu’il y a au moins quelques contrats qui sont directement signés, que ce soit au Bénin. Le projet que vous mentionnez, qui est de 30 millions d’euros, si je me rappelle bien, c’était un acteur, une société belge qui, qui, qui a donc approché des acteurs béninois dans le traitement et l’exportation de la viande. Quand on était au Vietnam, on a fait à la fois Ho Chi Minh et Hanoï. En 2023, c’était l’acquisition des équipements agricoles d’acteurs de l’Afrique de l’Ouest en Asie du sud-est. Et ça, c’est vraiment un rôle très important. Les grandes multinationales n’ont pas besoin de I’OIF, ils savent comment s’introduire. Mais notre rôle est surtout au niveau des petites et moyennes entreprises. Je le dis chaque fois, vous avez vos ambassades, vous avez des entrées différentes, mais vous en avez aussi I’OIF. Nous avons même parfois directement été acteurs de négociation entre eux, entre acteurs économiques ou acteurs économiques et nos États. Nous avons la capacité et les entrées à la fois dans le secteur privé et dans le secteur public. Et ça aussi, la Francophonie économique qui avance avec une grande alliance des patronats francophones avec la Fédération Francophone des Affaires et avec des particuliers qui sont dans le monde économique. C’est une richesse, à mon avis encore inexploitée.

Rodrigue Tongue: Je vous souhaite une belle moisson à Djibouti. Aussi, signalons que cet entretien  enregistré le 29 septembre et donc Djibouti, c’est quelques jours après. Donc vous êtes le 6 octobre. Je voudrais vous entraîner, Madame la Secrétaire Générale, dans les questions de priorité d’une Francophonie utile. Parmi celles-ci, nous avons pu noter, en consultant vos rapports, évidemment, que I’OIF cible directement les jeunes de 18 à 35 ans, avec le fameux Déclic qui vous est cher, des formations de 4 à 9 mois dans les métiers du numérique et un accompagnement vers l’insertion professionnelle. Le programme est désormais entré dans une phase de passage à l’échelle. Alors Madame la Secrétaire Général, pour un jeune Africain qui cherche aujourd’hui un emploi et ou qui veut en créer. Quelle est la différence entre l’eau que I’OIF propose entre sa vie et celle de d’entrepreneur ou de bénéficiaire d’un emploi ? Comment pousser les jeunes aujourd’hui à quitter des logiques d’emploi, puis des logiques entrepreneuriales ?

Louise Mushikiwabo: Alors moi, j’ai nos équipes, on se rencontre régulièrement et ce qui m’a beaucoup réjoui, c’est que parmi les jeunes formés par ce Programme Déclic, il y en a qui ont créé leur propre petit business et qui sont aujourd’hui employeurs. On est d’ailleurs en train de les répertorier pour partager l’information. Je dois dire, je pense l’avoir mentionné, ma frustration, c’est de ne pas pouvoir faire plus. Il y a un tel engouement de la jeunesse sur tout ce qui est numérique. Et maintenant, avec les intelligences artificielles qu’on doit vraiment profiter de cette volonté de s’en sortir. La jeunesse francophone, qui n’est pas une jeunesse mendiante, c’est une jeunesse qui veut qu’on les aide un petit peu, qu’on les oriente ou qu’on les forme en petits métiers eux même et qui sont prêts à travailler. Mais ça, je l’ai vu

à travers ce programme. Mais je suis africaine, je connais la réalité des jeunes sur le continent. Notre organisation a d’abord, avec le Programme Déclic, on voit sur le terrain, à travers nos différentes représentations, nous en avons treize dans le monde et à travers nos réseaux. Nous avons aussi un grand nombre de réseaux affiliés à la Francophonie et nous nous lançons des appels pour les jeunes sur différentes, sur différentes formations liées au numérique. Et il y a un processus de sélection. Mais avant cela, nous nous sommes aussi assurés de comprendre les besoins de différents marchés dans différentes régions. Nous privilégions aussi des formateurs locaux parce que, vous le savez bien, dans ce domaine là, I’Afrique est très avancée avec des petites boîtes qui font des formations très ciblées et le résultat est incroyable. Est ce que c’est assez ? Non, ce n’est pas assez. Mais cette culture de de survie et même de prospérité, c’est une culture qui est là, mais qui a besoin d’être poussée,

qui a besoin d’être encadrée. Et c’est ce qu’on voit avec les jeunes qui, qui sont intéressés par ce programme des. Je vous ai mentionné tout à l’heure que nous, nous avons. J’ai signé avec le président de la Banque Africaine il y a trois mois. Je pense, un accord pour une collaboration sur ce programme précis pour qu’on puisse impacter plus de jeunes, donc passer de 21 mille  à 100 mille pour la première année, mais certainement beaucoup plus par après. La jeunesse est un vrai sujet pour le continent, pour le continent africain, C’est un vrai sujet parce que c’est une réalité démographique et économique et je peux apporter beaucoup si on s’en occupe comme il faut. Mais les besoins sont énormes, les besoins sont énormes. La population africaine est très jeune, très très jeune et donc c’est une organisation comme la nôtre ne peut pas apporter sa contribution. Elle reste très modeste comme je le dis, mais elle est quand même utile.  

Régine Gwladys Lebouda: Et les besoins sont énormes. Il y a la jeunesse, il y a aussi les questions de technologie. Nous aborderons justement les priorités du troisième mandat que vous comptez bien conquérir dans quelques instants. 

Retour sur le plateau de Face à l’Afrique, un programme spécial de grands rendez- vous d’entretiens avec les dirigeants leaders et les dirigeants du continent. Nous sommes en présence de Louise Mushikiwabo, la Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, qui va à la conquête d’un troisième mandat après avoir abordé évidemment le bilan de vos huit années à la tête de cette institution. 

L’heure est à l’évocation de vos priorités pour le mandat à venir que vous comptez conquérir. Nous parlions tout à l’heure de la jeunesse et des programmes mis sur pied pour accompagner la jeunesse africaine dans son émancipation et son épanouissement. L’un des éléments structurants aussi de vos priorités, c’est la technologie. Vous travaillez désormais sur l’intelligence artificielle et le multilinguisme. Une donnée illustre particulièrement ce défi africain. Sur ce domaine-là, les contenus en langues africaines représentent environ 4,3 % des contenus numériques. C’est minime, alors que ces langues africaines représentent 11,7 % des locuteurs pris en compte. Donc la question est évidemment comment éviter que l’intelligence artificielle ne reproduise cette sous-représentation des langues et des cultures africaines ? Et surtout, comment faire de I’Afrique francophone une réelle productrice de technologies de données et de solutions d’IA plutôt que, comme c’est le cas, une simple consommatrice ?

 Louise Mushikiwabo: C’est une question tellement importante parce qu’aujourd’hui, je viens de New York de la semaine de l’Assemblée générale. Toute la semaine dernière, il y avait au moins une vingtaine de rencontres et d’événements sur I’intelligence artificielle, dont un événement en marge organisé par nous même, I’OIF sur l’intelligence artificielle et les langues et cultures autres que les langues des grandes plateformes, la langue des grandes plateformes, les langues. Parce qu’il y a aussi le chinois, le chinois et l’anglais surtout, et c’est un sujet que j’aimerais beaucoup, beaucoup voir des dirigeants du continent s’approprier. Tout le monde a conscience du potentiel, de quelques petits dangers aussi, de I’intelligence artificielle, mais on n’a pas encore pris toute la mesure de ce que cela signifie pour notre continent. Alors qui dit innovation, intelligence artificielle, dit jeunesse aussi, puisqu’on est un continent très jeune.

Régine Gwladys Lebouda: Dis reconfiguration des…

Louise Mushikiwabo: Et il faut absolument une reconfiguration. D’ailleurs, je me pose parfois la question. J’ai demandé à la directrice de notre institut pour l’éducation qui est basée à Dakar, si tout le processus scolaire n’allait pas changer au vu de la réalité des intelligences artificielles. Et c’est une femme qui s’y connaît dans le numérique et des technologies et vous savez,

on a intérêt à aller très vite parce que ces mêmes technologies vont très, très, très vite. J’étais au sommet sur I’intelligence artificielle ici à Paris. Je pense qu’il y a deux ans, et pendant le dîner qui a précédé le sommet, la veille du sommet même, il y a eu une question. C’était un dîner à l’Elysée. Il y a eu une question d’un des dirigeants, je ne sais plus lequel, qui a demandé au PDG de Google ce qu’ils ont anticipé dans dix ans. Vu comment les choses avancent si rapidement. Comment est ce que vous anticipez l’avenir des intelligences artificielles d’ici dix ans ? Et la réaction du PDG était incroyable. Il était presque étonné de voir que quelqu’un parle de dix ans dans I’intelligence artificielle et il a dit Je pense que c’était 5 ans. Et il a dit vous savez, nous et nos concurrents et nous tous qui sommes dans ce domaine, nous nous demandons comment nous préparer, pas pour dans cinq ans ou dix ans, mais pour dans un mois, parce que les choses avancent tellement vite. Les découvertes mènent à d’autres découvertes que c’est vraiment un domaine qui galope maintenant. Le continent africain. Je vois des rencontres. Je sais que, à travers notre notre représentation à Genève qui s’occupe de tout ce qui est régulation technologique, intelligence artificielle. D’ailleurs, la Suisse, un pays membre important de notre organisation, est très portée sur ce sujet. Il y a beaucoup de volonté, mais je pense que des actions devraient suivre très très vite pour qu’on ne soit pas laissés de côté par C’est une vraie révolution, mais une vraie révolution quand on voit des domaines comme la médecine et l’intelligence artificielle. Mais on est vraiment très très loin de où on était il y a même un an. Et pour nous le I’OIF, ce serait dommage que nos cultures très diverses et nos langues soient laissées de côté par cette révolution qui d’ailleurs interpelle beaucoup, beaucoup la jeunesse et dans nos activités, dans notre planification. En 2028, I’OIF commence un nouveau cycle de programmation. La programmation actuelle se termine avec 2027. Et bien, je pense que peu importe qui sera à la tête de l’organisation, il faudra absolument se focaliser sur nos cultures, nos langues, la langue française. Mais nos langues nationales aussi, qu’elles soient dans cet échange, dans ce paysage de I’intelligence artificielle. Parce que sinon, il ne faut pas penser que l’intelligence artificielle va venir nous chercher, va venir à notre rencontre avec nos différents. C’est une richesse énorme, nos cultures. C’est à nous maintenant d’adapter l’intelligence artificielle à nos réalités culturelles. Parce que je pense que bientôt, si on n’est pas dans cet élan, on est un peu perdu. Je dirais la même chose au-delà de la culture et de la langue sur. J’ai mentionné tout à l’heure sur tout ce qui est éducation, on peut faire des pas de géant avec. Avec cette nouvelle révolution. Et donc oui, je crois que pour nous l’OIF, notre rôle c’est aussi de mobiliser nos états, de les rassembler. On fait ça avec les représentants de nos états à partir de Genève, mais il faut faire beaucoup plus. 

Rodrigue Tongue: Et ce sera le thème du de votre prochain mandat si vous êtes élu. Cet aspect du développement de la technologie, de l’intelligence artificielle. 

Louise Mushikiwabo: Effectivement, si je suis élu pour un autre mandat à la tête de I’OIF, ça fait partie de mes ambitions de voir cette rencontre entre nos différentes cultures et notre langue commune qui est la langue française et l’intelligence artificielle. Je pense que même pour ces plateformes qui sont plutôt américaines, c’est quand même intéressant. Je ne vois pas parce que c’est des plateformes aussi qui qui sont à la recherche du nombre de locuteurs. Nous sommes à peu près 400 millions aujourd’hui. Je ne pense pas que c’est quand même négligeable. Et donc il faut tout un travail de plaidoyer, d’approche avec les différentes plateformes existantes, mais aussi l’Afrique est un continent très innovant. Je pense qu’il faut aussi aller à la rencontre des innovateurs africains dans ce domaine là. Nos pays ont adopté plusieurs de nos pays sur le continent, ont déjà adopté des stratégies d’intelligence artificielle.Mais encore une fois, il y a urgence.

Rodrigue Tongue: Alors, est ce que vous pouvez nous dire, madame la Secrétaire Générale, pourquoi vous êtes candidate une nouvelle fois pour un troisième mandat au poste de Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie ?

Louise Mushikiwabo: Pour moi, c’est simple, j’aime beaucoup ce que je fais. Quand je suis arrivée à la tête de l’organisation, je voulais ce challenge venant d’un Ministère des Affaires Étrangères parce qu’en réalité, on est plus ou moins Ministre des Affaires Étrangères de tous ces pays membres. Je voulais ce challenge, ça n’a pas été facile, mais nous avons eu quand même de très bons résultats et vraiment, j’aime beaucoup ce que je fais à l’OIF alors. Et j’ai encore de l’énergie pour pour travailler un peu plus. C’est surtout ça. J’ai été évidemment sollicité par plusieurs pays, notamment lors de la dernière réunion ministérielle qui s’est tenue à Kigali, dans mon pays, au mois de novembre. Des demandes de quelques pays importants de l’espace francophone. Donc, j’ai répondu à ça aussi. Ceci dit, je ne pense pas que je suis la seule personne qui peut diriger cette organisation. Donc je suis, je suis une des personnes qui sont en compétition et c’est vraiment un travail qui me plaît.

Eric Le Golfe Kouatchou: Je rappelle pour nos téléspectateurs que les textes de l’Organisation Internationale de la Francophonie ne fixe pas de mandat du nombre de nombre maximal de mandats. Ça fait également que le président Abdou Diouf, lui, a exercé trois mandats. Votre candidature, cependant, Madame, la Secrétaire Générale, suscite un débat sur l’alternance. Que répondez vous à ceux qui qui posent la question de l’alternance et seriez vous favorable pour l’avenir à une limitation explicite du nombre de mandats du Secrétaire Général de l’OIF?

Louise Mushikiwabo: Oh, vous savez, je pense que le débat sur l’alternance est un débat légitime.

Il y a plusieurs organisations qui, dans leur texte, limitent les mandats et privilégient l’alternance. Ce n’est pas le cas encore, en tout cas ici  à l’OIF, mais c’est légitime. Cependant, j’espère qu’on ne va pas se limiter à l’alternance juste pour le plaisir de changer, d’avoir une nouvelle personne. C’est important de ne pas laisser de côté les aspects de compétence, d’expérience, parce que c’est quand même pas un petit boulot. Si les états sont ceux qui décident veulent changer, que ce soit dans la charte fondatrice de notre organisation, que ce soit sur d’autres aspects. Moi, je suis très ouverte. Je suis à la disposition des Etats en tant que chef du secrétariat de l’OIF, C’est un bon débat. Je ne suis pas contre l’alternance, si c’est la décision de nos Etats qui prennent les décisions importantes tel que cela. Je pense que se limiter à la nouveauté ou à la géographie ne serait pas juste. Il faut aussi comprendre que pour une fonction telle que celle du ou de la secrétaire générale de l’OIF, il faut d’abord privilégier la compétence et la capacité de gérer une organisation comme celle-ci. Donc moi, je suis très ouverte à ce que les États voudront. Pour l’instant, il n’y a pas de limitation de mandats ou d’alternance par continent ou par région. Mais je suis très ouverte à cela.

Régine Gwladys Lebouda: Justement, ce sera à vous la première fois que la désignation se fait par élection, par vote et quatre candidatures sont officiellement en liste. Trois viennent d’Afrique notamment la République Démocratique du Congo, la Mauritanie, le Rwanda et une de Roumanie. La compétition ne va donc pas déboucher sur une candidature unique africaine.Evidemment, il y a des voix qui peuvent s’élever pour questionner cette absence de caractère univoque des candidatures africaines. Donc j’ai envie de connaître cette pluralité de candidatures africaines pour vous ? Est ce qu’elle est un problème politique ou vous validez qu’elle soit l’expression normale de la diversité des choix souverains du continent ?

Louise Mushikiwabo: Moi je n’ai jamais compris cette volonté qu’on a à ce que l’Afrique vienne avec un seul ou une seule candidate. Je pense que la diversité des talents sur le continent, le fait de vouloir aller rechercher l’excellence, c’est vraiment important pour ou l’organisation. Mais pour le continent aussi. D’ailleurs, c’est intéressant parce que. J’ai suivi les différentes séquences de sommets électifs ou de sélection de dirigeants de l’OIF et je me rappelle particulièrement de Dakar en 2014 parce que j’étais Ministre Chargée de la Francophonie à l’époque. Je trouve que c’est se limiter à dire à l’Afrique Trouvez nous un seul candidat ou organisez vous entre vous ? Je trouve même parfois une certaine condescendance dans cette volonté d’organiser l’Afrique pour trouver une seule candidature.

Régine Gwladys Lebouda: Est ce qu’il y aurait pas plus de poids pour le continent dans cette configuration ?

Louise Mushikiwabo: Ecoutez, moi je trouve que c’est très sain pour une organisation comme celle ci d’avoir cette ouverture sur le monde entier, puisqu’on est le monde entier, le continent africain évidemment, qui a le plus de poids dans cette organisation. Mais est ce que vous pouvez vous imaginer on sort de la Coupe du Monde de Football. Si on disait aujourd’hui, au lieu d’avoir plusieurs équipes africaines, attendez vous pour trouver une équipe qui va en compétition  à la Coupe du Monde entre les Léopards et les Éléphants. Trouver une seule équipe, ça suffit pour l’Afrique. Moi, je pense que c’est très sain, surtout quand il y a une élection. C’est plus démocratique, c’est plus ouvert et que le meilleur ou la meilleure gagne.

Eric Le Golfe Kouatchou: Cette réforme électorale qui a été adoptée en 2022 est appliquée intégralement pour la première fois  à cette élection. Appel ouvert à candidatures critères formalisés, présentation des visions stratégiques, audition devant les ministres. Ça a été le cas pour vos concurrents et vous les 53 membres de plein droit voteront le 12 novembre. Nous l’avons dit, Madame la Secrétaire Générale, vous qui avez conduit cette réforme, estimez vous qu’elle rend réellement la désignation du Secrétaire Général plus transparente, plus démocratique ?

Louise Mushikiwabo: Absolument. Je pense que la formule aujourd’hui de sélection du dirigeant ou de la dirigeante de l’OIF,est non seulement transparente, mais elle est la réflexion. Si elle est appliquée telle qu’elle est. Oui, effectivement, d’une volonté de démocratie, de transparence, de libre choix. Ça fait partie pour moi de la modernisation et de la modernité de notre organisation. Il n’y a aucun doute.

Eric Le Golfe Kouatchou:. Ne pensez-vous pas que l’absence de consensus peut créer de la division entre les pays membres ?

Louise Mushikiwabo:  Alors le consensus est privilégié par là, il est toujours. Mais bon, d’abord deux choses. Le consensus n’a pas toujours fait du bien au continent africain. Je pense à Dakar particulièrement, on parle d’un consensus sur un candidat ou une candidate et j’ai vu beaucoup de pays répartir des sommets très mécontents. Donc le consensus, c’est si vous voulez, une sorte de jeu entre différentes parties de différents pays. Mais ce n’est pas nécessairement la réflexion de la volonté de chaque Etat que chacun exerce son droit de sélection, de choix. Le consensus reste aujourd’hui dans nos textes, mais pour la première fois cette année, donc le 16 novembre à Phnom Penh, au Cambodge, si d’emblée il y a un consensus, pourquoi pas, Mais s’il n’y a pas consensus, pour une fois dans nos dans nos textes, on passe au vote. Pour moi, c’est plus clair et c’est plus légitime.

Rodrigue Tongue: Votre candidature est frappée par le Rwanda, votre pays à côté, on a une candidature portée par la République Démocratique du Congo au moment où on parle de consensus et au moment où on remarque un regain des tensions dans la zone des Grands Lacs entre Congo et Rwanda. Est ce que cette situation ne va pas raviver ces tensions ? Est ce que ça n’exclut pas, de fait, le consensus entre deux pays voisins qui ont du mal à s’entendre sur la question du Kivu notamment ?

Louise Mushikiwabo:  Évidemment, ce n’est pas un secret que les tensions entre mon pays et la RDC sont connues et sont là. Je pense que la situation se calme, mais il n’est pas réglé. Ce serait une erreur de vouloir transporter ce conflit. Dans les instances de l’OIF, je suis totalement sur la même ligne que la candidate de la République Démocratique du Congo qui a dit aussi que l’OIF, n’est pas le lieu de combat entre nos deux pays. Je suis tout à fait d’accord avec elle, en partie parce que est ce que ça en quoi ça va avancer la solution à cette crise ? Je ne vois pas. Ensuite, parce que ce serait un très mauvais précédent de vouloir importer les tensions entre pays membres dans une décision pas de pays dirigeant mais de personnalités qui doivent diriger cette organisation. On parle de pays mais on oublie que ce n’est pas les pays qui vont diriger, c’est des individus, c’est des personnes d’une certaine qualification qui doivent être à la tête de cette organisation. Donc ce n’est pas le lieu, Vous savez, il est très rare de trouver une organisation avec autant de pays où il n’y a pas de tensions entre les pays membres. D’ailleurs, il y a d’autres, d’autres conflits au sein de notre espace francophone. Donc pour moi, ce n’est pas les tensions sont là, la crise est là. Il y a des accords qui ont été conclus par les deux pays et d’autres acteurs. Je pense qu’ on ferait mieux de se focaliser sur la mise en application de ces accords plutôt que de prolonger ce conflit au sein de l’OIF. Je pense que ce conflit est beaucoup mieux au bord du lac Kivu qu’au bord de la Scène.  

Rodrigue Tongue: Et vous garantissez que vous allez conserver, vous, vos responsabilités internationales devant votre identité rwandaise malgré la persistance de ce conflit dans la gestion de l’OIF au quotidien.

Louise Mushikiwabo: Alors déjà, je suis rwandaise et j’en suis fière. J’adore mon pays. Mais à l’OIF, je travaille pour tous les Etats. C’est dans mes pratiques professionnelles. Même avant le l’OIF, je considère tous les Etats comme ayant droit et je les traite de la même manière. Donc une fois à l’OIF, je ne suis plus la Ministre du Rwanda, je suis la représentante de tous nos États membres, y compris évidemment les Etats qui ne sont ni Africains ni de ma région, mais ma région qui n’aurait pas voté pour des Grands Lacs. Moi, je pense que je suis une candidate solide, mais je suis ouverte à la compétition. C’est très sain, ce n’est pas ce n’est pas mauvais pour l’organisation. Je suis, je l’ai dit je ne sais plus où il n’y a pas longtemps. Je suis très sereine par rapport à cette compétition. Je me réjouis, en tant que Secrétaire Générale qui a contribué à réformer, à moderniser l’organisation qu’on est aujourd’hui, à un moment où on applique des textes d’ailleurs qui ont été. Et il faut se rappeler que c’est des textes et des règles qui ont été adoptées par tous nos États membres. Et donc ce n’est pas mauvais d’être une des personnes qui bénéficierait de cette modernité de notre organisation.

Régine Gwladys Lebouda: Vous abordez donc le le prochain Sommet de la Francophonie avec sérénité, si on en croit vos dires.

Louise Mushikiwabo: Absolument! 

Régine Gwladys Lebouda: Cette rencontre se tiendra le 15 et 16 novembre à Phnom Penh  avec pour thème Réinvestir dans la paix pour une prospérité partagée et une stabilité durable. Aujourd’hui, où en sont concrètement les préparatifs de ce rendez-vous ? Et surtout, quels engagements précis est-ce que vous attendez des chefs d’Etats et de gouvernements pour que ce thème là, qui est fort évocateur, ne restent pas simplement un slogan ?

Louise Mushikiwabo: Alors, laissez-moi commencer par la deuxième question. Ce sommet est un sommet où nous attendons l’OIF. Moi-même attendons à ce que les chefs d’Etat nous aident à mieux structurer notre action politique pour pouvoir aller sur les aspects de coopération et les aspects économiques du travail de l’OIF. Ce sommet se tient dans une partie du monde francophone à laquelle on ne pense pas automatiquement. On ne pense pas à l’Asie quand on parle de Francophonie, mais le Cambodge, pays qui va accueillir ce sommet, est un pays fondateur de notre organisation. Avec le roi Norodom Sihanouk qui s’est associé aux trois Africains, Senghor, Diori et Bourguiba. C’est donc un sommet aussi très symbolique. Et le Cambodge, cette région est une région qui a quand même économiquement connu un essor remarquable. Donc c’est symbolique aussi que ce sommet se passe là-bas, mais qui a aussi ses propres soucis politiques. Le Cambodge aujourd’hui est aussi en conflit avec son voisin, la Thaïlande, sur un conflit transfrontalier frontalier donc pour moi, ce sommet va cesser mes attentes de la part des chefs d’Etats qui auront en huis clos très restreint sur ce que chacun peut apporter pour apaiser le monde, puisque les conflits sont un peu partout sur les cinq continents et au delà de cette attente d’être guidés, d’être enrichis, renforcés dans notre action politique. Bon, les chefs d’Etats sont souverains, ils peuvent prendre différentes décisions lors du sommet. C’est aussi l’occasion entre chefs d’Etats à ce moment très perturbés. Dans notre monde, de pouvoir échanger entre eux. Donc on va privilégier aussi des rencontres bilatérales. La Presse, J’espère que vous serez là aussi à disposition des chefs d’Etats. On veut un échange qui nous aide à mieux travailler sur les questions politiques, parce que sans la stabilité, la paix elle-même ne suffit pas si elle ne dure pas. Et donc il y a la notion de stabilité, de paix, mais aussi de stabilité. Comment y arriver ? Qu’est ce que chacun de nous peut apporter ? Nous sommes un espace assez riche de grande diversité, à la fois historique et géographique, technologique, politique. C’est vraiment un moment, vu ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, un moment très important pour que ceux qui dirigent cette organisation puissent être enrichis et recevoir des consignes peut être nouvelles pour guider l’action politique de notre organisation.

Régine Gwladys Lebouda: Donc, nous sommes dans la phase, dans l’un des derniers thèmes, dans le dernier thème de cette édition spéciale face à l’Afrique, en compagnie des journalistes africains, des médias, des références sur le continent. Peut être une dernière question Eric Le Golfe.

Eric Le Golfe Kouatchou: Une dernière question. Madame la Secrétaire Générale, et merci pour votre disponibilité. Les dirigeants africains accordent souvent une place importante aux grands médias internationaux lorsqu’ils souhaitent porter leurs parole au-delà des frontières africaines. Vous avez pour votre part régulièrement accepté de vous exprimer sur les médias africains. Je vous dis merci pour ça. Pourquoi ce choix et quel rôle les médias africains doivent-ils, selon vous, jouer dans la manière dont l’Afrique elle-même raconte ses histoires, ses crises, ses réussites et enfin ses ambitions ?

Louise Mushikiwabo:  Je vais d’abord vous répondre en tant qu ‘ africaine, ensuite en tant que Secrétaire Général de la Francophonie qui va au-delà de l’Afrique. En tant qu’Africain, je tiens beaucoup à ce que l’Afrique puisse parler à l’Afrique. Je tiens aussi à ce que l’Afrique valorise ses talents dans le domaine de la presse et des médias. Ce n’est pas le talent qui manque. Avec Africa24 que j’ai suivi depuis, depuis sa genèse, je découvre moi même en vous suivant des aspects tellement importants des régions de l’Afrique auxquelles je ne suis pas associé. Et c’est une très très bonne chose, donc je crois que notre continent, je ne suis pas la première à le dire. D’ailleurs, même au niveau de l’Union africaine, je pense que c’est le président kényan qui a proposé qu’il y ait vraiment une focalisation sur les médias africains pour que l’Afrique puisse se raconter. C’est important que d’autres parlent de l’Afrique. C’est le cas déjà, mais il faudrait entendre quand même beaucoup plus les voix des Africains eux-mêmes par rapport à leur continent. Maintenant, en tant que Secrétaire Général

de la Francophonie, l’Afrique constitue plus de la moitié des membres à part entière de cette organisation. En réalité, cette organisation a été fondée, comme vous le savez, par les pays du Sud, dont la majorité africaine. Beaucoup de travail se fait au niveau du continent africain et donc les bénéficiaires de l’action de notre organisation de la Francophonie sont surtout sur le continent africain.

Donc, il est important pour l’OIF, à travers moi même ou d’autres que qu’on puisse parler de ce qu’on

fait, de nos ambitions aussi pour cette organisation au citoyen africain. Donc pour moi, il n’est que naturel qu’on s’adresse aux médias africains et que régulièrement, on puisse aussi répondre à vos questions. On est redevables devant les citoyens africains qui constituent la majorité des membres de notre organisation en termes démographiques, mais aussi dans les instances mêmes de la Francophonie.

Rodrigue Tongue: Est ce que cet attelage particulier trois médias Canal 2, Afrique Media et Africa 24 qui est au centre de cette organisation ? Est ce que ce type d’attelage vous les encouragez ?

Que les médias africains se mettent ensemble pour poursuivre les mêmes objectifs, un peu comme vous voyez où il faut une déclinaison particulière.

Louise Mushikiwabo: Je trouve cette formule très gagnante parce qu’on arrive à atteindre des publics beaucoup plus larges. Mais c’est aussi cet aspect collégial des médias africains qui est aussi une très, très bonne chose.

Régine Gwladys Lebouda: Nous sommes justement dans un studio au sein de l’OIF à Paris. C’est la preuve que l’organisation est très attachée à la visibilité de ses actions. C’est aussi le signal que l’OIF tient à être au plus près, au plus proche de ses bénéficiaires. En tout cas, merci Louise Mushikiwabo de nous avoir accordé cet entretien.

Louise Mushikiwabo: C’est moi qui vous remercie.

Régine Gwladys Lebouda: Et on va dire peut – être au  Sommet de  Phnom Penh le 15 – 16 novembre 2026.

Louise Mushikiwabo:  Le 16 à Phnom Penh. J’espère que vous serez là. Les trois médias. 

Régine Gwladys Lebouda: C’est une invitation formelle  

Les Médias: On sera là.

Louise Mushikiwabo: Ce sera avec grand plaisir.

Les Médias: Merci! Merci! 

Louise Mushikiwabo:  Merci à vous.

Régine Gwladys Lebouda:  C’était donc l’émission Face à l’Afrique, votre programme spécial d’entretien avec les dirigeants du continent africain, porté par des médias africains de référence et chapeauté par le groupe Africa24, la première chaîne mondiale d’information dédiée à l’Afrique. Merci à vous d’être resté des nôtres pendant ce grand entretien et à bientôt.

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