Au Maroc, le raphia se tresse entre tradition et modernité. Des gestes ancestraux qui donnent vie aux sacs, paniers, chapeaux et babouches, aujourd’hui prisés par le tourisme et la mode. Un savoir-faire que les artisans cherchent à préserver, transmettre et faire vivre dans l’économie.
À Essaouira au Maroc, le raphia se tresse au fil des générations. Sacs, paniers, chapeaux ou babouches : derrière ces objets se cachent des gestes transmis entre générations. Un savoir-faire qui trouve aujourd’hui de nouveaux débouchés dans la mode, la décoration et le tourisme. L’Office national marocain du tourisme cite d’ailleurs les babouches traditionnelles en raphia parmi les produits emblématiques de l’artisanat d’Essaouira. Un savoir-faire dont Mohamed Elias Er-Rakraqi a fait sa spécialité.
‘’ Le raphia vient de Madagascar. Nous l’achetons ici Nous nous le procurons ici, puis nous essayons soit de le teindre, soit de le laisser naturel, tel quel, et nous travaillons avec. Pour commencer la fabrication de la chaussure, nous prenons le cœur de la forme, qui correspond à la pointure et à la forme du pied. Nous découpons ensuite la première, qu’on appelle ainsi, puis nous la perforons manuellement. C’est à ce moment-là que le travail à l’aiguille commence. ‘’
Mohamed Elias Er-Rakraqi, Artisan – Maroc
Des gestes précis, minutieux, qui demandent du temps et une véritable maîtrise. Mais derrière la préservation de cette tradition se joue aussi un enjeu économique majeur. Selon les données publiques à fin 2024, le secteur marocain de l’artisanat représente environ 147 milliards de dirhams de chiffre d’affaires. Il contribue à hauteur de 7 % au PIB et représente près de 22 % de l’emploi. À Essaouira, le Complexe intégré de l’artisanat témoigne de cette volonté de structurer et de valoriser les métiers traditionnels. Il compte 19 ateliers, dont deux consacrés au raphia et à la vannerie, mais aussi un centre de formation et huit salles d’exposition.
“ L’étape la plus difficile, c’est lorsque vous êtes en train de travailler sur un modèle et qu’une fois que vous avez terminé, vous devez réaliser l’assemblage, c’est-à-dire la base de la chaussure. Il faut alors utiliser un outil, comme un poinçon ou autre, et le frapper pour effectuer correctement l’assemblage. ‘’
Mohamed Elias Er-Rakraqi, Artisan – Maroc
Mais aujourd’hui, le raphia bénéficie aussi d’un nouvel atout : l’essor du tourisme. Le Maroc a accueilli 19,8 millions de visiteurs en 2025, un record national. Pour les artisans d’Essaouira, cette fréquentation représente autant de vitrines potentielles pour leurs créations. Car le défi n’est plus seulement de préserver un savoir-faire. Il faut aussi le renouveler et le rendre attractif.
Je voudrais adresser un message aux jeunes afin qu’ils s’intéressent davantage à cette industrie artisanale, qui fait partie de notre patrimoine culturel. Sans la vision éclairée de Sa Majesté le Roi, que Dieu lui accorde longue vie, ce secteur aurait connu beaucoup de difficultés.
Mohamed Elias Er-Rakraqi, Artisan – Maroc
Au Maroc, le raphia n’est donc pas seulement une matière ou un héritage. Il est aussi une activité économique, un métier et une promesse d’avenir. Pour les artisans, l’enjeu est désormais de transformer cette nouvelle visibilité en valeur durable : mieux rémunérer les créateurs, transmettre les gestes et conquérir de nouveaux marchés.



