Trois jours de sommets, de signatures, de négociations et de démonstrations économiques grandeur nature. À Lomé, Biashara Afrika 2026 n’a pas seulement parlé d’intégration africaine. Le forum a voulu montrer comment fabriquer un marché continental capable de peser dans l’économie mondiale. Plus de 1 900 participants, des dizaines d’accords stratégiques et une ligne directrice : passer des discours aux chaînes de production, des frontières aux corridors commerciaux, des ambitions aux transactions. Des palais ministériels aux stands du village commercial de la ZLECAf, immersion dans une Afrique qui tente désormais de vendre, transformer et financer africain.
Le commerce intra-africain représente encore moins de 20 % des échanges du continent alors que l’Afrique dispose déjà d’un marché de plus de 1,4 milliard d’habitants appelé à atteindre près de 2,5 milliards d’ici 2050. À Lomé, Biashara Afrika 2026 a voulu montrer comment la ZLECAf peut aider l’Afrique à transformer localement ses matières premières, alors que le continent produit près de 70 % du cacao mondial mais capte moins de 5 % de la valeur du marché mondial du chocolat estimé à plus de 100 milliards de dollars. Placé sous le thème “Stimuler la transformation économique de l’Afrique grâce à la ZLECAf “, le forum a mis l’accent sur l’industrialisation, les chaînes de valeur régionales, les investissements et la coopération entre États et secteur privé.
“ L’Afrique doit donc renforcer sa capacité collective de résilience. La Zlecaf constitue à cet égard bien plus qu’un accord commercial. Elle représente un instrument de souveraineté économique continentale. Elle doit permettre à l’Afrique de produire davantage localement, de mieux sécuriser ses approvisionnements stratégiques, de renforcer ses capacités industrielles et surtout d’accroître son pouvoir de négociation dans l’économie mondiale.
Faure Gnassingbé, Président du Conseil – Togo
Pour le Champion de l’Union africaine pour la ZLECAf, l’enjeu dépasse désormais les déclarations politiques. Huit protocoles couvrant notamment le commerce, les investissements, les services, le numérique et l’inclusion des femmes et des jeunes ont déjà été négociés, mais leur application reste encore inégale selon les pays africains.
“ Le protocole sur le commerce des marchandises sur le commerce de services, sur le règlement des différends sur la propriété intellectuelle, sur la concurrence, sur les investissements sur le commerce électronique et le commerce, sur les femmes et les jeunes où les femmes et les jeunes dans le commerce. Les États doivent rapidement dans leurs législations nationales transposer ces différents protocoles. C’est là une des conditions pour que la zone de libre échange continentale africaine produise son plein effet sur la transformation économique du continent, transformation pour la réalisation de laquelle nous disposons de deux atouts. Le premier atout, c’est notre actif démographie et le deuxième atout, c’est nos ressources naturelles.”
Mahamadou Issoufou , Champion de l’UA pour la Zone de libre-échange continentale africaine – Niger
L’intégration africaine se joue désormais dans les corridors routiers, les postes-frontières, les plateformes douanières et les systèmes de paiement, avec un besoin de financement estimé à 9 000 milliards de dollars entre 2024 et 2033 pour les infrastructures prévues dans l’Agenda 2063. À Lomé, les discussions ont insisté sur l’urgence d’accélérer les investissements dans les routes, les ports, le rail, l’énergie et les infrastructures numériques afin de transformer la ZLECAf en marché opérationnel.
“Jusqu’à présent, 50 partis états ont ratifié l’accord d’établissement de la Zlecaf , en reflétant la grande propriété continentale de l’agenda d’intégration de la Zlecaf . 26 de ces partis états ont activement commencé à trader sous les règles de la Zlecaf , en démontrant que les règles de la Zlecaf sont en effet réellement liées au marché que nous souhaitons construire. «Wamkele Mene, Secrétaire général du secrétariat de la ZLECAF – Afrique du sud
“La Zlecaf a donc avancé à une vitesse extraordinaire. Il n’y a pas d’instrument africain qui a reçu 50 ratifications dans un temps si court. Nous pensons donc que c’est une grande victoire. En juin de l’année dernière, plus de 8 500 certificats d’origine ont été écrits. Cela, encore une fois, suggère que nous sommes en action. Aucune autre institution africaine ou initiative n’a reçu ce genre de force.«Georges Elombi, Président d’Afreximbank – Cameroun
Derrière l’ouverture du marché continental, la ZLECAf tente aussi d’installer ses propres instruments financiers. Le Fonds d’ajustement de la ZLECAf, créé pour accompagner l’application concrète du marché unique africain, repose sur trois mécanismes : un fonds de base destiné aux États, un fonds général consacré aux infrastructures et un fonds de crédit orienté vers les entreprises africaines. Afreximbank a déjà mobilisé 10 millions d’euros sous forme de dons pour le fonds de base et 1 milliard d’euros pour le fonds de crédit afin d’aider les entreprises africaines à moderniser leurs capacités de production, intégrer les chaînes de valeur régionales et conquérir de nouveaux marchés.
“Ce fonds soutient l’instrument le plus impactant de l’histoire économique de l’Afrique aujourd’hui : la ZLECAf. Ainsi, vous pouvez gagner de l’argent tout en faisant le bien, et cela améliorera également votre profil. Nous disposons d’un milliard de dollars pour le Fonds de Crédit et de dix milliards de dollars pour le Fonds de Financement de Base, et nous serions ravis d’accueillir davantage de participants. ”Emeka Uzomba , Directeur du fonds d’ajustement de la zlecaf – Nigeria
Le mécanisme cible prioritairement les PME, les femmes entrepreneures, les jeunes ainsi que les pays dont le PIB représente moins de 4 % du PIB africain cumulé. Les PME représentent déjà près de 40 % du PIB du continent et constituent l’un des principaux maillons de la future industrialisation africaine, même si le fonds privilégie leur intégration dans les chaînes d’approvisionnement régionales plutôt qu’un financement direct massif. Les responsables du Fonds d’ajustement de la zlecaf rappellent que l’objectif n’est pas de compenser indéfiniment les pertes liées à la libéralisation commerciale, mais de financer l’adaptation économique du continent. Les États peuvent solliciter des financements pour les réformes, l’assistance technique, la mise à niveau des cadres réglementaires et les infrastructures commerciales, tandis que les entreprises peuvent accéder à des crédits pour étendre leurs capacités industrielles et améliorer leur compétitivité régionale.
Sur l’esplanade du Palais des Congrès de Lomé, le Village Togo et le marché de la ZLECAf ont réuni producteurs, commerçants, transformateurs et jeunes entreprises venus exposer des produits fabriqués sur le continent. Textile, agroalimentaire, cosmétique, artisanat ou solutions numériques : derrière les stands, une même ambition domine, transformer davantage de matières premières africaines localement afin de conserver plus de valeur ajoutée sur le continent.
“Ce que cet événement BIASHARA AFRIKA nous a apporté, c’est une grande visibilité en tant que jeune barista pour pouvoir montrer cette vitrine que nous avons au Togo, de former les jeunes barista, de pouvoir faire découvrir le café togolais à nos partenaires comme le Comité de coordination pour la filière café cacao qui nous ont d’ailleurs soutenus pour pouvoir faire valoriser ce site.”
Mawulolo Gnawole, Secrétaire général de la coopérative Kawa-Togo – Togo
“Nous avons nos ordinateurs ici et nous fabriquons à Lomé. Nous avons notre carte mère à partir de laquelle nous fabriquons nos ordinateurs et nous avons des échographes portatifs et des échographes standards . Les portatifs c’est pour les ambulances, des médecins pour se déplacer dans les maisons, pour faire les échographies pour les femmes enceintes, juste pour maximiser le coût de vie à Lomé.”FAIZE RODRIGUE LASSISSI, Directeur administratif et financier de matrix industrie innovations – Togo
“Au cours des quelques jours que nous avons passés ici, nous avons parcouru le pays. Nous avons vu le bon côté du Togo ainsi que d’autres aspects qui méritent encore d’être développés. Nous avons rencontré des personnes de différents pays et noué des contacts. Nous avons également découvert de bons produits et vu comment nous pouvons évoluer au Togo et le long d’autres corridors afin d’améliorer les paiements numériques, en particulier grâce à l’African Trade Gateway. Nous avons tenu une réunion hier et avons pu voir comment nous impliquer dans l’African Trade Gateway (ATG) afin que toutes les banques et toutes les personnes impliquées dans l’inclusion financière puissent partager la même vision. Nous pourrons effectuer des paiements sans que cela ne devienne un problème. Lorsque vous expédiez des marchandises d’un pays à un autre, le paiement ne devra plus constituer un obstacle. Nous pourrons travailler ensemble et collaborer.”
Steven Adeoye, Secrétaire national de l’Association de Financière Inclusion Agents – Nigéria
Le forum a également ouvert le débat sur la concurrence dans le futur marché unique africain et sur les risques de déséquilibre entre économies du continent. Les discussions consacrées au politique et le droit de la concurrence ont insisté sur la nécessité de limiter les monopoles, protéger les industries locales et accompagner les économies les plus fragiles face à l’ouverture commerciale progressive.
À Lomé, les industries culturelles et créatives ont aussi revendiqué leur place dans l’intégration économique africaine, dans un continent qui compte près de 400 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans. Musique, audiovisuel, mode, contenus numériques et festivals apparaissent désormais comme des secteurs capables de générer emplois, revenus et échanges économiques transfrontaliers.
“Il faut fonctionner avec les valeurs que nos anciens parents nous ont laissé, des valeurs que nos ancêtres nous ont laissé. L’Afrique est riche de ça et pour moi, il va falloir dans un premier temps que nous fassions le bilan et le diagnostic de ce qui a fait que l’Afrique est restée derrière jusqu’aujourd’hui. Et qu’est ce qu’il faut changer pour que l’Afrique gagne encore de valeur pour nous aider à pouvoir avancer. Mais si nous ne faisons pas de diagnostic, nous allons comprendre que c’est le premier frein. Ça, c’est parce que l’éthique n’est pas au rendez vous de toutes nos actions que ce choix dans la musique, que ce soit dans la politique, que ce soit dans le commerce, l’éthique doit être la première des choses pour que nous puissions avancer.”A’Salfo, Chanteur principal de Magic System – Côte d’ivoire
Au terme des travaux, Biashara Afrika 2026 aura servi de plateforme de négociation économique à grande échelle, avec une volonté affichée d’accélérer les échanges intra-africains et de renforcer les capacités de production du continent. Dans ce contexte, le Togo a annoncé l’exemption de visa pour les ressortissants africains détenteurs d’un passeport valide, une mesure destinée à fluidifier la mobilité des entrepreneurs, investisseurs et opérateurs économiques africains. Cette dynamique intervient alors que la croissance moyenne du continent reste proche de 4 %, un rythme encore insuffisant pour atteindre l’objectif de 7 % fixé par l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Derrière les signatures et les annonces, le défi reste désormais celui de l’exécution : transformer les accords en corridors commerciaux, les ambitions en industries et les promesses en emplois.
“ L’un des principaux résultats réside dans les partenariats qui ont été développés. Nous avons signé plusieurs protocoles d’accord, et tous ces protocoles visent à accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf. Des protocoles avec le secteur privé, de grandes et de petites entreprises, des entreprises africaines et non africaines, et ces protocoles traduisent notre volonté commune de tirer parti de ce marché de 1,4 milliard de personnes.«Wamkele Mene, Secrétaire général du secrétariat de la ZLECAF – Afrique du sud
“ Biashara afrika 2026 a également permis de mettre en place des instruments concrets pour accélérer la mise en œuvre de la Zlecaf , notamment des plateformes d’investissements et des partenariats, des espaces de mise en relation pour les entreprises et des initiatives de facilitation commerciale.”
Badanam Patoki, Ministre de l’Économie et de la veille stratégique – Togo
À Lomé au Togo, Biashara Afrika 2026 aura rassemblé plus de 3 000 participants venus de 48 pays autour d’un marché africain de 1,4 milliard de consommateurs représentant plus de 3 400 milliards de dollars de PIB combiné. Mais malgré cette ambition continentale, le commerce intra-africain reste limité à environ 15 % des échanges du continent, un écart que la ZLECAf tente désormais de réduire grâce à l’industrialisation, aux infrastructures régionales et à des mécanismes financiers comme le Fonds d’ajustement de la zlecaf destiné à accompagner l’Afrique dans le passage du libre-échange à la production à grande échelle.



