Le Maroc a accueilli, le 20 mai 2026 à Rabat, la 2e Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone, 10 ans après Paris. Coprésidé par Nasser Bourita et Jean-Noël Barrot, l’événement a réuni 62 délégations pour adapter les missions de l’ONU aux réalités du terrain. Le ministre des affaires étrangères du Maroc a appelé à une réforme profonde, notant que l’espace francophone accueille deux tiers des missions mais ne fournit que 28% des effectifs et 24% des femmes déployées. Louise Mushikiwabo (OIF) a soutenu cette dynamique en insistant sur la formation en français et la parité. Jean-Noël Barrot a salué l’engagement stratégique du Maroc pour la stabilité du continent africain. Les participants ont plaidé pour des mandats réalistes et hiérarchisés afin d’éviter le statu quo. Cette rencontre marque une étape clé pour renforcer l’influence et l’efficacité des Casques bleus francophones.
Dix ans après la conférence de Paris, Rabat s’affirme comme un rendez-vous majeur de la diplomatie sécuritaire francophone. Le 20 mai 2026, la capitale marocaine a accueilli la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone. Sous l’égide de l’ONU et de l’OIF, 62 délégations, dont 26 ministres, ont débattu de l’adaptation des missions de paix aux réalités du terrain. Co-présidée par le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita et son homologue francais Jean-Noël Barrot, la rencontre intervient alors que l’espace francophone concentre les deux tiers des missions onusiennes et 60 % du budget consacré au maintien de la paix.
Je tiens à féliciter le Maroc et la France d’en avoir pris l’initiative. Mes remerciements aussi à vous chers participants dont le niveau de représentation témoigne de l’importance accordée à ce sujet qui nous réunit. Sujet qui, par ailleurs, a suscité des engagements par des Etats et gouvernements membres de notre organisation lors de ces différents sommets biennaux.
Louise Mushikiwabo , Secrétaire générale de la Francophonie (OIF)
Mais ce poids géographique contraste avec une influence encore limitée : les pays francophones ne représentent que 28 % des effectifs déployés et 24 % des femmes engagées dans ces missions. Face à ce déséquilibre, les participants appellent à des mandats plus réalistes, hiérarchisés et adaptés aux nouveaux défis sécuritaires. Une réforme devenue urgente, alors que les tensions géopolitiques fragilisent le multilatéralisme et redessinent les équilibres du maintien de la paix. À Rabat, l’ambition affichée est claire : donner aux pays francophones davantage de poids dans les décisions qui façonnent la sécurité internationale.
Cette conférence intervient à un moment stratégique pour le maintien de la paix. Les clivages politiques persistants au sein du Conseil de sécurité, l’évolution de la nature des conflits et la construction continue des ressources mettent sous pression cet instrument des plus utiles du multilatéralisme. Nous avons dès lors une responsabilité collective, celle d’avoir une discussion lucide sur l’avenir et la réforme nécessaire du maintien de la paix. Le choix qui se présente à nous ne se limite pas entre conserver l’existant ou l’abolir. Il pourrait valablement s’agir d’un débat lucide en vue de réformer l’existant pour un maintien de la paix plus souple, plus efficace et mieux adapté aux réalités du terrain.
Nasser Bourita, Ministre des Affaires étrangères du Maroc
Pour matérialiser cette transition vers des opérations plus adaptées, la maîtrise linguistique et la parité s’imposent comme des leviers indispensables. Prenant la parole pour soutenir cette dynamique de refonte, la Secrétaire générale de l’OIF a réaffirmé l’engagement de son institution à faire de la formation en français et de l’égalité des genres les piliers de cette restructuration.
Je réaffirme la disponibilité de l’OIF à soutenir la réforme du maintien de la paix en défendant ses priorités en oeuvrant à la promotion à la formation au français pour renforcer la participation des francophones y compris des femmes francophones et avec un accent sur la participation du personnel de l’espace francophone encore une fois aussi du personnel féminin en écho à l’appel de Kigali sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’espace francophone adopté en novembre 2025.
Louise Mushikiwabo , Secrétaire générale de la Francophonie (OIF)
L’efficacité de cet engagement francophone s’est déjà illustrée à travers plusieurs succès historiques sur le continent africain, notamment en Côte d’Ivoire avec l’ONUCI de 2004 à 2017, ou encore en République centrafricaine avec la MINUSCA. Saluant le rôle pionnier et le partenariat stratégique du Royaume du Maroc pour la stabilité régionale, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a rappelé la valeur concrète de ces interventions.
Beaucoup de recherches ont montré que les opérations de maintien de la paix de l’ONU et ces autres activités de consolidation de la paix réduisent la violence, préservent les droits de l’homme et créent des environnements plus stables pour l’avenir. Plusieurs succès sont apportés à leur bilan, en particulier dans l’environnement francophone et sur le continent africain. De deux mille quatre à deux mille dix sept, l’opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire l’Onuci. Madame la ministre, a su appuyer le peuple et le gouvernement ivoirien dans leur détermination et leurs efforts visant à tourner la page de la crise et du conflit. C’est notamment grâce au soutien de l’Onuci, à un dialogue politique inclusif qu’ont pu se tenir l’élection présidentielle de deux mille onze, ainsi que les élections législatives et le référendum de deux mille seize. C’est aussi l’Onuci qui a renforcé la Commission nationale des droits de l’homme, facilitant ensuite le désarmement de plus de soixante dix zéro zéro zéro combattants et leur réintégration dans la société. Autre exemple, madame la ministre, celui de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine. La Minusca, dont le rôle est reconnu pour avoir contribué à replacer le pays sur une trajectoire positive. Nous l’avons vu à travers le soutien que la Minusca a apporté pour renforcer les institutions et la gouvernance. En décembre deux mille vingt cinq et en avril dernier, les Casques bleus ont fourni un appui essentiel pour que plusieurs élections se tiennent dans les meilleures conditions possibles à travers le pays et sur le plan sécuritaire, avec l’appui de la Minusca. Les trois quarts des milices signataires de l’accord de deux mille dix-neuf ont été officiellement dissoutes.
Jean-Noël Barrot, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la France
C’est fort de cette longue expérience pratique et opérationnelle que le Royaume du Maroc tire sa légitimité internationale. Acteur historique incontournable, le Maroc déploie ses forces avec constance pour porter la voix d’un multilatéralisme de terrain, comme l’a rappelé avec force Nasser Bourita.
Dans ce cadre, le Maroc s’exprime avec une voix singulière, celle d’un pays Qui a participé aux opérations, aux opérations de maintien de la paix et de manière continue depuis plus de soixante ans. C’est un pays qui a mobilisé plus de cent mille casques bleus dans les différentes missions de maintien de la paix. Celle d’un pays qui a aujourd’hui mille trois cent quarante casques bleus déployés principalement au sein de la Minusca et de la Monusco. C’est un pays qui a participé au maintien de la paix sur quatre continents en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique, et celle d’un pays qui a toujours été dans le top dix des pays contributeurs de troupes de manière continue depuis longtemps. Et enfin, celle d’un pays qui a participé aux opérations de maintien de la paix avec l’ONU, avec l’Union et avec l’OTAN. Cette position singulière au cœur des réalités sur le terrain et des engagements internationaux, confère au Maroc une légitimité particulière pour s’engager dans des réformes successives et essentielles, des opérations de maintien de la paix.
Nasser Bourita, Ministre des Affaires étrangères du Maroc
Face à une accumulation sans précédent de crises mondiales interconnectées: instabilité politique, criminalité, dérèglement climatique et désinformation, l’ONU elle-même reconnaît que le statu quo n’est plus tenable. En écho aux discussions de Rabat, le Secrétaire général de l’ONU a tracé les perspectives d’avenir indispensables pour sauvegarder l’espoir là où il s’amenuise.
Le maintien de la paix est l’un des visages les plus concrets des Nations Unies depuis près de huit décennies. Les casques bleus servent dans certains des contextes les plus dangereux au monde. Ils protègent les civils au péril de leur vie. Ils appuient les processus politiques et ouvrent un espace pour des solutions durables. Ils gardent vivant l’espoir même lorsque la paix semble hors de portée. Et leur mission n’a jamais été aussi nécessaire. Le monde compte aujourd’hui plus de conflits qu’à aucun moment depuis mille neuf cent quarante cinq. Instabilité politique, crime organisé, extrémisme violent, déplacements forcés, dérèglement climatique, désinformation, Tout s’entremêle, tout s’aggrave. C’est pourquoi, dans. Dans le cadre de l’initiative ONU quatre vingts, je présenterai prochainement une étude sur l’avenir des opérations de paix pour des opérations mieux adaptées aux réalités du terrain, plus cohérentes et plus proches des populations.
Antonio Gutierrez, Secrétaire général de l’ONU
La rencontre de Rabat s’impose ainsi comme un jalon décisif. En unissant les efforts de l’ONU, de l’OIF et de partenaires historiques comme le Maroc et la France, elle dessine la feuille de route d’une force de maintien de la paix francophone modernisée, plus juste, plus inclusive et résolument tournée vers l’efficacité opérationnelle.



