Sénégal – Encadrement des crédits spéciaux : Aminata Touré défend la transparence du président

Le débat persistant au Sénégal autour des crédits spéciaux continue d’enflammer les relations entre l’Exécutif et la majorité parlementaire. Pour l’ancienne Première ministre Aminata Touré, cette controverse dépasse largement le simple cadre de la transparence financière pour toucher aux fondements mêmes de la séparation des pouvoirs. Elle estime en effet que l’Assemblée nationale ne saurait en aucun cas se substituer au pouvoir exécutif dans l’exécution des budgets alloués. 

Le débat au Sénégal sur les crédits spéciaux maintient les tensions entre l’Exécutif et les députés. Une loi adoptée le 17 août impose désormais la déclaration de patrimoine aux hauts dirigeants à l’entrée et à la sortie de fonction. L’ancienne Première ministre Aminata Touré rappelle que l’Assemblée nationale ne doit pas s’immiscer dans le budget exécutif face au blocage des textes sur ces fonds. Lors de son point de presse le 18 août 2026, elle a minimisé la portée de la nouvelle loi sur le patrimoine. Selon la coordinatrice de Kiiray Sénégal, cette initiative parlementaire n’apporte aucune innovation majeure par rapport aux pratiques existantes. 

“En ce qui concerne la déclaration de patrimoine, les députés n’ont fait rien de moins qu’enfoncer une porte déjà ouverte largement. Le président Bassirou Faye a déclaré son patrimoine lorsqu’il a été élu. Lequel patrimoine a été publié par le Conseil constitutionnel. Donc, il n’y a pas matière à légiférer, c’est une évidence. Ça a été fait. Ce que les députés ont rajouté, c’est qu’ils devraient déclarer son patrimoine à la sortie. Mais bien entendu, le président Bassirou Faye n’a aucun problème à déclarer son patrimoine à la sortie. Il le fera s’il plaît à Dieu en deux mille trente quatre, puisqu’il sera réélu. D’ailleurs, il a rajouté une autre proposition qui consiste à rendre obligatoire la déclaration de patrimoine pour tout candidat à l’élection présidentielle. Ce sera une conditionnalité parmi celles qui existent.”

Aminata Touré, Coordinatrice du parti Kiiraay – Sénégal 

Au-delà de la transparence patrimoniale, le second texte législatif qui suscite de vifs échanges porte sur la gestion des fonds spéciaux pour une meilleure transparence. l’ancienne Première ministre a tenu à clarifier la nature juridique de ces lignes budgétaires en s’appuyant sur les textes réglementaires existants, notamment concernant les fonds gérés par la Primature. 

“Pour ce qui concerne les fonds spéciaux appelés fonds secrets par certains, appelés fonds politiques par d’autres, ce qu’il faut savoir, c’est que le Premier ministre était bien détenteur de fonds secrets. J’ai lu tout à l’heure le décret de deux mille quatre relatif au Fonds sur la Casamance, intitulé Fonds Diam, qui est géré par le Premier ministre. Ce fonds s’élevait à deux milliards l’année dernière à un milliard sept cents millions, comme il l’a indiqué lui-même, et il demandait une rallonge. Les dispositions de l’article quatre de ce décret stipulent clairement que ces fonds ne sont pas l’objet de justification des fonds qui ne sont pas justifiés. Ça s’appelle des fonds secrets ou des fonds politiques.”

Aminata Touré, Coordinatrice du parti Kiiray – Sénégal 

Le gouvernement sénégalais a saisi le Conseil constitutionnel le mardi 18 août pour déclarer irrecevable la proposition de loi sur l’encadrement des crédits spéciaux. En conséquence, l’Assemblée nationale a annoncé la suspension de la séance plénière qui était initialement prévue ce mercredi 19 août 2026.  L’Exécutif conteste le texte parlementaire en soutenant que les dispositions visées relèvent du domaine réglementaire et non de la compétence du législateur.

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