Alors que l’Afrique concentre désormais 65 % des locuteurs francophones dans le monde, son influence au sein de la Francophonie est plus que jamais en question. Au sommet de Phnom Penh, la succession de Louise Mushikiwabo intervient dans un contexte de divisions diplomatiques et de recomposition des rapports de force. L’Afrique, moteur démographique de la Francophonie, saura-t-elle aussi s’imposer comme son moteur politique ?
À Phnom Penh, au Cambodge, les 15 et 16 novembre prochains, la Francophonie jouera une partie importante de son avenir au 20ème sommet de la Francophonie. En poste depuis 2019, Louise Mushikiwabo défend sept années d’action à la tête de l’institution et brigue un troisième mandat face à trois candidats : la Congolaise Juliana Amato Lumumba, la Mauritanienne Coumba Ba et le Roumain Dacian Cioloș. Modernisation administrative, promotion du français, soutien à l’éducation et autonomisation des femmes : autant de chantiers qui ont marqué son passage, mais dont les résultats restent confrontés à des défis politiques et diplomatiques.
“ Et c’est dans cet esprit que j’ai œuvré à apporter l’OIF au niveau des meilleurs standards internationaux. Nous sommes parvenus à une gestion rigoureuse et transparente des ressources budgétaires, humaines et matérielles de l’organisation. La certification des comptes de l’OIF, chaque année depuis 2019, en atteste. ‘’
Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie – Rwanda
Dès son arrivée, Louise Mushikiwabo engage une transformation de l’organisation. En 2020, le nombre de programmes est ramené de 400 à 40, dans une logique de rationalisation et de concentration des moyens. Entre 2019 et 2022, l’OIF déploie également 19 missions électorales et réalise cinq audits de fichiers électoraux. Sur le volet social, le fonds « La Francophonie avec Elles », lancé en 2020, atteint en 2026 près de 107 000 femmes bénéficiaires, avec 380 projets soutenus dans 37 pays et 22,2 millions d’euros de subventions. La programmation 2024-2027, dotée de 103 millions d’euros pour 25 projets, a par ailleurs touché 1,7 million de francophones à mi-parcours. Mais cette dynamique se heurte à des difficultés diplomatiques, notamment le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger en mars 2025.
‘’ Pour mon troisième mandat, j’aimerais bien, avec vous, préparer nos sociétés, nos peuples à l’ère de l’intelligence artificielle, aujourd’hui absolument incontournable. Je continuerai également sans relâche à soutenir les candidats francophones dans les instances internationales, car notre capacité à peser sur les décisions mondiales importantes dépend aussi de la présence des nôtres aux endroits où elles se prennent. ’’
Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie – Rwanda
L’enjeu du 20ème Sommet de l’OIF est important, l’Organisation rassemble 90 États et gouvernements, tandis que 53 membres de plein droit participeront à l’élection de son prochain secrétaire général. L’enjeu est aussi démographique. Selon le rapport 2026 de l’OIF, le français compte environ 396 millions de locuteurs dans le monde, dont 65 % en Afrique. Un francophone sur deux a moins de 30 ans et près de 170 millions de personnes apprennent cette langue. Autant de perspectives, mais aussi de responsabilités pour le prochain secrétaire général, appelé à faire du français un véritable levier d’éducation, d’emploi et d’influence internationale.



