À Cotonou, la Grande Nuit du Slam béninois a réuni sur une même scène plusieurs générations d’artistes autour d’un langage commun : la parole performée. Organisée dans le cadre du Festival International Francophone de Slam-Poésie, la rencontre a donné à voir un slam béninois en pleine mutation, capable de faire dialoguer héritages oraux africains, écritures urbaines contemporaines et préoccupations sociales actuelles.
Organisée par le Collectif Slamwood et l’Institut français de Cotonou dans le cadre de la troisième édition du Festival International Francophone de Slam-Poésie, placée sous le thème « Poésie et réconciliation », la Grande Nuit du Slam béninois a réuni, vendredi 8 mai 2026, sur une même scène des artistes de plusieurs générations. Une rencontre construite autour d’un même objectif, faire dialoguer héritage oral, création contemporaine et renouvellement des écritures scéniques.
« Nous en sommes à la troisième édition. L’innovation cette fois-ci, c’est que nous avons réussi à avoir comme tête d’affiche Souleymane Diamanka et surtout à réunir tous les slameurs de toutes les générations depuis très longtemps jusqu’à la nouvelle génération. C’est un voyage entre les générations de slameurs. »
Sêminvo Xlixè, Slameur et promoteur du Festival International Francophone de Slam-Poésie – Bénin
Cette édition a également illustré l’évolution progressive du slam béninois. Longtemps associé à la seule oralité, le genre s’est progressivement ouvert à des formats hybrides mêlant musique live, orchestration et performance scénique.
« Il faut faire sortir également le slam et l’amener vers les grandes scènes. Et là, on a l’obligation, je dirais même le devoir, si on veut lever de grandes foules, d’y mettre de la musique. Et ça, c’est un autre travail, parce que celui qui ne sait pas faire du live, celui qui ne s’habitue pas au live, ne peut pas slamer avec de la musique. Et le piège ici, c’est que ce n’est pas le musicien qui conçoit la musique pour le slameur. C’est le slameur qui dit le texte et qui impose maintenant le rythme de ses mots au musicien, afin que l’instrumental parfait soit donné. »
Harmonie, Slameuse – Bénin
« Je pense que le slam va continuer à évoluer au Bénin dans le sens de davantage de visibilité et surtout dans la capacité à toucher un public plus large et à lui faire comprendre que le slam est riche de plusieurs manières d’exister. Ce slam-là va devenir plus dynamique, drainer davantage de public et s’étendre jusque dans les zones les plus reculées, notamment grâce aux langues de nos terroirs qui permettent aujourd’hui de le porter plus loin. »
Djamile Mama Gao, Slameur – Bénin
Au-delà de la scène, le festival revendique aussi une mission de transmission. Ateliers d’écriture, rencontres artistiques, masterclass et scènes ouvertes ont rythmé, du 5 au 9 mai 2026, des activités destinées à accompagner les jeunes talents et à renforcer la place des arts oratoires dans le paysage culturel béninois.
« Aujourd’hui, pouvoir articuler l’oralité africaine et l’écriture telle que nous la connaissons aujourd’hui, ce n’est que justice quelque part. À travers nos chants, nos panégyriques claniques ou nos litanies, ce sont des archives et une mémoire collective qui s’expriment. Il est important de puiser dans cette source pour éclairer demain et faire résonner notre singularité africaine. »
Amangbegnon, slameur Vodoun – Bénin
Lancé le 5 mai 2026, le Festival International Francophone de Slam-Poésie s’est achevé, samedi 9 mai 2026, avec le spectacle « One Poète Show » du slameur franco-sénégalais Souleymane Diamanka. Par sa présence au Bénin, l’artiste a laissé l’empreinte d’une parole à la croisée du slam, de la poésie, de la musique et de la littérature, nourrissant les échanges autour de l’oralité africaine, de la mémoire collective et de la nécessité, pour les créateurs africains, de raconter eux-mêmes leurs histoires, leurs réalités et leurs imaginaires.



