Ghana : 20 milliards USD générés par les exportations d’or en 2025

Comment créer davantage de richesse à partir des ressources minières sans décourager les investisseurs ? C’est l’un des principaux débats qui a marqué la clôture du sommet Mining on Top Africa à Paris. Au Ghana, premier producteur d’or du continent, les réformes engagées par le gouvernement pour reprendre le contrôle de la filière aurifère alimentent un bras de fer inédit avec plusieurs investisseurs internationaux. Retrait de permis miniers, arbitrages internationaux, création d’un organisme public chargé de contrôler le commerce de l’or… autant de mesures qui illustrent la volonté du Ghana de renforcer sa souveraineté économique, mais qui ravivent aussi les inquiétudes sur le climat des affaires.

Premier producteur d’or d’Afrique, le Ghana a enregistré des recettes historiques grâce au métal jaune. En 2025, les exportations d’or ont généré près de 20 milliards de dollars, soit près des deux tiers des recettes d’exportation du pays. Une manne que le gouvernement entend désormais mieux valoriser en transformant localement et en augmentant la part des revenus captés par l’économie nationale. Cette ambition était au cœur du panel de clôture du sommet Mining on Top Africa, organisé le 8 juillet 2026 à Paris. Les autorités ghanéennes y ont défendu une stratégie fondée sur le raffinage, la métallurgie et le développement d’industries de transformation afin d’exporter davantage de produits à forte valeur ajoutée.

« Le débat porte désormais sur la valorisation de nos ressources minérales. Autrement dit, nous parlons de souveraineté sur nos ressources. Nous ne pouvons plus nous permettre d’exporter nos minéraux bruts. Nous cherchons à maximiser les bénéfices que nous tirons de nos ressources. C’est pourquoi nous envisageons des investissements dans les opérations en aval, notamment dans le processus de traitement, nos raffineries et notre fonderie. En résumé, c’est le message que nous avons voulu faire passer : il est temps de valoriser nos propres procédés, il est temps de valoriser nos ressources. »

Theophilius Kekeli Agbenezi, Responsable principal du suivi et de l’évaluation à la Commission des minérauxGhana

Pour y parvenir, le Ghana s’est doté de nouveaux outils industriels, notamment la Ghana Integrated Aluminium Development Corporation et la Ghana Integrated Iron and Steel Development Corporation. Le gouvernement a également créé le Ghana Gold Board, chargé de centraliser les achats et les exportations d’or artisanal afin de renforcer la traçabilité de la filière et de développer les capacités nationales de raffinage.

Mais cette volonté de reprendre la main sur une ressource stratégique s’accompagne d’une profonde recomposition du secteur. Révision de certains permis miniers, contentieux portés devant les juridictions internationales et nouvelles règles de commercialisation de l’or alimentent un climat d’incertitude dénoncé par plusieurs investisseurs.

“Malheureusement, notre expérience au Ghana a été très amère et nos relations n’ont pas porté leurs fruits. Nous avons constaté de nombreux problèmes de corruption. Des administrateurs ont agi contre nous et des avocats employés par nous ont même tenté de saboter nos investissements. Bref, nous avons rencontré de nombreux problèmes de corruption et d’agissements individuels au Ghana, créant risques et incertitude. Le président, je crois, a pris des mesures l’année dernière pour lutter contre ce type de corruption. Mais pour un investisseur international, ces risques et ces problèmes sont dissuasifs”.

James Wallbank, Associé gérant d’Ibaera Capital Mining Fund Australie

Pour les investisseurs miniers, les différends juridiques, les lourdeurs administratives et les risques de corruption fragilisent la confiance des opérateurs internationaux, pourtant indispensables au financement de nouveaux projets miniers.

“Je dirais avant tout que les financements sont disponibles. Le défi consiste à attirer ces fonds au Ghana. Le secteur minier est déjà reconnu comme un important créateur de valeur nationale. En Australie, entre 85 et 90 % des recettes d’exportation totales sont réinvesties dans le pays. C’est ce que nous voulons reproduire au Ghana. Rares sont les investisseurs opposés au contenu local. Il est donc essentiel que tous s’accordent sur cet objectif. Le retrait des licences des grandes compagnies minières, les litiges juridiques, les conflits avec les entreprises locales ou avec le gouvernement… Peu importe les raisons de ces événements. Le problème, c’est que tout cela nuit à la réputation du pays. Le gouvernement doit donc prendre les choses en main et dire : « Ça suffit ! Comment y remédier ? Comment collaborer pour soutenir les investissements internationaux et les faire revenir au Ghana et à la population locale ? »

James Wallbank, Associé gérant d’Ibaera Capital Mining Fund Australie

Conscientes de ces inquiétudes, les autorités ghanéennes assurent rechercher un équilibre entre souveraineté économique et attractivité des investissements. La Commission des minéraux plaide notamment pour des incitations fiscales ciblées et des mécanismes capables de préserver la compétitivité du pays tout en favorisant un contenu local plus important.

« En tant que pays, nous visons à réduire d’ici 2030 nos exportations de matières premières non transformées. Nous savons, comme vous l’avez justement souligné, que cela ne présage rien de bon pour les investisseurs. Cependant, nous mettons également en place des mesures. En effet, tout en étudiant les programmes de valorisation des produits locaux, nous prenons également en compte le fait que cela pourrait déplaire aux investisseurs. C’est pourquoi nous agissons. Par exemple, notre prélèvement pour la croissance et le développement durable a été réduit de 3 % à 1 % et nous sommes en passe de le supprimer. Ce sont là quelques incitations. En ce qui concerne l’exploration, par exemple, la TVA de 15 % a également été supprimée. Ce sont là autant d’incitations qui devraient attirer les investisseurs dans le pays. »

Theophilius Kekeli Agbenezi, Responsable principal du suivi et de l’évaluation à la Commission des minérauxGhana

Le défi est donc de taille pour le Ghana : réussir à reprendre le contrôle d’une ressource stratégique tout en préservant l’attractivité du secteur aurifère.  Avec près de 4,8 millions d’onces d’or produites en 2024, le métal jaune demeure le principal moteur des exportations ghanéennes ghanéennes.

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