L’Afrique centrale demeure l’un des principaux foyers mondiaux des maladies tropicales négligées (MTN). Sur les 21 pathologies recensées par l’Organisation mondiale de la Santé, quatorze y sont endémiques, parmi lesquelles la trypanosomiase humaine africaine, l’ulcère de Buruli, les schistosomiases et les filarioses lymphatiques. Ces maladies frappent surtout les populations rurales et vulnérables, créant un cercle vicieux : la maladie entretient la pauvreté, et la pauvreté favorise la maladie. Pour y répondre, l’Organisation de Coordination pour la lutte contre les Endémies en Afrique centrale, l’OCEAC, a réuni à Douala au Cameroun, du 18 au 21 février 2026, chercheurs et partenaires techniques pour lancer 30 projets de recherche.
“L’objectif intime transcendant des résultats individuels des 30 projets, vise à catalyser la construction d’un écosystème scientifique et sanitaire résilient en Afrique centrale. A cet effet, le programme produira un pool de données contextuelles essentielles pour informer et ajuster les politiques nationales et régionales de lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN), remplaçant la dépendance aux données extrapolées d’autres régions.”
Khadidja Guirsimi Youssouf, Secrétaire exécutif de l’OCEAC – Tchad
Sur le continent, environ 400 millions de personnes sont touchées par les MTN, et les conséquences économiques sont lourdes. Au niveau des ménages, elles entraînent baisse de productivité, dépenses de santé catastrophiques et qualité de vie réduite. Selon la Banque mondiale, l’impact cumulé de ces infections freine la croissance dans la sous-région : le Cameroun perd chaque année 33 millions de dollars, la Centrafrique 16 millions, et le Tchad 13 millions. Portés par l’approche « One Health », qui relie santé humaine, animale et environnementale, les travaux de Douala visent à renforcer la recherche locale, afin d’éclairer les politiques publiques et assurer une souveraineté sanitaire durable.
“Il y a deux volets à ce projet : un volet pour la lutte contre la maladie et l’autre pour la recherche scientifique. Ceci parce qu’il faudrait que l’Afrique se donne les moyens pour avoir ses propres scientifiques, qui comprennent avec leur culture, ce que sont les MTN, car il ne s’agit pas seulement d’un problème de médicaments ou d’hôpital. C’est un problème global de vie.”
Okalla Abodo Thérèse Raphaël, Coordonnateur du Projet MTN One Health – Cameroun
Créée en 1963 comme agence spécialisée de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale, l’OCEAC déploie ce programme grâce à un financement de 18 millions d’euros de la KfW allemande. Ces projets permettent à une nouvelle génération de chercheurs de s’engager pour renforcer la santé publique, alléger le fardeau économique des MTN et offrir un véritable espoir à des millions de personnes dans la sous-région.



