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Alain Mukuralinda, Porte-parole adjoint du Gouvernement du Rwanda : « Pour résoudre la crise avec la RDC, il faut absolument qu’il y ait des discussions, des débats et des solutions que le gouvernement congolais apporte des solutions aux questions qui sont posées »

Cette édition de Décryptage reçoit le porte-parole adjoint du Gouvernement du Rwanda. Monsieur Alain MUKURALINDA revient sur le plateau d’Africa24 pour s’exprimer sur les tensions qui s’amplifient entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo et qui ont culminé avec l’expulsion de l’ambassadeur rwandais en RD Congo.

Pour résoudre la crise entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, il y a eu des efforts de médiation notamment la feuille de route de Luanda, le processus de Nairobi ou encore récemment la rencontre avec le président français Emmanuel Macron. Pourquoi ces solutions semblent ne pas produire les résultats attendus ?

Eh ben, il y a eu également Addis Abeba, il y a eu Afrique du Sud; on peut remonter dans le temps. Mais moi je pense qu’il faut le dire, il ne faut pas cacher la vérité, il y a un manque de volonté politique du côté des autorités congolaises. Aujourd’hui il faut poser la question, est-ce que ce qui a été proposé comme solution a été mis en application? Tant que ça n’a pas été mis en application pourquoi voulez-vous qu’il y ait des solutions durables? Deuxièmement, qui est responsable en premier lieu de mettre les solutions proposées en application? Est-ce les pays limitrophes ou le pays en question ou il y a des problèmes? Est ce qu’une fois le gouvernement congolais a démontré une fois, voilà ce qu’on a essayé de faire, voilà pourquoi ça n’a pas marché, voilà qui est le responsable? Mais aujourd’hui on est en escalade, on monte les enchères, en prenant des décisions spectaculaires qui ne résolvent pas les problèmes sur le terrain. Les décisions spectaculaires, ça ne sert à rien. Vous les prenez mais rien ne change sur le terrain. Donc, aujourd’hui il y a un manque de volonté politique du côté de celui qui devrait en premier lieu essayer de trouver des solutions ou plutôt essayer d’appliquer ce qui lui a été proposé et de demander de l’aide, que ça soit des pays limitrophes, que ça soit des pays de l’Union africaine ou des pays des Nations Unies.

Quelles sont quelques-unes de ces solutions qui n’ont pas été mises en application selon vous?

Prenons un simple exemple. On avait dit que les pays de la sous-région allaient créer une force armée pour lutter contre tous les mouvements militaires qui sévissent dans l’est de la RDC. Est-ce que cette solution a déjà été appliquée? Qui doit la mettre en place? Ce n’est pas le Burundi, c’est pas l’Ouganda, c’est pas la Tanzanie, c’est pas le Kenya, c’est la RDC; et demander par après l’aide de ces pays limitrophes. Vous faites le plan, vous montrez comment ça va se faire, vous budgétiser et vous présentez ce plan et s’il y a quelqu’un qui n’est pas d’accord, vous le dénoncez. Au lieu de mettre en pratique ces solutions, de les essayer, vous vous attaquez à certains mouvements en collaboration avec d’autres mouvements qui devraient être combattus. Voilà un simple exemple que je vous donne qui se voit tous les jours sur le terrain et le Rwanda n’a jamais cessé de le dénoncer. Vous ne pouvez pas prétendre mettre en application ces solutions ou combattre certains mouvements en collaboration avec les FDLR. Le Rwanda a toujours dit que ce mouvement pose problème, et nous savons très bien que si les FDLR se battent c’est qu’ils ont un objectif qui est celui de revenir prendre le pouvoir au Rwanda par les combats. Donc, si déjà le mouvement qui devait être combattu est celui avec lequel vous combattez et collaborez; les preuves sont là et le Rwanda n’a jamais arrêté de le dénoncer, vous préférez parler d’un autre mouvement, le M23  qui serait aidé par le gouvernement rwandais. Là on vient juste de parler de deux mouvements mais on nous dit qu’il y a plus de 130 mouvements mais on n’en parle jamais. Aujourd’hui on a essayé de dénombrer les mouvements qui sont connus et on n’a trouvé que six ou sept mouvements. Pourquoi est ce qu’aujourd’hui on parle de six ou sept mouvements alors qu’il y a plus de cent mouvements. Si le problème n’est pas pris dans sa globalité, il ne sera jamais résolu. Ce n’est pas parce qu’une partie va prendre une partie du problème que sur le terrain ça va changer la réalité et on l’a vu pendant vingt ans. Je peux même dire que pendant vingt ans il y a eu des combats, on n’a remarqué que ça n’a rien résolu, peut-être vaut mieux s’asseoir et discuter 

Après l’expulsion de l’ambassadeur du Rwanda à Kinshasa, quelle posture le Rwanda compte-t-il prendre? Des représailles envisagées ? 

Non, non. Je crois que la posture que le Rwanda a déjà prise, est claire. Le Rwanda garde toujours le cap. Ce problème doit être résolu par les voies pacifiques, par les débats, par les discussions. Ca c’est la posture du Rwanda qui n’a pas changé. Le Rwanda ne peut pas critiquer le fait que les autorités congolaises continuent à monter les enchères 

Parce que si on expulse l’ambassadeur et que le Rwanda fait la même chose, est ce qu’on est pas dans l’escalade là? Je dirai même que le communiqué qu’on a publié est un communiqué de désescalade car on ne va pas faire exactement la même chose. On reste calme, on reste vigilant et on rappelle que cette question ne sera résolue que par les voies pacifiques. On rappelle que cette question est interne en RD Congo; c’est des congolais qui ont des revendications par rapport à leur gouvernement. Même s’ils parlent Kinyarwanda et qu’ils sont rwandophones, ils ne sont pas rwandais. Eux même ne veulent pas venir vivre au Rwanda, nous on les accueillerait comme on l’a toujours fait quand ils ont des problèmes mais on ne va pas les accueillir comme des rwandais parce que ce ne sont pas des rwandais. Donc, il faut absolument qu’il y ait des discussions, des débats et des solutions; que le gouvernement congolais apporte des solutions aux questions qui lui sont posées. On s’est toujours posé des questions pourquoi est ce que chaque fois que le gouvernement congolais rend le Rwanda responsable de ce qui se passe là-bas, des gens analysaient et de fois on trouvait des réponses mais qu’on ne voulait pas annoncer parce que des fois ça concerne la politique interne d’un autre pays mais dernièrement le porte-parole du gouvernement congolais l’a écrit dans un communiqué et il a pris à témoin la communauté internationale, en affirmant que s’il n’y a pas la paix dans la région, il n’y aura pas des élections. C’est écrit noir sur blanc. Aujourd’hui, une année, douze mois, quinze mois en avance, vous venez devant la face du monde pour dire que s’il n’y a pas la paix, il n’y aura pas d’élections au lieu de profiter de ce temps pour essayer d’appliquer les solutions qui ont déjà été proposées, de fournir tous les efforts possibles sur ces solutions mais vous préférez annoncer qu’il n’y aura pas des élections. Pourquoi? C’est même contradictoire! Parce qu’il y a cinq ans, il y a eu des élections et la région était toujours en ébullition mais il y en a eu. Qu’est ce qui a changé aujourd’hui? Pourquoi le dire aujourd’hui alors qu’on a encore le temps de mettre certains processus, certains accords qui pourraient résoudre le problème et permettre d’avoir des élections apaisées!

A ce stade, que souhaite le Rwanda? Comment prévoyez-vous de vous y prendre avec cette crise?

Le Rwanda souhaite que les autorités congolaises s’attaquent à ce problème et des problèmes internes qui leur sont posés par leurs populations, et que s’ils n’y arrivent pas, les pays limitrophes, ou de la CEPGL, de l’Afrique de l’est sont là pour aider… Pour les manifestations, on a un pays de plus de 95 millions d’habitants, ce n’est pas parce que deux ou trois personnes ou même mille personnes ont fait une manifestation ou ont tenu des discours de haine, tout cela est condamnable, que demain il va y avoir une guerre. C’est pour cela même que le gouvernement rwandais rappelle qu’il reste vigilant, que les gens ne doivent pas paniquer ni s’affoler parce qu’aujourd’hui on a vu les gens brûler les drapeaux du Rwanda, qu’on a vu des gens s’approcher de la frontière… La sécurité est bien gardée, le territoire est bien surveillé et on reste vigilant

Dans un communiqué publié le 30 Octobre, l’Union africaine rappelle les parties prenantes dans cette crise à privilégier le dialogue. À cet égard, l’organisation appelle toutes les parties à participer de bonne foi  troisième dialogue de paix intercongolais qui se tiendra à Nairobi du 4 au 13 Novembre 2022. Ce dialogue peut-il, selon vous, contribuer à la désescalade ?au prochain dialogue. Peut-il, selon vous, contribuer à la désescalade ?

Absolument. Si c’est au niveau présidentiel ou au niveau des ministres, peu importe. Déjà le fait que les gens acceptent de se rencontrer, c’est une bonne chose. S’ils se rencontrent, ils vont se parler et ils vont se dire les vérités en face; peut-être d’une façon discrète, il n’y aura pas la presse mais c’est une bonne chose chaque fois qu’il y a des canaux par lesquels les gens puissent discuter et débattre. Donc, ça peut vraiment constituer une désescalade et à baisser les tensions et à pouvoir discuter calmement.

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