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DOSSIER – CEDEAO REPORT : 12 États après le retrait de 3 pays de l’AES

Cinquante ans après sa création en 1975, la CEDEAO aborde une nouvelle phase de son histoire avec une configuration resserrée : depuis le 29 janvier 2025, l’organisation compte 12 États membres, à la suite du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais réunis au sein de la Confédération des États du Sahel. Malgré cette recomposition, l’espace communautaire conserve un poids significatif, avec plus de 300 millions d’habitants et un PIB régional toujours estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars, tout en faisant face à des tensions sécuritaires et politiques persistantes.

Depuis 1975, la CEDEAO a progressivement bâti une architecture régionale articulée autour de la libre circulation, de la coopération économique et de la gestion des crises. Ce socle a permis d’ancrer des mécanismes durables, mais la dynamique actuelle impose une relecture des priorités. L’organisation doit désormais composer avec une fragmentation partielle de son espace et une exigence accrue de résultats concrets.

“  Aujourd’hui, notre région est face à un complexe arrêt de threats. L’extrémisme violent, l’insécurité au Sahel, l’instabilité politique, les disparités économiques et les vulnérabilités climatiques. Dans des moments comme ceux-ci, la diplomatie et la solidarité doivent rester notre première et la plus forte ligne de défense. La récente décision du Mali, Burkina Faso et du Niger pour se retirer de la Cedeao est regrettable. Mais même dans ce cas, l’engagement continu doit rester notre étoile. Nous devons répondre, non pas avec isolation ou récrimination, mais avec une compréhension, un dialogue et une volonté d’écouter et de s’engager.”

John Dramani Mahama, Président de la République Ghana

Sur le plan économique, les acquis restent structurants, plus de 15 000 entreprises bénéficient du schéma de libéralisation des échanges, près de 50 000 produits circulent avec des avantages tarifaires, et 201 projets régionaux ont été identifiés pour un coût estimé à 131 milliards d’euros. L’interconnexion énergétique concerne désormais 14 pays de la région ouest-africaine élargie. Pourtant, le commerce intra-communautaire  demeure limité à environ 12 %, traduisant une intégration encore incomplète.

 C’est considérablement bas comparé aux pays européens et asiatiques. Pour résoudre ce problème, nous devons continuer d’adresser les déficits d’infrastructures et énergétiques, ainsi que les barrières non-tarifaire. Mais le plus important, c’est d’adresser les contraintes du côté de l’appui de nos communautés et de nos économies. Pour améliorer la productivité, nous devons être capables d’attirer l’investissement de l’intérieur et de l’extérieur. Notre marché de 400 millions de personnes est un magnat potentiel pour les investisseurs. Cela, encore une fois, souligne l’importance de l’intégration régionale. Aucun investisseur significatif n’est attiré par la petite taille de nos marchés individuels. Nous devons aussi investir en paix et en sécurité.  ”

Omar Alieu Touray, Président de la Commission de la CEDEAOGambie

Sur le plan sécuritaire, l’organisation a démontré sa capacité d’action, notamment en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire et en Gambie en 2016. Les efforts conjoints ont également permis une réduction notable de la piraterie maritime, avec zéro incident majeur signalé en 2024 dans certaines zones du Golfe de Guinée. Toutefois, l’instabilité persistante au Sahel et la création de la Confédération des États du Sahel  AES redéfinissent les équilibres sécuritaires et compliquent la coordination régionale.

“ Nous devons aussi investir dans la paix et la sécurité. Les menaces terroristes, qui constituent un moteur clé de l’insécurité dans la région, ne connaissent pas les frontières.Cela rend la collaboration de la sécurité et de l’innovation dans la région impérative. En ce sens, j’aimerais saluer les efforts déployés par son Excellence le Président  Mahama, Excellence le Président Faure GNASSINGBÉ , le Président  Bassirou Diomaye Faye et, en effet, le Président de l’Autorité ECOWAS des chefs de l’État et de  Gouvernement, son Excellence Bola Ahmed Tinubu, qui s’est engagé à amener la réconciliation et à soutenir la collaboration entre l’ ECOWAS et les pays qui sont membres de l’Alliance pour l’État sahélien. ”

Omar Alieu Touray, Président de la Commission de la CEDEAOGambie

À l’issue de son cinquantenaire célébré en 2025, la CEDEAO entre dans une phase d’ajustement stratégique. L’enjeu désormais est de  renforcer la sécurité face à l’expansion des groupes armés, porter le commerce intra-régional au-delà de 20 %, accélérer la mise en œuvre des 131 milliards d’euros d’investissements programmés et préserver les acquis de la libre circulation dans un espace désormais recomposé. Entre consolidation et adaptation, l’organisation joue sa crédibilité, maintenir une dynamique d’intégration à 12, tout en redéfinissant ses relations avec le bloc sahélien.

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