On les dit souvent désengagés, happés par les écrans. Au Cameroun, ils sont pourtant des milliers à faire un choix à contre-courant : croire. En ce dimanche de Pâques, la jeunesse chrétienne affiche une foi assumée, active, et bien ancrée dans son époque.
« Le Christ est ressuscité ! il est vraiment ressuscité» Dans les églises, la ferveur est totale. Et dans les rangs, un visage s’impose : celui des jeunes. À la cathédrale Notre Dame des Apôtres de Ngaoundéré et comme dans les autres paroisses du Cameroun, la foi change de génération et de ton. Ici, on ne croit plus par habitude. On croit par conviction.
“Aujourd’hui, les jeunes sont plus appelés à renouveler leur foi parce que nous avons un monde à un poids à la violence, à un poids à la dérive. Ce fait que nous sommes appelés à revenir aux vertus que la foi chrétienne nous impose par notre baptême, par la catéchèse apprise.”
ARNAUD NANG, Jeune catholique – Cameroun
Une foi lucide. Consciente des dérives, mais tournée vers des repères. Les jeunes questionnent, débattent et s’engagent. Groupes de prière, actions solidaires, visites aux malades, aux détenus. Le carême vient de s’achever, mais l’engagement, lui, continue.
“En tant que jeune, en tant que mère, la foi chrétienne me dicte les conduites à suivre, les conduites à tenir selon les principes de Dieu, selon les principes de l’Église. Ça nous enseigne à nos mères déjà d’inculquer d’abord ces valeurs-là en nous-mêmes afin de les procurer à nos enfants”
AUDREY PANY, Fidèle catholique – Cameroun
Et cette foi se vit aussi dans les sacrements. Lors de la vigile pascale, ils étaient des dizaines voire des centaines à recevoir le baptême et la première communion.
Une génération qui ne se contente plus d’hériter. Elle choisit. Elle s’initie. Elle s’affirme.
“L’Église nous enseigne le pardon, le partage, l’amour et l’humilité. Mais malheureusement, nos pauvres chrétiens ne respectont pas souvent ces engagements que Dieu a voulu qu’on prenne face à lui. C’est pour cela que, de temps en temps, nous venons lui demander pardon pour ses multiples fautes commises durant toute l’année pour qu’il comprenne que nous restons des humains.”
FRANCIS EBOA, Fidèle catholique – Cameroun
Pour eux, Pâques n’est pas un rituel. C’est un point d’appui. Dans un quotidien marqué par le chômage, les tensions sociales, les incertitudes. La résurrection devient un moteur.
“La foi, c’est l’essence même de ma vie parce qu’en réalité, pour vivre dans notre monde aujourd’hui, il faut croire et il faut croire en Dieu. Et ce jour de résurrection, c’est la manifestation de notre foi. Et comme on le dit dans la parole, si le Christ n’est pas ressuscité, vienne une autre foi.”
FRANCK MOUANGA, Fidèle catholique – Cameroun
Et cette foi déborde des églises. Elle se transforme en action : initiatives locales, médiation sociale, engagement communautaire. Croire, ici, ce n’est pas fuir le monde. C’est y prendre sa place.
Dans ce contexte, la venue annoncée du pape Léon XIV prend une dimension particulière. Pas une attente miraculeuse. Mais une attente de regard, de reconnaissance.
Les Catholiques représentent près de 40% de la population camerounaise. La foi de cette jeunesse ne se projette plus dans le futur, elle se vit intensément au présent. Cette foi est incarnée et portée par une jeunesse affirmée et active, capable de redessiner, à sa manière, le paysage religieux.



